Semaine du 16 au 22 août 2017 - Numéro 1188
Le palais de Mohamad Ali revoit le jour
  Après cinq ans de fermeture, le ministère égyptien des Antiquités a décidé de restaurer et de réaménager le magnifique palais de Mohamad Ali à Choubra Al-Kheima.
Le palais de Mohamad Ali revoit le jour
Le palais principal, celui de la Fontaine, se caractérise par un bassin au centre qui servait comme endroit de détente.
Nasma Réda09-08-2017

Le projet de restauration du palais de Mohamad Ali, situé dans le quartier de Choubra Al-Kheima, a commencé suite à l’appel lancé par le ministère des Antiquités. Le projet de restauration est divisé en plusieurs phases qui devront commencer simultanément, afin de « sauver » cet édifice incontournable du patrimoine égyptien. « Suite à une mauvaise restauration effectuée en 2005, le palais a été fermé en 2012. L’infrastructure des différents édifices que comprend le palais de Mohamad Ali ainsi que leurs mobiliers ont été gravement affectés en 2015 par l’explosion d’une voiture piégée aux abords du siège de la Sécurité nationale de Choubra Al-Kheima, situé à 500 m du palais », explique Elham Salah, chef du secteur des musées au ministère des Antiquités. Il rappelle que cette opération terroriste a beaucoup affecté le bâtiment. 21 vitraux colorés ont été brisés, le lustre de la salle principale du palais de la fontaine (situé à l’intérieur du palais de Mohamad Ali) est tombé et de profondes fissures au sol, aux murs et aux plafonds sont apparues dans plusieurs salles du palais principal et des bâtiments annexes. « Les premiers travaux de restauration faits dans l’urgence ont permis de restaurer en vitesse les vitres, les portes et les fenêtres », déclare-t-elle. Un comité de restaurateurs, d’archéologues et d’ingénieurs du ministère font actuellement des études approfondies sur l’état actuel du palais et de son magnifique jardin pour les joindre au rapport que l’Université du Caire prépare depuis plusieurs mois. Selon les archéologues, les études de l’Université du Caire doivent aussi déterminer les moyens utilisés pour la restauration, c’est-à-dire les équipements et les matériaux employés. « Sarayet Al-Gabalaya, l’un des bâtiments du palais, est dans un état de délabrement avancé. Il est le plus endommagé et a besoin d’une restauration immédiate », explique Ayman Guéneidi, directeur du palais, ajoutant qu’un rapport urgent a été présenté au Conseil des ministres pour commencer les travaux de fond qui vont durer de quatre à cinq ans. « Les deux autres palais, Saraya Al-Fasquiya et Borg Al-Saquiya, ont besoin de travaux de restauration plus simples », estime Guéneidi.

Le palais de Mohamad Ali revoit le jour
Un salon luxueusement meublé, prêt à recevoir les visiteurs.

Faire peau neuve

Cependant, ce n’est pas la première fois que le palais de Mohamad Ali soit restauré. Au début des années 1990, le ministère des Antiquités avait entamé pour la première fois un grand projet de restauration et de rénovation. De 2000 à 2005, d’autres travaux qui avaient coûté près de 50 millions de L.E. avaient été effectués. Or, « les matériaux utilisés en 2005 étaient inadéquats et n’ont pas pu résister à l’humidité. Quelques peintures et quelques parties des plafonds se sont effondrées en 2012 », rappelle Salah. D’après elle, de nouveaux problèmes d’infiltration d’eaux souterraines sont apparus ces derniers jours. « Les travaux de restauration doivent préserver les jardins. Ainsi, un protocole d’entente a été signé à la fin de l’année dernière entre les ministres des Antiquités et celui de l’Agriculture pour sauver ces jardins historiques », explique Salah.

Le palais de Mohamad Ali revoit le jour
Un plafond finement décoré dans l'une des salles du palais.

