Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Chéops divise les archéologues
  La mise au jour d’une grande cavité à l’intérieur de la pyramide de Chéops fait sensation dans les milieux archéologiques. Mais les experts sont divisés sur l'importance de cette découverte.
Chéops divise les archéologues
Image en 3D représentant la cavité de 30 m découverte au-dessus de la grande galerie. (Photo : AFP)
Nasma Réda08-11-2017

Chéops, la seule etdernière des 7 merveillesdu monde antiqueencore existante,continue à éblouir le monde entier,attirant l’attention non seulementdes scientifiques, mais aussi desamateurs d’archéologie. Cettesemaine, l’équipe scientifiquedu projet ScanPyramids (voirencadré), opérant sur 4 pyramidesen Egypte, à Dahchour et sur leplateau des pyramides depuis ledébut de 2015, vient d’annoncerla découverte d’une grande cavitéà l’intérieur de la grande pyramidedu plateau de Guiza. Cette cavitéfait au moins 30 m de long et a descaractéristiques similaires à cellede la grande galerie, la plus grandesalle connue de la pyramide. Lacavité se trouve à 40/50 m dela chambre de la reine, au coeurmême du monument. Selon l’étudepubliée dans la revue scientifiqueNature, ce grand vide, comme leschercheurs ont choisi de l’appeler,est totalement clos et n’a pas ététouché depuis la construction de lapyramide. « C’est une découvertespectaculaire », note KunihiroMorishima, de l’Université deNagoya au Japon, partenaire de lamission ScanPyramids.

Le débat s’installe

Bien que les uns considèrent cettedécouverte comme spectaculaire,d’autres, au contraire, la refusent.« Ce n’est pas nouveau de trouverdes espaces vides à l’intérieur despyramides », déclare l’archéologueZahi Hawas, président du comitéscientifique surveillant le projetScanPyramids et relevant duministère égyptien des Antiquités.« L’équipe nous a montré unevidéo sur leurs travaux effectués àl’intérieur de la pyramide de Chéops,signalant une reconstructiongéométrique d’un passage inconnuderrière les chevrons au-dessus dupassage descendant », explique-t-il.

Eissa Zeidan, chef du secteur derestauration, de conservation et detransport des monuments antiquesau Nouveau Grand Musée, côtoyantle plateau des pyramides, refusel’idée que ce vide soit une chambre.

« Il est impossible que ce videsoit une nouvelle chambre, car enexaminant la structure interne de lagrande pyramide, on trouve qu’il ya toujours des voies ou des couloirsqui conduisent aux chambresfunéraires, ce qui n’est pas le casdans ce vide », affirme-t-il. Zeidans’est basé sur les images et lesanalyses présentées par l’équipe,en ajoutant que ce serait « unebizarrerie » de trouver une celluleséparée à l’intérieur de la pyramidede Chéops.

Trois techniques différentes

Pour éviter les polémiques,l’équipe de ScanPyramids aaffirmé que l’existence de cetteénorme cavité a été confirméepar trois techniques de détectionde muons (particules cosmiques)différentes via trois institutsdistincts (l’Université de Nagoya,le laboratoire japonais de recherchesur les particules KEK et le CEAfrançais). « Cette technologie n’estpas nouvelle, les instruments sontaujourd’hui plus précis et plusrobustes. Ils peuvent survivre auxconditions du désert égyptien »,explique Sébastien Procureur,du Commissariat français àl’Energie Atomique et aux énergiesalternatives (CEA), qui a rejoint leprojet en 2016.

Les dimensions de la cavité sontmesurées. Pourtant, les scientifiquesn’ont encore aucune idée sur sonrôle, ni à quoi elle ressemble. Ilpourrait s’agir d’une chambrefunéraire, d’un espace de stockageou autre. « On ne peut pas savoirsi le vide renferme des artefacts,car ils seraient trop petits pour êtredétectés par ce type d’imagerie »,précise Kunihiro Morishima,coauteur de l’étude.

Mehdi Tayoubi, co-directeur duprojet ScanPyramids, dit que cevide pourrait être « une successionde chambres accolées les unesaux autres, un énorme couloirhorizontal, une deuxième grandegalerie … beaucoup d’hypothèsessont possibles ».

Si les uns pensent qu’il n’y aplus rien à découvrir, d’autres, aucontraire, estiment être certainsde faire de nouvelles trouvailles.« Je suis ravie de cette découvertequi est à la fois scientifique etunique », souligne l’égyptologueégyptienne Monica Hanna,assurant que « le futur nousapportera plus d’informationsarchéologiques et historiques enutilisant les technologies modernessophistiquées non destructives pourmieux savoir ».

