Semaine 21 au 27 juin 2017 - Numéro 1181
Minya dévoile de nouveaux trésors
  Une dizaine de momies remontant de l'époque tardive des pharaons ont été découvertes dans des catacombes dans la région de Minya. Une découverte « riche » faite dans une région « pauvre » en sites archéologiques.
Minya dévoile de nouveaux trésors
Le ministre des Antiquités lors de sa visite des catacombes. (Photo : AFP)
Nasma Réda17-05-2017

Des catacombes, des momies, des sarcophages, des squelettes, ce sont les derniers trésors découverts à Minya. « Une découverte magnifique sans précédent remontant à la fin de l’époque pharaonique tardive (712-332 av. J.-C.). Cette dynastie fut la dernière avant que l’Egypte ne passe sous la domination gréco-romaine (332 av. J.-C.) ou sous le règne des Ptolémées (304-30 av. J.-C.) », se réjouit Salah Al-Khouli, chef de l’équipe d’archéologues égyptiens de la faculté d’archéologie de l’Université du Caire opérant sur ce site.

Ces trouvailles ont été découvertes dans la région de Touna Al-Gabal, à 200 km au sud du Caire. « Cette nécropole est incomparable, car elle représente le premier cimetière humain en genre et en nombre trouvé près de la ville de Mallawi, dans le gouvernorat de Minya en Moyenne-Egypte, depuis les années 1950. Le dernier cimetière découvert était consacré à des animaux », dit Khaled Al-Anani, ministre des Antiquités. « Ce que nous avons trouvé jusqu’à aujourd’hui ne représente que 10 % seulement des trésors qu’abritait cette nécropole », déclare Al-Khouli.

Tout a commencé lorsque la mission archéologique égyptienne opérant sur le site depuis des années a décidé, il y a environ un mois et demi, de scanner la région avec un radar « GPR ». « On a constaté des espaces vides dans la région Est des catacombes des animaux et des oiseaux. En fouillant la région, on a trouvé de longs corridors qui mènent à un puits où l'on a trouvé les premières 17 momies couvertes de lin, en plus d’un certain nombre de sarcophages dont la plupart sont dépourvus d’inscriptions, sculptés dans de la pierre ou de l’argile », souligne le chef de la mission. Ajoutant que les archéologues ont exhumé, lors des excavations, des amphores et des récipients en argile qu’ils ont exposés devant la nécropole. Ils ont également découvert deux papyri, montrant probablement l’état religieux et social dans la région. Ils sont écrits en démotique, une forme d’écriture hiéroglyphique simplifiée, utilisée au cours des dernières dynasties pharaoniques jusqu’au début de l’époque romaine. « Ces momies pourraient également remonter à l’ère ptolémaïque, ce que les études vont prouver dans les jours suivants », affirme Mohamad Hamza, doyen de la faculté d’archéologie. « Il s’agit de momies de hautes personnalités de différentes tailles. Elles pourraient probablement être de grands prêtres de la région qui servaient en faveur de Dieu Djehouty (Thot, en romain) », souligne Ali Al-Bakri, directeur général des régions archéologiques de Minya.

Djehouty, dieu de Touna Al-Gabal

Minya dévoile de nouveaux trésors
Quelques pièces découvertes sont exposées dans deux vitrines à l'entrée de la tombe. (Photo : AFP)

Djehouty était l'un des dieux les plus importants de la mythologie égyptienne : il est le dieu du savoir, de l’intelligence, des arts, des sciences, du soleil levant, et il influence la course de la lune, du temps. Il est représenté soit en babouin, en ibis, ou en homme à tête d’ibis. « L’Université du Caire a pris depuis longtemps comme logo ce dieu mythique. En effet, elle n’a pas abandonné cette région depuis les fouilles des années 1930-1950. C’était la plus ancienne mission égyptienne opérant sur le site », renchérit Gaber Nassar, président de l’Université du Caire, qui a consacré à chaque personne de l’équipe archéologique une somme de 10 000 L.E., comme prime. En plus, il a pris la charge, avec le gouvernorat de Minya, du développement de cette région archéologique afin de la placer sur la liste touristique. « Touna Al-Gabal jouissait d’une histoire archéologique très importante », dit Al-Khouli, notant qu’elle était plus qu’une nécropole, il s’agissait d’un véritable complexe cultuel et funéraire de la ville gréco-égyptienne d’Hermopolis (Moyenne-Egypte), notamment connue pour ses milliers de momies d’animaux (ibis, babouins). Elle abritait également un grand temple dédié à Thot et un petit temple de la période ptolémaïque, IVe siècle av. J.-C., celui de Pétosiris, grand prêtre qui est devenu lui-même l’objet d’un culte.

Une deuxième découverte de « maisons funéraires »

Bien qu’il s’agisse d’un dédale de corridors souterrains, sculptés dans des roches, cette cachette est quasi sans inscriptions sur les murs, mais quand même, quelques sarcophages et masques maintiennent quelques couleurs. « Cette nécropole a été sans doute pillée dans les anciens temps », dit l’archéologue Bakri, ajoutant qu’elle pourrait être utilisée non seulement à une seule époque, mais à des différents siècles par des successeurs. Selon le chef de la mission, ils ont pu dévoiler jusqu’à maintenant près de 40 momies, mais 12 seulement sont complètes et en bon état de conservation, tandis que le reste n’est que des fragments.

Par ailleurs, le ministère a également annoncé la découverte pas loin de cette catacombe, sur un site voisin, « de maisons funéraires romaines sculptées dans l’argile, dans lesquelles ont été retrouvés des pièces de monnaie, des lampes et d’autres objets domestiques », assure Al-Khouli. « Ce grand nombre de momies pourrait indiquer la présence d’une nécropole bien plus importante », conclut-il.




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