Semaine du 12 au 18 septembre 2018 - Numéro 1241
Ghazala, cité monastique
  Après plus de 5 ans d'activité, la mission soudano-polonaise arrive au terme de ses fouilles dans le monastère de Ghazala, en Haute-Nubie. Ses découvertes mettent en avant l'influence égyptienne sur le monachisme soudanais.
Ghazala, cité monastique
Vue générale de l’église nubienne. (Photo : Mission soudano-polonaise)
Doaa Elhami10-01-2018

Fouilles, nettoyage, restauration, consolidation et enregistrement, tels sont les travaux archéologiques dans le monastère de Ghazala, situé dans Wadi Abou-Dom en Haute- Nubie (Soudan), qui en a fait l’objet de 2012 à 2017. Ils ont été effectués par la mission soudanopolonaise dirigée par Artur Obluski, directeur du Centre polonais pour l’archéologie méditerranéenne au Caire. De nombreux éléments archéologiques ont été découverts, qui ont enrichi le site et donc augmenté son importance. Le point fort a été la mise au jour d’une petite église annexe de l’église principale de Katholikon. Si cette dernière a été construite selon le style « basilique », l’église découverte par la mission détient, elle, tous les éléments caractéristiques d’une église nubienne. Elle a ainsi été bâtie en briques crues. « Les caractéristiques prouvent que les constructeurs étaient des Nubiens qui ont repris la vie monastique et son austérité des Egyptiens, qui étaient leurs premiers maîtres monastiques », explique Obluski. La date de construction se situe vers la fin du Xe et le début du XIe siècles. Malheureusement, le monastère ne renferme pas le moindre document. En effet, les moines ont emmené avec eux tous les documents monastiques lorsqu’ils ont quitté l’endroit pour le monastère de Qasr Al-Wizz, situé dans la Basse-Nubie égyptienne. Néanmoins, le monastère est riche en trésors archéologiques. Un manuscrit des archives patriarcales d’Alexandrie indique que le premier pape du monastère de Ghazala était le roi de Makourie, Merkurios. La mission a découvert des inscriptions sur le mur externe de la petite église, notamment la prière « La Terre de Dieu ».

Un monastère unique

Ghazala, cité monastique
Les vestiges de l’église principale de style basilique. (Photo : Mission soudano-polonaise)

Au fur et à mesure de ses travaux, la mission a reconstitué les détails de la vie des moines au sein du monastère. Elle a ainsi retrouvé le réfectoire ainsi que des récipients de cuisine et des cellules latérales. Par ailleurs, il y a des signes qui indiquent que le monastère a été élargi et que le nombre de moines a augmenté pour atteindre 36 personnes. L’une des cellules renferme un conteneur doré qui comprend des pots conservés sur lesquels sont inscrits les noms des 40 martyrs qui ont été persécutés en Egypte en l’an 320. Cette commémoration a été effectuée 600 ans plus tard. Les archéologues ont, par ailleurs, mis au jour un espace rectangulaire dont l’utilisation est encore inconnue. « Peut-être s’agissait-il d’une blanchisserie ou d’un endroit où l’on traitait le cuir », explique le directeur de la mission, qui assure que les moines produisaient eux-mêmes leurs vêtements. La mission a de plus mis au jour un complexe industriel pour la production de fer. Parmi les trouvailles les plus importantes, on compte aussi la découverte d’un cimetière préservé sur le site, avec des épitaphes. Il témoigne d’une certaine influence égyptienne. En effet, les archéologues ont remarqué que les têtes des défunts étaient protégées par une structure rectangulaire dans leurs tombes. « Cette tradition funéraire était répandue en Egypte aux débuts du christianisme », explique Obluski. Autre trouvaille précieuse : un morceau d’argile sur laquelle est écrit l’alphabet copte. « Cela montre que les moines enseignaient la langue copte dans le monastère », souligne Obluski. Les archéologues ont, en outre, découvert le nom du roi Merkurios, inscrit en hiéroglyphes sur l’une des épitaphes. Les moines nubiens excellaient dans la langue et l’écriture égyptiennes.

Les archéologues ont aussi découvert un jarre en verre de style syrien. « C’est une évidence archéologique importante indiquant que les moines du monastère entretenaient des relations économiques et commerciales avec la Syrie », dit Obluski.

Parmi tous les monastères nubiens, celui de Ghazala occupe donc une place unique, vu sa localisation sur la rive du Nil, ses relations économiques et les nombreux signes archéologiques qui montrent l’influence égyptienne sur le monachisme nubien.

Un monastère Millénaire

Construit sur une superficie de 6 450 m2 dans le désert de la Haute- Nubie, le monastère de Ghazala regroupe une grande église appelée Katholikon, une deuxième plus petite et plus récente, un réfectoire et ses annexes, des cellules, une sorte de buanderie, un complexe industriel et un cimetière. Il a été construit au VIe siècle par les premiers chrétiens, notamment égyptiens, qui ont construit les premières églises nubiennes. Le monastère a été bâti avec des pierres locales provenant des alentours. D’après les analyses au Carbon 14, la moitié inférieure des murs de l’église principale qui suit le style basilique a été érigée par des blocs de gré durant la seconde moitié du VIIe siècle. Quant à la moitié supérieure des murs, elle est construite de brique rouge, explique Obluski, directeur du centre polonais pour l’archéologie méditerranéenne au Caire. Ultérieurement, l’église a été renouvelée et recouverte d’un dôme. Les sols sont dallés de gré, de marbre et de granite. Tous les murs de l’église sont couverts de plâtre sauf le sanctuaire. Les murs étaient décorés de peintures qui existent encore seulement dans la pièce nord-est. Malgré le manque de documentation sur ce monastère, les récits des voyageurs ont transmis son histoire puisqu’il était fréquemment visité au cours des XIXe et XXe siècles.

Qui était le roi Mercure (Merkurios) ?

Mercure, appelé aussi Merkurios, était le roi du royaume de Makourie, au nord du Soudan, de 697 à 710. Il a réussi à réunir pour la première fois les royaumes de Makourie et de Nobatie. Chrétien, il a subordonné l’Eglise de Nubie au patriarche d’Alexandrie. Durant son règne, de nombreux monastères et églises ont été construits. Mercure fortifiait les établissements religieux pour les protéger contre les attaques des musulmans et des nomades. Qualifié de « nouveau Constantin » dans les annales du patriarche copte, le roi Mercure a joué un rôle important pour ce qui est de l’introduction du christianisme en Haute-Nubie. Il a été, de plus, le Ier pape du monastère de Ghazala. Son nom est inscrit dans la cathédrale de Faras au nord du Soudan, dont il apparaît comme le maître d’oeuvre. La cathédrale date de 707, ce qui correspond à la onzième année de son règne. Son nom est aussi inscrit sur la pierre de fondation de l’église de Taifa en Haute-Nubie, datant, elle, de 710.




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