Semaine du 17 au 23 septembre 2014 - Numéro 1042
La construction demeure dans l’incertitude
Investissements  L’immobilier est toujours en berne malgré quelques espoirs à court terme. Si le secteur se relèvera, il souffre aujourd’hui d’une législation floue et d’un manque de transparence, tant de la part des investisseurs que du gouvernement.
conctruction
(Al-Ahram)
Dahlia Réda14-11-2012

« Le secteur de l’immobilier égyptien ne pourra redémarrer que si le gouvernement adopte une politique claire sur les législations encadrant le secteur », affirme Ahmad Badrawi, chef du département du développement des affaires pour la société immobilière Sodic.

En raison de l’ambiguïté des politiques depuis la révolution et de celles entreprises après l’arrivée du nouveau gouvernement, les investissements étrangers et arabes se sont orientés vers d’autres pays. Les investisseurs locaux sont aussi réticents à réaliser de nouveaux investissements et se contentent de terminer les projets déjà entamés pour assurer leur livraison dans les délais fixés.

Hicham Choukri, PDG de Roeya pour l’investissement immobilier,note que ce secteur a beaucoup souffert depuis le déclenchement de la révolution du 25 janvier. Il a été confronté à un ensemble de difficultés conduisant à une forte récession et à la fuite des capitaux et des investissements étrangers dans ce domaine. Les pertes sont évaluées jusqu’ici à plus de 3,5 milliards de L.E. Ce secteur a de plus vécu un krach boursier, les actions immobilières perdant plus de 80 % de leur valeur sur la même période.

Choukri souligne également que si le gouvernement veut récupérer les investissements, qui ont quitté le pays ces deux dernières années, il doit régler la vingtaine de cas de litiges avec les investisseurs arabes portant sur les terrains acquis à des prix dérisoires durant l’époque de Moubarak.

« Le gouvernement doit entreprendre une politique claire en ce qui concerne le traitement des entreprises locales ou arabes opérant sur le marché égyptien et qui ont subi des préjudices, à cause des décisions judiciaires leur confisquant des terrains déjà attribués à leurs projets de constructions résidentielles. Ces décisions ont conduit à la suspension d’un certain nombre de projets et évidemment à la baisse des investissements dans ce secteur en dépit de la demande croissante de l’immobilier en Egypte », analyse-t-il.

45 milliards de L.E. d’ici 2015

Néanmoins, les résultats de l’étude effectuée par le site de recherche spécialisé dans l’immobilier Aqar Map prévoient que la valeur des investissements dans le secteur s’élèvera à plus de 7,3 milliards de dollars, soit 44,50 milliards de L.E., d’ici à 2015. Cette étude prévoit une extension des activités du secteur et compte sur la mise en vigueur d’une nouvelle stratégie gouvernementale qui soutiendra le financement de la construction de logements à travers les banques. Selon l’étude, le secteur égyptien de l’immobilier est resté croissant jusqu’à la fin de 2011 et atteignait à l’époque 1,5 milliard de dollars, soit 26 % de l’ensemble des investissements réalisés en Egypte.

Selon Rehab Taha, analyste économique spécialisée dans le secteur de l’immobilier pour la Banque d’investissement Prime, ce secteur a souffert durant l’année 2012 d’une récession de 60 %, due à la réticence des investisseurs à injecter de nouveaux financements en l’absence d’une politique législative claire. « Depuis l’arrivée du gouvernement islamique, les investisseurs attendent l’annonce des nouvelles législations. Ils craignent la modification des lois sur la propriété foncière et l’apparition de lois limitant les investissements étrangers », explique l’analyste.

Taha estime que les estimations de l’étude effectuée par le site Aqar Map sont trop optimistes. Elle fait remarquer que le total des investissements dans ce secteur annoncé par cette étude atteint les 50 milliards de L.E. Or, la valeur moyenne des investissements arabes du Golfe tournait autour de 40 milliards de L.E. durant le pic du secteur, pendant les deux ans précédant la révolution. Selon les estimations du ministère de l’Investissement, le total des investissements dans l’immobilier en 2012 n’a été que de 2,8 milliards de dollars. « Comment ce secteur pourrait-il attirer un tel montant d’investissements dans les deux années à venir ? », se demande-t-elle.

Fort potentiel

Toutefois, Ayman Ismaïl, PDG du groupe immobilier Dar Al-Maemar, estime que, malgré l’impact négatif des deux dernières années, le secteur présente encore tous les facteurs nécessaires à une reprise. « La demande de logements pour les catégories moyennes, ainsi que celle pour les catégories faibles sont en forte hausse et dépassent même la capacité des industries du secteur. De plus, la demande de bureaux et de bâtiments administratifs dans les nouvelles villes est aussi en hausse », remarque-t-il, en soulignant le potentiel de ce dernier secteur.

Choukri ajoute que l’instabilité politique et économique n’est pas le seul élément ayant mené à la récession spectaculaire de ces deux dernières années. Il met aussi en cause les politiques entreprises par le ministère du Logement. « Le secteur de l’immobilier est d’une importance cruciale pour l’économie : il embauchait plus de 6 millions d’ouvriers avant la révolution, et contribuait à 40 % du PIB parce qu’il est lié à plus de 100 autres industries », insiste-t-il.

Choukri appelle le ministère du Logement à permettre aux sociétés d’investissement immobilier de contribuer aux projets de logements pour les faibles et moyennes catégories. « Ce genre de projets servira à relancer nos sociétés, après une longue période d’arrêt », souligne-t-il, en notant que les sociétés qui participent à ce genre de projet doivent se contenter d’une marge de profit très minime. Mais selon lui, « la vente de logements en grand nombre compense la faiblesse des profits ».

Le ministre du Logement égyptien, Tareq Wafiq, a annoncé dernièrement son nouveau plan pour le secteur. Ce plan cherche à corriger la distorsion de la structure du marché, qui comporte une abondance de logements de luxe et une pénurie de logements pour les catégories moyennes et faibles. « La demande de ces deux dernières catégories est énorme et ne correspond pas à l’offre », note-t-il. Wafiq souligne que son ministère vise à mettre en place une nouvelle stratégie qui comblera ce déficit en coopérant avec les sociétés d’investissement immobilier.

Le ministère du Logement lancera la semaine prochaine une adjudication pour créer 20 000 unités de logements à faible coût, dans 5 nouvelles villes. Mais une reprise complète du secteur prendra du temps, au moins celui de rassurer les investisseurs.




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