Semaine du 24 février au 2 mars 2021 - Numéro 1363
Marché automobile : Un redressement, mais …
  Le secteur de l’automobile a connu une relance en 2020 avec une hausse des ventes de 26,5 %. La baisse des taux d’intérêt est un facteur-clé justifiant cette reprise. Cependant, on est encore loin des niveaux d’avant la dévaluation de la livre égyptienne.
Marché automobile : Un redressement, mais …
Les ventes restent de 16 % inférieures à la moyenne d’avant la libération du taux de change.
Amani Gamal El Din17-02-2021

Malgré la crise du Covid-19, le marché égyptien de l’automo­bile est arrivé à dépas­ser le stade de la récession et s’oriente vers plus de prospérité. Mais rien ne dit qu’il s’agit d’une croissance réelle. Le volume total des ventes du marché de l’automo­bile a connu une hausse de 26,5 % en 2020 en comparaison avec 2019. Les unités de vente sont passées de 182 700 à 231 200. Mais ces chiffres de ventes sont encore loin de ceux enregistrés en 2015, c’est-à-dire avant la libération du taux de change, avec un taux de différence de 16 %, soit 278 400 unités. « Le segment des véhicules des particuliers s’est acca­paré le taux le plus élevé avec 32 % de plus en 2020 par rapport à l’an­née qui l’a précédée. Les unités de vente sont passées de 127 000 à 167 000 ».

C’est ce que vient d’annoncer le rapport AMIC spécialisé dans les études du marché de l’automobile pour l’année 2020. Même chose pour les segments des bus et des camions qui ont connu une hausse mais moins remarquable. Le volume du marché des bus a connu une augmentation de 29,6 % et celui des camions de 6 %. Les unités vendues des bus sont pas­sées de 20 300 à 26 400, alors que celles des camions sont passées de 34 800 à 37 000.

Trois raisons ont été citées pour justifier cette hausse. Abanob Magdi, analyste et responsable du secteur automobile à la banque d’investisse­ment Beltone, parle de deux raisons essentielles. La première est la chute des taux d’intérêt par la Banque Centrale d’Egypte (BCE) qui ont été stabilisés à 8,25 % pour les crédits et 9,25 % pour les épargnes. En consé­quence, nous avons vu une croissance importante dans les services de retails banquiers. Des banques privées, telles que CIB, Crédit Agricole, Abu-Dhabi Islamic Bank, se sont empressées de multiplier les services des prêts de détail aux particuliers. La deuxième est la campagne lancée par le public en 2019, appelée « laissez-la rouiller », pour s’ériger contre la hausse vertigineuse des prix de l’auto­mobile. Les concessionnaires se sont trouvés obligés de réduire les prix pour accroître une demande qui s’était ralentie. Khaled Saad, secrétaire géné­ral de la Chambre de l’industrie auto­mobile, ajoute à cela une troisième logique, celle de la levée totale des impôts sur les voitures originaires de l’Union européenne en vertu du GATT et celles en provenance de la Turquie, entraînant également une baisse relative des prix.

A en juger par les chiffres publiés dans le rapport AMIC, les véhicules assemblés à l’étranger CBU ont connu une hausse importante de 48,7 % en 2020 comparée à 2019 (137 000 contre 92 400 unités de vente). Alors que les chiffres de vente des véhicules assemblés localement ont augmenté légèrement de 3,9 %, passant de 90 200 à 93 800 unités.

Le marché de l’automobile en Egypte avait connu des turbulences majeures au lendemain du flottement de la livre égyptienne, en novembre 2016, suite aux enjeux économiques difficiles que le pays avait vécus. Les prix des véhicules ont été doublés. Ajoutons à cela une facture exorbi­tante sous l’effet accumulatif de diffé­rentes taxes ; la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) imposée en 2016, les frais de développement et la table taxe, indexés au prix initial de la vente. Outre cela, les frais de promul­gation des licences de l’automobile et ceux de conduite qui ont triplé depuis 2019. Ces turbulences se sont prolon­gées jusqu’en 2018. Cependant, le marché a gagné plus d’équilibre en 2019 et 2020 en comparaison à la période entre 2016 et 2018, selon les experts du rapport AMIC. D’après Abanoub, la chute des taux d’intérêt a contrecarré cette facture exorbitante qui, en tout, ne représentera que de 2 à 5 % du prix du véhicule selon les segments. « Il faudra ajouter que tout simplement les situations financières des ménages se sont équilibrées envi­ron 4 ans après le flottement et un an après le Covid-19 », affirme-t-il.