Selon Tayoubi, co-directeurde la mission, tout est possible.« On réfléchit à des modesd’investigation relativementlégers, non destructeurs. Le CNRSet l’Inria nous ont rejoints il y aun an pour réfléchir à un nouveautype de robot qui pourrait passerpar de très petits trous », ajoutet-il.

Le ministre des Antiquités,Khaled Al-Anani, indique qu'ilfaut avant tout s’assurer de laprésence de ce grand vide et savoirs’il renferme des secrets.

La pyramide en chiffres

Date de construction : IVe dynastie, vers 2560 av. J.-C.

Hauteur : 146,59 m.

Côtés à la base : 230 m.

Construction interne :trois chambres et trois couloirs.

Description : Chéops estla seule pyramide à possédertrois chambres étagées dans sonmassif de pierre : une chambresouterraine creusée à 30 m deprofondeur, une chambre ditede la reine, dont la fonctionreste à discuter, une troisièmechambre dite du roi où se trouveun sarcophage vide et qui estla seule ouverte aujourd’huiaux visiteurs. A savoir que lapyramide de Chéops a été pilléedès l’Antiquité.

A l’entrée, un couloirdescendant de 145 m conduità la chambre inférieure, undeuxième couloir ascendantde 40 m, s’embranchant sur leprécédent par le plafond, aboutit,au bas de la grande galerie, àl’embranchement du couloirhorizontal de 38 m qui mène àla chambre de la reine, la grandegalerie, longue de 47 m, conduit àla chambre du roi.

A propos de ScanPyramids

Le projet ScanPyramids a été lancé le 25 octobre2015. Il porte sur quatre chefs-d’oeuvre de la IVedynastie av. J.-C., celui de la pyramide du sud, dite« Rhomboïdale », celle du nord, dite Rouge, bâtiespar Sénéfrou sur le site de Dahchour, ainsi que lespyramides de Chéops et de Khéphren, sur le plateaude Guiza. Ce projet réunit plusieurs institutionsscientifiques internationales qui travaillent sous ladirection du ministère égyptien des Antiquités.La mission est composée des membres de l’Uniondes ingénieurs de l’Université du Caire, de scientifiquesde l’Institut français HIP (héritage, thermographie,préservation), du CEA (Commissariat à l’énergieatomique et aux énergies alternatives/France), del’Université de Nagoya (Japon), le KEK (High EnergyAccelerator Research Organization — Tsukuba Japon), etl’Université Laval (Québec Canada). Ces chercheurs,égyptiens, français, canadiens et japonais, sont issus dedomaines divers et prévoient l’utilisation des moyenstechniques les plus sophistiqués pour scanner lesditespyramides. Egalement, ce groupe a pour missiond’établir une carte thermique détaillée des monumentset de révéler d’éventuels vides, cavités, ou salles sousla surface visible des pyramides, afin d’en apprendre unpeu plus sur les méthodes de construction toujoursenveloppées de mystères.

ScanPyramids est financé par les équipes de rechercheselles-mêmes. Il s’agit d’un projet commun, mais leséquipes des 4 institutions travaillent séparément,chacune avec une méthode différente.Le groupe mené par l’HIP travaille sur une périodeplus courte et utilise la méthode de thermographie àinfrarouge sur la surface externe du monument. Lesautres équipes scientifiques ont débuté leurs travaux en2016. Les chercheurs québécois emploient la techniquede la thermographie modulée. C’est grâce à cettenouvelle technologie qu’il est possible de déterminer lagrandeur des vides existants et de connaître la naturedes matières présentes, que ce soit du bois ou de lapierre.

L’équipe japonaise, par contre, travaille avec latechnique des muons. Des centaines d’images sontenregistrées, regroupées puis traitées. Enfin, la sociétéfrançaise Iconem réalise, à l’aide de drones, une campagnede photogrammétrie des différents sites historiques.Avec une précision jamais atteinte auparavant, ellepeut fournir une modélisation 3D qui sera mise à ladisposition des chercheurs et du public par l’Institut HIP.Les travaux de cette équipe sont suivis et évalués parun comité scientifique regroupant des chercheurs etdes archéologues spécialistes, tels que l’ancien ministredes Antiquités, le célèbre égyptologue Zahi Hawas, chefde ce comité, ainsi que l’Américain Mark Lehner, leTchèque Miloslav Barta et Reiner Schtudelman.




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