Semaine du 23 au 29 avril 2014 - Numéro 1022
Le vent en poupe
Banques islamiques  Le gouvernement des Frères musulmans vise à augmenter leurs parts dans le marché au cours des 4 prochaines années. Un plan soutenu par les différents acteurs.
Le vent en poupe
Les banques islamiques pourront-elles multiplier leurs parts du marché ? (Photo: Mohamad Abdo)
Gilane Magdi05-12-2012

Citibank, banque américaine opérant en Egypte, a tenu le mois dernier un atelier de travail pour étudier le lancement des titres financiers islamiques connus sous le nom des soukouk. Par ailleurs, les dirigeants de la banque Barclays Misr n’ont pas écarté la possibilité d’opter pour ce choix. A Alexandria Sanpaolo, les responsables expriment le même intérêt. Il semble que le financement islamique ait aiguisé l’appétit des banques commerciales publiques aussi bien que privées. Au cours des derniers mois, une dizaine de banques opérant sur le marché ont révélé avoir étudié sérieusement l’introduction des produits islamiques. « Il y a vraiment une augmentation de la demande de la part des clients sur les produits islamiques. C’est pourquoi ma banque étudie la présentation de ces produits sur le marché égyptien », a révélé à l’Hebdo Chérif Al-Beheiri, directeur de la planification au sein de la banque Barclays Misr. Même les banques qui présentent déjà ce type de produits accélèrent le pas soit pour augmenter le nombre de branches qui offrent des transactions islamiques, soit pour lancer de nouveaux produits. La banque Misr a ainsi lancé le mois dernier son nouveau produit Mourabaha concernant les voitures. Dans cette transaction, la banque islamique achète la voiture pour la revendre au client. En échange, ce dernier rembourse la valeur de la voiture et les bénéfices de la banque sur une durée déterminée. « Le lancement de ce produit fait partie de notre deuxième phase de modernisation des échanges islamiques au sein de la banque. A la fin de cette année,

nous allons lancer les cartes de crédit islamiques qui sont compatibles avec les principes de la charia », dit le président de la banque Misr, Mohamad Abbas Fayed. Il explique que la première phase de modernisation a commencé en 2009 et visait la restructuration des filiales islamiques, en particulier par la formation des employés et par la composition d’un comité d’experts de la charia au sein de la banque, chargé de s’assurer que les produits proposés répondent aux règles islamiques, basées essentiellement sur le produit et non sur les intérêts dégagés.

La précipitation des banques pour accéder au financement islamique paraît normale et indispensable avec l’arrivée au pouvoir d’un président islamique, tandis que les dirigeants politiques travaillent à élargir le système bancaire islamique qui existe déjà depuis les années 1970. « L’objectif du gouvernement actuel est d’augmenter la part de financement islamique de 7 % à 35 % dans les 4 prochaines années. La concrétisation de cet objectif n’aura pas de répercussions sur les banques déjà existantes sur le marché, puisque 17 % seulement de la population possèdent un compte bancaire. Les options existant pour attirer les 83 % restants vont donc s’élargir, ce qui permettra d’augmenter le taux d’épargne », note Ahmad Al-Naggar, membre du comité économique du Parti Liberté et justice, à l’issue de la conférence Euromoney, tenue au Caire les 9 et 10 octobre dernier. Cette porte était pratiquement fermée pendant le régime de Moubarak. « Les autorités pendant l’ancien régime de Moubarak limitaient l’expansion des banques islamiques pour ne pas empiéter sur la couverture des banques commerciales », renchérit- il. Le principe de travail d’une banque islamique est d’accorder au client un intérêt variable qui dépend directement des profits réalisés. Ceci pourrait largement intéresser les clients, parce que ces taux seraient plus attractifs que ceux accordés par les banques commerciales. Pour les freiner, la BCE les a obligées à prendre « le taux d’escompte comme un taux directif », souligne Ayman Farouq, membre du comité économique du parti salafiste Al-Nour. Les banques qui n’exercent pas encore d’activité bancaire islamique se trouvent face à un défi, et devront s’adapter à cette nouvelle donne qui va venir transformer le paysage bancaire égyptien. 13 entités bancaires offrent aujourd’hui les produits islamiques, parmi lesquelles 3 seulement sont purement islamiques (banque Faysal Al-islami, Banque nationale de développement (NBD) et Al-Baraka Misr). Les autres sont des filiales dépendant de banques commerciales, telles que la banque Misr, la banque Audi et la Banque de développement et de crédit agricole. Selon les chiffres de l’Association égyptienne pour le financement islamique, le montant des financements accordés par les banques islamiques en Egypte s’élevait à 64,7 milliards de L.E. en mars dernier, représentant 7,6 % du total des financements bancaires (soit 850 milliards de L.E.).

D’ailleurs, toujours selon le dernier rapport publié par l’association, le total des dépôts se chiffrait à 85,5 milliards de L.E., soit 8,6 % du total des dépôts bancaires. « La répartition des opérations bancaires changera sans doute. Les banques qui vont rester à l’écart des produits islamiques seront sans doute perdantes, car il y a vraiment un changement dans les habitudes des clients », prévoit Mohamad Nabil, membre du département des crédits au sein de la Banque nationale d’Abu-Dhabi. Le dernier rapport sur la Banque islamique pour l’Afrique du Nord, publié par l’agence de notation Standard & Poor’s, affirme que « la croissance des banques compatibles avec la charia est graduelle ». Le rapport estime à deux ou trois ans le temps nécessaire avant que ce secteur ne décolle vraiment. « Cela suppose que les principales parties prenantes, y compris les décideurs, les organismes de réglementation et les concurrents bancaires, favorisent la confiance des entreprises », note le rapport, en ajoutant que le développement des activités bancaires islamiques en Egypte, au Maroc et en Tunisie pourrait aider à alléger la pression financière à laquelle ces pays font face. « Par exemple, cela pourrait améliorer le taux de bancarisation et d’intermédiation financière et élargir l’accès à des sources de financement pour les entreprises et les Etats de la région », assure le rapport .




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