Semaine du 17 au 23 septembre 2014 - Numéro 1042
Initiative : A vélo pour l’Egypte
  Le Caire-Hurghada, 400 km à vélo pour changer l’image de l’Egypte et promouvoir la destination. C’était le pari du premier rallye de GBI Egypt (Global Biking Initiative Egypt). Reportage.
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Caroline Odoz24-04-2013

Les touristes qui se prélassent sur les plages de Sahl Hachich (mer Rouge) écarquillent les yeux, et bondissent sur leurs pieds après un instant d’étonnement pour éclater en salves d’applau­dissements nourris : une cinquantaine de cyclistes ont pris d’assaut la promenade de 15 km en bord de mer, soudés dans une cadence régulière, et bien décidés à franchir le ruban de l’arrivée comme un seul homme. Certains arborent un éclatant sourire, les yeux pétillent de fierté ou sont embués de larmes de joie, l’effort du trajet s’évapore dans le bon­heur de l’avoir fait : 400 km à vélo en 4 jours, du Caire au sud d’Hurghada.

Cinq jours avant, au Caire, lors des der­niers préparatifs de l’association organisa­trice GBI Egypt, le pari de réussir le pre­mier rallye cycliste égyptien n’était pas encore gagné. GBI Egypt est issu de l’ini­tiative européenne GBI, qui organise des rallyes cyclistes annuels de 1 000 km en Europe, et a vu le jour en 2008 grâce aux cadres de Vodafone Allemagne. Leur slo­gan : « We Cycle for Charity » (nous péda­lons pour les oeuvres de charité). Le GBI Egypt est né en 2009. Aujourd’hui, deu­xième équipe la plus nombreuse, avec une trentaine de participants à chaque rallye européen, ils sont en outre ceux qui ont collecté le plus de fonds de toutes les équipes GBI.

« Nous avons 3 objectifs de base à GBI Egypt. D’abord au niveau individuel : passer au vélo bouleverse la vision qu’on a de soi et de la vie. Ensuite, promouvoir une image positive de l’Egypte et des Egyptiens, ici comme à l’extérieur. Quand GBI Europe voit notre profonde solidarité, notre sens de l’humour et notre sérieux, leur image de l’Egypte est bouleversée », explique Ayman Al-Sayed, 29 ans, cadre chez Vodafone et membre des organisa­teurs. « Les gens qui nous regardent voient cette image : des gens pas compliqués, avec des valeurs de solidarité et d’effort fortes, pas d’égoïsme. C’est fort », renchérit Mokhles, 30 ans, guide touristique.

Jour 1 : Le Caire/Al-Aïn Al-Sokhna 94 km

Réunis à l’aube sur le parking à l’entrée de la route d’Al-Aïn Al-Sokhna, ils s’affairent aux dernières vérifications de leurs vélos. 4 femmes feront partie de l’aventure. Ils endossent le jersey officiel du Rallye GBI Egypt 2013 Cairo-Hurghada, qui arbore les logos de Vodafone, EMC2 et Tropitel, sponsors offi­ciels, aux côtés du logo du ministère du Tourisme. L’objectif de ce premier rallye cycliste en Egypte est de promouvoir le tou­risme en ces temps incertains.

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La ligue d'arrivée.

Les vélos sont de qualité, le casque obliga­toire. Les accompagnent, un mini-van de sou­tien technique, avec Réda et Ekrami à son bord, tous deux issus du quartier Abdine au Caire et qui se font un point d’honneur d’être réparateurs de vélo de métier. La voiture du sponsor « en nature », Tonger, animée par un jeune athlète, qui fournit les barres et les bois­sons énergétiques, produites en Egypte, ainsi que l’eau, essentielles tout au long d’un tel périple. Une voiture de soutien « moral », qui embarque 2 photographes. Enfin, un camion se charge de convoyer les bagages à l’étape, et servira si besoin de voiture-balai.

Ils s’élancent et forment des équipes par niveau, c’est-à-dire par vitesse moyenne. Ils ne prendront de déjeuner ni pendant cette journée, ni durant les suivantes, uniquement des courtes pauses de ravitaillement. « Il n’est pas néces­saire de couper l’effort, on passe un stade après quelques dizaines de kilomètres et le corps peut continuer ensuite long­temps », dit Maha, 29 ans, cadre chez Vodafone. « Et comme ça, on peut profi­ter de la plage et d’un grand moment de détente avec les autres à l’arrivée de l’étape », ajoute Max, 26 ans, jeune recrue ITT chez Vodafone. Passer le pan­neau des 50 premiers kilomètres rafraî­chit plus que n’importe quel massage.

