Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Les barques de Sénousert III découvertes à Abydos
  La mission archéologique américaine de l'Université de Pennsylvanie a mis au jour une barque funéraire à proximité du tombeau du pharaon Sénousert III.
Les barques de Sénousert III découvertes à Abydos
Dalia Farouq21-12-2016

A 60 mètres de l’enceinte du tom­beau du roi Sénousert III (1839-1878 av. J.-C.), à Abydos dans le gouvernorat de Sohag, une équipe d’archéologues menée par Josef Wegner, de l’Université de Pennsylvanie, vient de mettre au jour une tombe construite pour y abriter la barque funéraire du roi. Celle-ci est décorée de 120 graffitis représentant des bateaux sur les murs. Il s’agit, en fait, d’une grande salle souterraine voûtée, large d’environ 4 mètres et longue de 20 mètres. Très soignée, la construction de cette tombe est en briques crues enduites. Les briques ont la même taille et la même composition que celles de l’en­ceinte du tombeau de Sésostris III. Ses constructeurs l’avaient conçue de sorte qu’elle soit totalement dissimulée sous le sable. Cette salle est littéralement constellée de 120 graffitis de barques, en plus de quelques dessins d’animaux comme des vaches et des gazelles.

En fait, cette tombe avait été fouillée au début du XXe siècle par l’égyptologue anglais Arthur Weigel qui, à peine avait-il découvert un édifice enterré qu’il y a eu un effondrement de la voûte de celui-ci. Suite à cet effondrement, les travaux ont été arrêtés. Enterrée sous le sable du désert, la tombe a disparu et fut oubliée pendant plus d’un siècle. Ce n’est qu’en 2006 qu’on s’y est intéressé à nouveau, lorsque la mission archéologique de l’Université de Pennsylvanie a commencé à fouiller le tombeau du pharaon Sénousert III et ses alentours. En 2014, cette mission a commencé à éliminer des dizaines de tonnes de sable et de poussière et a fini par dégager l’édifice. « Au début, je croyais que c’était la tombe d’un ancien Egyptien. J’ai été surpris lorsqu’on avait pénétré dedans tant par les dessins des bateaux qui abondent sur les murs que par un trou dans le sol qui ressemble à un réceptacle et qui semble avoir été creusé pour y déposer un bateau avec une rampe en pente douce à l’entrée de la tombe. Du bateau, il ne reste que cinq planches en bois dévorées par les termites, en si mauvais état que l’équipe a décidé de les laisser sur place pour le moment », explique Wegner. Il ajoute que l’importance de cette découverte réside dans le fait que c’est la première fois qu’on trouve un aussi grand nombre de des­sins de bateaux dans une tombe sur des murs lisses et clairs. « Cela n’a pas d’équivalent. C’est à l’évidence un ensemble tout à fait exceptionnel de dessins, à la fois par leur nombre et leur qualité. Plusieurs types d’em­barcations de différentes dimensions sont dessinés, qui vont des simples barques aux bateaux mieux équipés avec mâts, voiles, gréements, cabines, roufs, gouvernails ou encore rames et rameurs », reprend Wegner. Selon lui, ces dessins sont sans doute l’oeuvre de plusieurs personnes.

Des dessins de plusieurs époques

Certains dessinateurs ont visiblement le souci du détail, alors que d’autres se bornent à esquisser coque et cabine en quelques traits. En outre, d’autres indices suggèrent que plu­sieurs dessinateurs se sont succédé sur les lieux. D’abord parce que certains dessins couvrent les autres. Les études actuelles menées sur la tombe indiquent que les des­sins ne datent pas tous de la même époque. « Cette découverte assure une fois de plus que l’enterrement des barques funéraires à proximité des tombeaux royaux est une lon­gue tradition de l’Egypte ancienne », ajoute l’égyptologue anglais. D’ailleurs, Sénousert III a construit une autre tombe, mais cette fois sous forme de pyramide dans la région de Dahchour près de Guiza. L’égyptologue français Jacques de Morgan, au début du XXe siècle, avait mis au jour une salle souterraine qui ressemble typiquement à celle découverte cette semaine, près de sa pyramide, mais où il avait trouvé cinq barques plus petites et en bon état. D’après Wegner, ces petites barques n’auraient pas servi, a priori aux funérailles de Sénousert III, ce qui semble assurer que ce grand pharaon est enterré à Abydos. « Le bateau disparu aurait transporté, par exemple, le corps du pharaon jusqu’à sa der­nière demeure », conclut Wegner.

Le grand pharaon du Moyen Empire

Le grand pharaon du Moyen Empire
Un buste de Sénousert III.