A part les études et les travaux de restauration, le secteur des musées a fait une autre étude sur les moyens d’exploitation du palais et de son jardin. « Le jardin est immense et devrait être exploité correctement. Il sera divisé en deux parties, une pour les célébrations et le tournage de films et l’autre sera utilisée comme un musée en plein air », explique Guéneidi. Il a aussi affirmé que les trois bâtiments formant le grand palais de Mohamad Ali de Choubra seront exploités chacun différemment. « Al-Gabalaya sera utilisé comme lieu d’exposition temporaire qui changera de thèmes tous les six mois, alors que Borg Al- Saquiya sera utilisé pour la sensibilisation publique. Al-Fasquiya sera, quant à elle, utilisée comme musée et accueillera des événements culturels », ajoute-t-il.

200 ans d’histoire

Situé au bord du Nil, à quelques kilomètres au nord du Caire, dans le gouvernorat Al-Qaliyoubiya, se trouve l’un des plus beaux palais de Mohamad Ali pacha, qui fut gouverneur d’Egypte (1805-1848). « A l’époque, Choubra n’était, en fait, qu’une terre non exploitée par les Egyptiens. Dès son arrivée au pouvoir, Mohamad Ali accorda une importance particulière à cet endroit, où il construisit 13 palais entourés d’un grand jardin. Il n’en reste actuellement que trois, Saraya Al-Fasquéya qui est le palais principal, Saraya Al-Gabalaya et Borg Al-Saquiya », relate Al-Saïd Helmi, chef du secteur des monuments islamiques et coptes au ministère des Antiquités. Ce grand palais est un chef-d’oeuvre architectural qui mélange le style arabe avec le rococo européen du XVIIIe siècle. « Le style islamique apparaît clairement à l’entrée des trois palais. C’est comme si on pénétrait dans une mosquée ottomane », souligne-t-il. Cette résidence, qui s’étale sur une superficie d’environ 50 feddans, a été conçue par l’architecte français Pascal Coste et sous la supervision de l’ingénieur royal Zouél-Fakar Kadkhouda. La construction du palais a duré 13 ans, de 1808 à 1821. « Mohamad Ali l’a fondé pour y accueillir les rois, les ambassadeurs et les délégués des Etats étrangers, et pour tenir un rôle de résidence royale », explique Helmi.

Le palais principal Sarayet Al-Fasquiya (palais de la fontaine) est le plus prestigieux de tous. Au centre de cette demeure se trouve un grand bassin de forme carrée avec des fontaines, dans lequel se trouve une petite île de marbre. Mohamad Ali s'y rendait grâce à une petite embarcation pendant les heures les plus calmes. Autour de ce bassin se trouvent une salle à manger, un salon arabe, un salon royal et une salle de billard.

Le deuxième palais, qui porte le nom de Borg Al- Saquiya ou la Tour de la Saquiya (roue hydraulique), se trouve à l’ouest du palais de la Fontaine. Celui-ci a été construit en 1811 et servait non seulement à fournir de l’eau au palais, mais aussi à irriguer ses jardins. « Des arbres rares aux essences précieuses décorent les coins de l’édifice royal. Les jardins, outre leur beauté, ont également servi de laboratoire botanique », explique le chef du secteur des monuments islamiques et coptes. Avant d’ajouter : « C’est au palais de Mohamad Ali que les premiers manguiers, mandariniers et autres arbres fruitiers ont été plantés en Egypte ».

Construit sur une colline élevée, avec une superbe vue sur le Nil, le troisième bâtiment, Saraya Al- Gabalaya (palais de la colline), a été bâti en 1836. Il est formé d’un seul étage comprenant cinq grandes salles. « A l’époque, le palais de la Colline servait également de lieu de résidence pour les invités royaux de Mohamad Ali », explique Al-Saïd Helmi. Les photos de la famille royale de Mohamad Ali, en plus de son nom et le nom de son fils Ibrahim pacha, décorent les murs du palais.




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