Jour 2 : Al-Aïn Al-Sokhna/Ras Ghareb 115 km

Le désert défile à droite et la côte de la mer Rouge à gauche. Ce deuxième jour d’effort, réputé « le plus dur », rend cependant le groupe de plus en plus exubérant. « Si j’étais seul, je laisserai tomber », dit Ayman, 43 ans, chef d’une petite entreprise de vêtements pour enfants. « C’est une sorte de yoga, en plus excitant, ça vide la tête, ça rend heureux », dit Moustapha, 29 ans, chirurgien cardiaque, tandis qu’Ayman l’approuve. « C’est ça le vélo, cette liberté », claironne Tareq, 43 ans, consultant de marketing, qui sue à grosses gouttes dans le soleil d’avril, « cette sensation incroyable de se rendre compte qu’on peut faire 100 km par soi-même en une seule journée ! ».

La cerise sur le gâteau c’est que cet effort et cette fierté bénéficieront à des ONG et à construire une image réjouissante de l’Egypte.

L’événement devait être interna­tional et servir donc, par une cou­verture média internationale com­plète, de coup de publicité pour la destination Egypte. Mais, l’actualité tragique de décembre et de février, après que les organisateurs égyp­tiens eurent repoussé par deux fois l’événement, a finalement dissuadé les équipes européennes de partici­per. « Mais il fallait tout de même faire ce rallye, montrer qui nous sommes et que c’est possible », dit Ibrahim Makram, 37 ans, cadre chez Mobinil, que tous considèrent comme l’âme de ce projet, même s’il n’en a pas eu l’initiative. Ras Ghareb, qui s’annonce depuis des kilomètres par ses effluves gaziers et son unique et modeste hôtel, est atteint en milieu d’après-midi.

Jour 3 : Ras Ghareb/Al-Gouna 134 km

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Au petit matin, avant de quitter Al-Aïn Al-Sokhna.

« Mais pourquoi pédalent-ils ? », c’est la question qui est sur toutes les lèvres à leur passage, y compris celles de l’escorte de la police. « C’est avec moi que je suis en compétition, pas avec les autres », dit Tareq. Entre 17 et 45 ans, hommes et femmes, voilées ou non, cette foule bigarrée de cyclistes va passer le grand test. C’est l’étape la plus longue … et le vent est contraire, et presque insoute­nable.

Sont-ils des professionnels ? Non, mais ils font ça avec le plus grand sérieux, chacun en fonction de ses moyens physiques et finan­ciers. Le projet s’est construit et développé de zéro : la plupart ne faisait même pas de vélo en 2009. « On ne choisit pas nos amis, on choisit ceux qui sont prêts à leur niveau à faire cet effort et à en bénéficier. On choi­sit ceux qui, lorsqu’ils s’engagent, tiennent parole, même s’ils ne peuvent faire que peu », dit Al-Sayed. Le projet GBI Egypt visait d’abord à participer à GBI Europe, mais son objectif est plus large. Si les « cou­reurs » potentiels sont une bonne centaine, c’est une véritable communauté, de plus de 3 000 Egyptiens, qui s’est créée depuis 2010 autour de l’amour du vélo et de la convic­tion que « les choses peuvent changer », comme le dit Réhab, 38 ans, ingénieur, qui participe en couple à ce rallye.

La voiture des photographes, à grand ren­fort de chansons et de blagues, servira de coupe-vent tout au long de cette journée éprouvante, « remorquant » tour à tour les cyclistes sur une dizaine de km à chaque fois. « Merci du fond du coeur », « C’était une journée formi­dable », disent les uns et les autres, quand finalement, certains, au bout de 11h de vélo, atteignent l’hôtel pour se jeter dans sa piscine. « C’est cela l’esprit de cette communauté GBI Egypt : ne laisser tomber per­sonne », se réjouit Al-Sayed.

Jour 4 : Al-Gouna/Sahl Hachich 74 km

Ayant franchi dans l’euphorie les derniers kilomètres et la dernière côte, le groupe est accueilli à l’arri­vée par une cérémonie officielle organisée par le principal sponsor de l’événement. Et c’est le gouverneur de la mer Rouge ému qui salue leur effort, qu’il semble avoir même du mal à croire. Al-Sayed mentionne, dans son discours de remerciement, qu’il ne manque plus que 50 000 L.E. à GBI Egypt pour avoir réussi à collecter, depuis sa création, un demi-million de L.E. pour des ONG. Aussitôt, l’un des investisseurs pré­sents, visiblement frappé d’admira­tion, signe un chèque.

« Notre objectif cette année était le tourisme, dit Makram, les circonstances ne nous ont pas permis de réaliser complète­ment cet objectif ». Mais, « ils ont fait la preuve que c’est possible, et nous serons à leur côté en décembre pour la prochaine édition égyptienne », précise Emile Badir, vice-président de Tropitel. GBI Egypt parti­cipera au GBI Paris-Dusseldorf en juin prochain .




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