Après une longue période de décadence, les pharaons du Moyen Empire réunifient le pays et mettent fin à l’instabilité qui régnait dans le pays et réforment l’Etat. Sénousert III, dont le règne marque l’apogée du Moyen Empire, est l’un des plus grands pharaons conqué­rants et bâtisseurs de cette époque. Il est le cinquième roi de la XIIe dynastie. Il hérite d’un pays bien géré par ses prédécesseurs. Ils ont su le faire prospérer et y ont établi une longue période de paix. L’activité économique et commerciale florissante de l’Egypte à cette époque a attiré de nom­breux travailleurs asia­tiques dans la vallée, et l’influence égyptienne était plus forte que jamais.

Sénousert III a voulu assurer la reprise en main de la Haute-Nubie, entre la deuxième et la troisième cataracte du Nil. Cette pointe méridionale des possessions égyptiennes subit alors les incursions régulières de tribus kouchites venues du Sud. Le roi pacifie la région en quatre campagnes militaires. La frontière est renforcée par la rénovation ou la construction d’un réseau de huit forteresses pourvues de garnisons. Les habitants de la province, reconnaissants, placeront Sésostris III au rang des divinités locales.

Une stèle privée appartenant à un militaire nommé Khousobek, qui a participé à une expédition militaire lancée par Sénousert III contre les Mentjiou, turbulents nomades sémitiques qui menaçaient régulièrement le nord-est de l’Egypte, témoigne de l’activité du pharaon. Cette campagne l’a mené jusqu’en Palestine. Il est le premier pharaon à mener de vraies opérations de guerre en Asie. Sénousert III a marqué la mémoire des Egyptiens par le premier canal reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Ce canal était connu sous le nom du canal de Sésostris III comme le nommaient les grecs. En plus de son complexe funéraire à Abydos et sa pyramide à Dahchour, Sénousert III construit aussi un obélisque sur lequel sont gravées ses réalisations militaires en plus de plusieurs forteresses, dont les plus connues sont celles de Semna et Qemna en Nubie. Lorsque Sénousert III disparaît, après 36 ans de règne, l’Egypte est au sommet de sa puissance et de son influence.

Abydos ou la cité d'Osiris

Abydos ou la cité d
Le site d'Abydos révèle encore ses secrets.

A 70 kilomètres au sud de la ville d’Al-Balyana au gouvernorat de Sohag se situe la ville antique d’Abydos, considérée comme l’un des plus importants sites archéologiques de l’Egypte ancienne. Sacrée, cette ville était dédiée au culte du dieu Osiris. Les anciens pharaons voyageaient en pèlerinage pour se rendre au temple consacré à Osiris à Abydos, dont les vestiges existent jusqu’à présent. En fait, à partir de la fin de l’Ancien Empire (2647-2150 av. J.-C.), le culte d’Osiris a commencé à devenir important, notamment sous la XIIe dynastie (1991-1783 av. J.-C.). Il est devenu par la suite le plus important culte religieux de l’époque. Au Moyen Empire (2022-1650 av. J.-C.), Abydos était devenu le principal centre religieux en Egypte.

Construite sur une superficie de plus de 400 feddans, la ville d’Abydos comprend plusieurs monu­ments répartis sur une vaste étendue à l’exemple du remarquable temple de Séthi I (1294-1279), celui de Sénousert III (1878-1843 av. J.-C.) de la XIIe dynastie. On trouve aussi la chapelle de la reine Tétishery, l’épouse de Sénakhtenrê (ou Taâ I, 1559-1558 av. J.-C.), et aussi le temple de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.).

La ville sacrée d’Abydos a également hébergé beaucoup de nécropoles anciennes comme celle de Thinis, la première capitale de l’Egypte unifiée, et celle d’Oum Al-Qaab, une nécropole royale où les premiers rois avaient construit leurs tombeaux. Outre les nécropoles, on y trouve aussi des sépultures de chiens, de chacals, d’ibis et de faucons, datant de la Basse-Epoque (656-332 av. J.-C.) et de l’époque gréco-romaine. « On a aussi retrouvé à Oum Al-Qaab des traces remontant à la période prédynastique (3500-3150 av. J.-C.). Ce qui indique que l’histoire de la ville d’Abydos remonte à la fin de la pré­histoire », explique Gamal Abdel-Nassar, directeur des antiquités de Sohag. Après cette période, Abydos a pris rapidement de l’importance car les rois des dynasties suivantes, de la Ire dynastie (3050-2828 av. J.-C.) et certains de la IIe dynastie (2828-2647 av. J.-C.) ont continué à y être enterrés. De cette époque datent de grandes forteresses construites dans le désert, le temple du dieu de la nécropole, Khentamentiou, qui fut un important centre religieux sous les premières dynasties.




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