Semaine du 5 au 11 décembre 2018 - Numéro 1253
A la découverte d’un trésor universel
  Le Musée du palais de Manial organise, jusqu'en juin 2018, une exposition de 91 tableaux retraçant les histoires légendaires des Mille et Une Nuits. L’occasion de se replonger dans l’univers magique de cette oeuvre littéraire incontournable.
A la découverte d’un trésor universel
L'inauguration de l'exposition. (Photo : Musée de Manial)
Doaa Elhami28-02-2018

Le musée du palais de Manial offre à ses visiteurs une exposition exceptionnelle de tableaux retraçant les contes des Mille et Une Nuits. Inaugurée la semaine dernière, l’exposition durera jusqu’à la fin du mois de juin 2018 et renferme 91 tableaux sur un total de 115 provenant tous de la collection de la famille alide. Quant aux 24 restants, ils sont encore en cours de restauration.

A la découverte d’un trésor universel

« C’est la première fois que cette collection soit présentée au grand public », indique Walaaeddine Badawi, directeur général du Musée de Manial. Il explique que les tableaux exposés décrivent 30 contes complets des 200 que renferme le livre fabuleux des Mille et Une Nuits. Cette collection se base sur la version française du livre, du médecin Joseph Charles Mardrus (voir encadré). Le Barbier de Bagdad, Sindbad le marin et ses sept excursions maritimes, Les Six jeunes femmes aux diverses couleurs, Abdallah Al-Bahari, Le Commerçant et le démon, Le Livre magique, tels sont les titres de quelques contes des Mille et Une Nuits.

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Sindbad le marin reçoit Sindbad le portefaix. (Photo : Musée de Manial)

Dès que le visiteur a franchi le seuil de la grande salle du Musée du palais de Manial, il découvre des tableaux avec des scènes colorées et illustrées décrivant ces contes. Chaque groupe de scènes compose un conte légendaire. « Suite à des études bien approfondies des contes des Mille et Une Nuits, nous avons enrichi l’exposition avec des résumés bilingues en arabe et en anglais à côté de chaque tableau, afin de faciliter au visiteur la compréhension des pièces exposées », explique Badawi.

Ainsi, le conte intitulé Sindbad le marin et ses sept excursions est expliqué à travers 4 tableaux. Le premier représente Sindbad le marin, installé sur son fauteuil, entouré de musiciennes et de chanteurs et recevant le pauvre Sindbad portefaix. Le deuxième représente le vieillard de mer rusé sur le dos de Sindbad le marin après l’avoir trahi.

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Les tableaux des Mille et Une Nuits sont ornés de cadres géométriques et fleuris. (Photo : Musée de Manial)

Alors que le troisième tableau décrit l’embarquement de Sindbad le marin et les au revoir à ses amis au bord de la mer. Quant à la 4e et dernière scène, elle raconte le dernier voyage de Sindbad le marin. Cette dernière scène est la seule des quatre tableaux qui comprend des calligraphies. Il est conseillé au visiteur de respecter l’ordre de l’exposition, afin de comprendre les contes dessinés. Par ailleurs, certains contes sont évoqués par un seul tableau, mais dont le résumé est retracé sur le fichier au-dessous. Toutes les scènes exposées sont encadrées de motifs géométriques qui, à leur tour, sont entourées d’ornementations botaniques.

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Restauration en douceur

A la découverte d’un trésor universel
Au palais de Haroun Al-Rachid. (Photo : Musée de Manial)

