Semaine du 24 février au 2 mars 2021 - Numéro 1363
Le cartel du ciment en pleine offensive
  Les cimenteries utilisent tous les moyens de pression pour faire plier le gouvernement : hausse des prix de la tonne, refus de payer leurs factures en gaz naturel, forcing pour importer du charbon et recours à la justice. Pourtant, plusieurs d'entre elles engrangent de grands bénéfices.
Charbon
Le prix de la tonne du ciment a dépassé les 900 L.E. (Photo : Al-Ahram)
Névine Kamel21-05-2014

Les cimenteries cher­chent par tous les moyens à accélérer l’importation du char­bon. Après avoir augmenté le prix de la tonne, les usines font désormais appel à la justice contre le gouvernement qui a diminué les subventions au gaz naturel qu’elles utilisent.

Le cartel des usines de ciment justifie sa hausse des prix par le manque d’énergie. Faute d’éner­gie suffisante, les producteurs ont dû réduire les quantités offertes sur le marché. Conséquence: les prix ont flam­bé la semaine dernière pour dépasser les 900 L.E., contre seulement 500 L.E. le mois der­nier.

Pour ces usines, les prix ne baisseront pas prochainement. « La hausse du prix de la tonne de ciment est le résultat des tur­bulences qu’affrontent ces entreprises. Le manque de gaz s’aggrave avec l’approche de l’été. Le charbon ajustera l’équation », espère Médhat Stephanos, président de la Chambre du ciment auprès de l’Union des industries.

Il ajoute: « Les cimenteries travaillent à moins de la moitié de leur capacité. Une fois la crise de l’énergie réglée, l’offre pourra à nouveau satisfaire la demande et les prix reviendront à leur niveau normal ».

Les cimenteries, comme toutes les usines fortement consomma­trices d’énergie, font face depuis deux ans à un manque de gaz naturel. Le gouvernement consacre la plus grande partie du gaz naturel disponible à la pro­duction de l’électricité. Cette der­nière absorbe, à elle seule, environ 60 % du total du gaz naturel en Egypte, pour une moyenne totale de 75 millions de m3 par jour, selon les chiffres du ministère du Pétrole.

Recours à la justice

Les cimenteries font aussi pres­sion sur le gouvernement en ayant recours à la justice. L’entreprise française Lafarge, un des plus grands producteurs de ciment en Egypte, a intenté il y a deux semaines un procès contre le gou­vernement égyptien. Un respon­sable de cette entreprise explique : « Notre contrat avec le gouverne­ment implique un prix fixe de 4 dollars l’unité de gaz. Nous pour­rions accepter de passer à 6 dol­lars si le gouvernement nous pro­curait tous nos besoins en gaz. Mais nous souffrons d’un manque sévère de quantités et la produc­tion a été réduite d’environ 30 % au cours des 3 derniers mois ».

Un responsable au ministère du pétrole, qui a requis l’anonymat, souligne cependant: « Nos contrats avec les usines de ciment sont ouverts. Le gouvernement a le droit de modifier le prix du gaz à n’importe quel moment, selon les fluctuations des cours mondiaux. Le procès de Lafarge n’aboutira probablement pas ».

Plusieurs autres entreprises attendent l’issue du procès pour décider d’adopter ou non une démarche similaire.

Des entreprises bénéficiaires

De son côté, le gouvernement accuse les entreprises de ciment d’abuser de la crise du gaz pour obliger le gouvernement à accélé­rer les procédures d’importation du charbon. « Cela n’est pas acceptable. Le pays affronte une crise, et il est normal que toutes les parties en assument une part », lance Atef Yacoub, président de l’Organisme pour la protection du consommateur.

Pour lui, les entreprises de ciment, qui ont toutes réalisé des bénéfices en 2013, s’obsti­nent à préserver leur immense marge de profits.

Yacoub avance que le coût moyen de production d’une tonne du ciment ailleurs dans le monde ne dépasse pas les 250 L.E., soit presque quatre fois moins que le prix actuel en Egypte.

L’organisme affirme avoir déposé plainte contre les entre­prises de ciment auprès du régu­lateur contre le monopole et la protection de la concurrence.

Le charbon: industrie contre écologie

Par ailleurs, le dossier du charbon continue de provoquer des remous. Il y a quelques semaines, les cimenteries ont gagné le premier round. Le pre­mier ministre, Ibrahim Mahlab, a permis aux entreprises l’im­portation de charbon avant même que le ministère de l’En­vironnement ne précise les mesures nécessaires à adopter pour satisfaire les normes envi­ronnementales indispensables, notamment durant le transport de ce produit des ports vers les usines, et son utilisation dans les cimenteries.

Le porte-parole du ministère de l’Environnement accuse les usines d’importer du charbon avant d’avoir modifié leurs équipements antipollution. « Modifier les équipements des usines nécessite au moins 5 mois, alors que la première livraison de charbon arrivera d’ici un mois. Cela veut dire que les équipements ne seront pas ajustés pour répondre aux normes environnementales », indique-t-il.

Dettes

Par ailleurs, un responsable du ministère du Pétrole révèle que les cimenteries n’ont toujours pas payé leurs factures de gaz subven­tionné depuis juillet 2013. « Les entreprises de ciment exagèrent », dit furieusement le responsable qui a requis l’anonymat, « elles n’ont pas payé la différence de prix depuis l’augmentation de juillet ».

Les dettes de ces entreprises vis-à-vis du ministère ont atteint 1,2 milliard de dollars. Il s’agit d’un total de 15 cimenteries. La seule entreprise publique oeuvrant sur le marché, Al-Qawmiya pour le ciment, fait aussi partie de la liste. Elle doit au gouvernement 37 mil­lions de dollars.

Lafarge doit au gouvernement 164 millions de L.E., soit l’équiva­lent de la facture liée à la hausse du prix du gaz.

« Les entreprises du ciment ont choisi d’attaquer le gouvernement. Mais qu’elles payent leurs factures d’abord », se révolte cette même source.




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