Un marché non équilibré

Islam Heweila, un expert de l’in­dustrie automobile, déclare que ces chiffres ne reflètent pas une crois­sance au sens propre du terme. « Même avec la hausse des ventes, le volume du marché n’est pas très grand avec 231 000 véhicules unique­ment », a-t-il déclaré. Il explique qu’il serait irraisonné de prendre les années 2019 et 2020 comme référence ou bien de les comparer pour analyser les tendances du marché. « Il s’agit d’un marché non équilibré. Dans ces deux années, les stocks se sont accumulés chez les concessionnaires à cause des séquelles économiques de la pandé­mie et de l’arrêt des importations face à la paralysie des chaînes d’approvi­sionnement mondiales. Ce qui les a amenés à réduire parfois excessive­ment les prix et à offrir plus de facili­tés de crédits allant jusqu’à 7 à 10 ans », souligne-t-il. Il ajoute qu’il n’y a pas de raison logique à cette crois­sance car c’est un marché débridé et non équilibré. Il est difficile de com­parer 2020 à 2019, à cause de la chute des prix des voitures après la cam­pagne de la rouille, il y avait un stock chez les importateurs. Cette influence s’est prolongée jusqu’au troisième trimestre de l’année 2020.

Il poursuit sur une des tendances d’achat égyptiennes en avançant que certaines catégories, après la chute des taux d’intérêt, optent pour la posses­sion de voiture, qu'elles considèrent comme un actif qu’elles pourraient vendre le cas échéant. « Il devient alors nécessaire de comprendre les tendances d’achat des Egyptiens », a-t-il ajouté. Avis partagé par Assem El-Toukhy, directeur de ventes auprès de la marque Peugeot en Egypte, qui estime que l’achat des voitures est une forme d’investissement chez les Egyptiens et qu’il est devenu normal de voir des gens s’approprier des voi­tures dépassant un demi-million de L.E. « Nous avons vendu au moins 90 véhicules des types A class de la marque Peugeot en décembre 2020 et en janvier respectivement avec des listes d’attente pour les trois pro­chains mois », a-t-il affirmé. « Le marché manque de régulations. Par exemple, avec la fin des stocks et le recul de l’offre, nous avons vu émer­ger, au cours du 4e trimestre de 2020, le fléau de la surfacturation (overpri­cing) qui, de tout temps, a caractérisé le marché égyptien de l’automobile et qui amenait les concessionnaires à vendre les voitures à un plus haut prix en contrepartie de les rendre dispo­nibles au client dans les plus brefs délais », explique Heweila.

Pour contrer ce fléau, il est néces­saire d’adopter des stratégies à long terme afin de pouvoir s’adapter à un marché imprévisible et dont le rééqui­libre ne sera pas atteint facilement, d’après Heweila. A commencer par les alternatives de financement du crédit-bail qui n’est pas très courant en Egypte où il existe quelque 300 compagnies spécialisées dans ces méthodes de financement, alors que seules 10 sont opérantes. Selon Mohamed Magdi, analyste auprès de la banque d’investissement Beltone, ce genre de financement est plus cou­rant au niveau des entreprises, mais il est temps pour que les particuliers en bénéficient. Le crédit-bail est une technique contractuelle entre une entreprise qui acquiert des biens immobiliers ou mobiliers en vue de les donner en location à un client pour une durée déterminée et en contrepar­tie de loyer. A la fin du contrat, l’en­treprise bénéficiaire peut ou bien res­tituer le bien, soit l’acquérir, ou renou­veler le contrat.


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