La collection en elle-même est une vraie découverte pour les archéologues, historiens et chercheurs. Elle vient enrichir les trésors connus de la famille alide tout en mettant en évidence un patrimoine humain qui a tant, et continue à inspirer les peintres, les écrivains, les poètes et les metteurs en scène. L’histoire de l’exposition a commencé l’an dernier, lorsque les responsables du musée ont trouvé de nombreux tableaux dans les dépôts du palais de Manial. « L’état des tableaux était déplorable. Les dessins étaient pâles et quelques-uns étaient même déchirés », raconte Racha Hassanein, spécialiste en restauration, ajoutant que les oeuvres ont été nettoyées et soumises à une fine restauration, avec une ultime précaution. « Nous avons restauré les tableaux et nous les avons recouverts de plexiglas pour les protéger et éviter la moindre fissure. Nous avons aussi encadré les tableaux avec du bois fin qui convient à l’époque de leur réalisation », ajoute-t-elle. « Ces travaux ont pris 6 mois pour que les tableaux reprennent leur splendeur d’antan », souligne Manal Abdel-Moneim, directrice générale du département de restauration au musée.

D’après les analyses des restaurateurs, les tableaux ont été imprimés il y a plus d’une centaine d’années. Et bien que la technologie de l’impression aux premières décennies du XXe siècle en fût encore à ses débuts, les tableaux ont été très bien exécutés. « Je me demande comment ces scènes ont pu être imprimées avec une telle finesse », s’exclame Badawi.

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Le vieillard de mer sur le dos de Sindbad le marin. (Photo : Musée de Manial)

Une fois la restauration et la datation des 91 tableaux terminées, est venue l’étape d’étudier les scènes, leur thème et leur style artistique. Une recherche qui a pris 4 mois et demi. Il s’agit d’un style mongol hindou qui prédomine dans tous les tableaux sans exception. « C’est l’un des styles artistiques qui étaient répandus dans le monde islamique pendant la création des Mille et Une Nuits », explique le directeur du musée. Par ailleurs, certaines nuances précisent l’école artistique à laquelle appartenait l’artiste. Ainsi, 33 parmi ces tableaux sont français, 50 bagdadiens (soit iraqiens), 3 égyptiens, tandis que les 5 restants appartiennent à différentes écoles artistiques.

Bien qu’inédite, cette collection, pour les spécialistes, est encore incomplète. D’après les archéologues, il existe plusieurs collections des Mille et Une Nuits que conservait la famille alide. Celle du Musée de Manial en est une. « Nous ignorons le moyen de l’arrivée de cette collection aux dépôts du musée, mais nous espérons la compléter », conclut Badawi.

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Les Mille et Une Nuits à travers l'Histoire

Les Mille et Une Nuits sont considérés comme un patrimoine populaire immatériel. Ses contes allient réalité et illusion en racontant les aventures de personnages symboliques de l’histoire islamique, comme le conquérant Amr Ibn Al-Ass, le calife Omar Ibn Al-Khattab, la poétesse Al-Khansaa ou la chanteuse Sallama. Les contes des Mille et Une Nuits narrent aussi les traditions du monde islamique, tout en les critiquant habilement. « On pense que ce livre à caractère légendaire a été rédigé par plusieurs générations d’auteurs voyagistes qui vivaient dans le monde islamique. L’époque de sa rédaction se prolonge sur plusieurs siècles. Ce qui est sûr, c’est que l’Iraq, l’Asie mineure et l’Inde faisaient partie du monde islamique durant les époques de rédaction », explique Walaaeddine Badawi, directeur général du Musée de Manial.

Badawi explique que l’Europe a connu les Mille et Une Nuits en 1704 grâce à la traduction de l’orientaliste français Antoine Galland, qui s’est basé sur la version turque. Galland a publié son oeuvre en 120 volumes. En 1706, une version anglaise a été publiée, suivie d’une troisième, en allemand, parue en 1710. Toutes ces versions étaient peu admises, malgré leur propagation en Europe. Il faudra attendre le médecin français, Joseph Charles Mardrus, et sa version, plus subtile, qui s’est propagée dans le monde entier. Né au Caire en 1868, Mardrus excellait dans les langues turque et perse à côté du français. Il a traduit les Mille et Une Nuits du turc vers le français en 1899. C’est cette version de Mardrus qui a inspiré les tableaux de la collection de la famille alide qui fait le corps de l’actuelle exposition au Musée du palais de Manial.




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