Semaine du 16 au 22 janvier 2019 - Numéro 1258
L’Egypte prête à recevoir une nouvelle tranche du prêt du FMI
  Le gouvernement a annoncé la mise en place d'un mécanisme d'indexation des prix de l'essence octane 95. Il s'attend dès lors à recevoir le versement de la 5e tranche du prêt de 12 milliards de dollars par le Fonds Monétaire International (FMI) avant la fin du mois de janvier. Explications.
L’Egypte prête à recevoir une nouvelle tranche du prêt du FMI
Les prix seront modifiés tous les 3 mois et se situeront dans une marge de 10 %. (Photo : Reuters)
Marwa Hussein09-01-2019

Le gouvernement égyptien a annoncé la mise en place d’un mécanisme d’in­dexation automatique des prix de l’es­sence octane 95. La décision a été publiée dans la gazette officielle le 7 janvier. Le mécanisme sera mis en place à partir du mois d’avril. Les modifications de prix se situeront dans une marge de 10 % et auront lieu tous les trois mois. Le ministre du pétrole, Tarek El-Molla, a indiqué à Reuters que le nouveau mécanisme ne signifiait pas forcément une aug­mentation des prix au cours du deuxième tri­mestre 2019. « Le prix peut baisser, augmenter ou rester au niveau actuel », a-t-il déclaré. La décision du gouvernement est liée à son accord de financement avec le Fonds Monétaire International (FMI).

L’Egypte s’attend dès lors à recevoir le verse­ment de la 5e tranche du prêt de 12 milliards du FMI en janvier. Le 30 décembre, la présidence égyptienne avait déjà publié un communiqué de presse prévoyant l’arrivée de la tranche en ques­tion avant la fin du mois de janvier, soit un mois plus tard que prévu, un retard dû à la période de non-clarté qui a suivi la décision du FMI de reporter l’examen du programme de réforme économique de l’Egypte, initialement prévu début décembre 2018.

Le gouvernement égyptien avait approuvé, en juin 2018, le nouveau mécanisme de tarification des prix de l’essence, qui devait être initiale­ment implémenté avant la fin décembre. Ce mécanisme établit un lien entre les prix du car­burant locaux et les prix internationaux, et constitue un élément essentiel des plans du gou­vernement visant à réduire les subventions et, par la suite, le déficit budgétaire. Une source officielle qui a requis l’anonymat a indiqué à l’agence de presse financière américaine Bloomberg que le FMI a insisté sur la fixation d’une date pour la mise en oeuvre du mécanisme de tarification du carburant avant le versement de la 5e tranche du prêt. Depuis novembre 2016, le gouvernement a coupé les subventions des carburants à trois reprises, la dernière fois en juillet 2018. Bloomberg avait récemment annoncé, citant une source officielle ayant requis l’anonymat, que le gouvernement met­trait en place le mécanisme relatif à l’essence octane 95, non subventionné, en mars 2019. Et ce, en ajoutant que le gouvernement prévoyait d’annoncer ce mécanisme pour d’autres types d’essence en juin, avec l’objectif de le mettre en oeuvre en septembre.

La 5e tranche du prêt du FMI s’élève à 2 mil­liards de dollars et elle portera à 10 milliards le montant versé par l’Institution financière à l’Egypte dans le cadre d’un programme d’aide de 12 milliards de dollars, approuvé en novembre 2016. Le FMI avait approuvé, en novembre 2016, un programme de financement de 12 milliards de dollars sur trois ans en faveur de l’Egypte, lié à un programme de réformes économiques qui a inclus la libéralisation du taux de change de la livre égyptienne, la réduc­tion des subventions à l’énergie et l’instauration d’une Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA). L’institution monétaire multilatérale avait accepté, fin novembre 2018, de débourser la 5e tranche du prêt, à condition d’être approuvée par les instances dirigeantes, avant de reporter la date du 4e examen du programme de réforme égyptien. Ce que Gerry Rice, porte-parole du FMI, avait expliqué par une erreur technique dans l’agenda de la réunion du 19 décembre. Le porte-parole du FMI avait également indiqué que le FMI discutait certains détails avec le gouvernement égyptien, sans donner plus de précisions.

L’Egypte félicitée par le FMI

Suite à une visite à l’Egypte d’une équipe du FMI, du 18 au 31 octobre, Subir Lall, directeur adjoint du FMI pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, avait salué les efforts du gouverne­ment égyptien en matière d’amélioration de la performance économique du pays. Le FMI avait relevé en particulier l’accélération de la crois­sance à 5,3 %, la baisse du chômage au-dessous des 10 % et le recul du déficit du compte des transactions courantes, dû aux envois de fonds des Egyptiens résidant à l’étranger et à la reprise du tourisme. « L’économie égyptienne a conti­nué de réaliser de bonnes performances malgré des conditions mondiales non favorables, soute­nues par la mise en oeuvre du programme solide de réformes par les autorités », avait déclaré Lall dans un communiqué. Il avait également souligné que « la politique monétaire prudente de la Banque centrale avait contribué à réduire l’inflation annuelle ». Dans son rapport « Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2018 », le FMI prévoit que l’économie égyp­tienne enregistrera un taux de croissance de 5,3 % en 2018 et de 5,5 % en 2019, contre 4,2 % en 2017, tout en prédisant 6 % pour 2023.

Dans un entretien télévisé avec Bloomberg, fin novembre, le ministre égyptien des Finances, Mohamad Maeit, avait dit que l’Egypte ne demanderait pas de financement supplémentaire au FMI à l’issue du programme de 12 milliards de dollars l’année prochaine, mais qu’elle conti­nuerait à entretenir des relations avec le prêteur multilatéral pour rassurer les investisseurs. « Nous sommes maintenant dans une position où nous ne pensons pas avoir besoin d’un finan­cement supplémentaire du FMI », avait déclaré Maeit, ajoutant qu’il « pourrait y avoir une sorte de coopération » avec le prêteur basé à Washington. « Mais laissez-moi répéter et sou­ligner à nouveau que cela ne signifie pas que nous allons demander un financement supplé­mentaire », avait insisté le ministre.

En plus des réformes structurelles, le pro­gramme de financement avec le FMI stipulait que l’Egypte diversifie ses sources d’emprunts, puisque le gouvernement dépendait plutôt de l’endettement local. L’accord conclu avec le FMI prévoit que ce dernier va octroyer à l’Egypte 12 milliards de dollars et que l’Egypte va assurer le reste du financement de son pro­gramme de réforme, évalué à 21 milliards de dollars, sur 3 ans. L’Egypte a vendu plus de 13 milliards de dollars, d’obligations libellées en devises étrangères depuis la libéralisation de sa monnaie en 2016. Actuellement, le ministère des Finances considère l’émission d’obligations en différentes devises, soit en dollars améri­cains, en euros, en yens japonais ou en autres devises. « Nous considérons aussi les obliga­tions vertes ou Green Bonds, les obligations Samouraï, émises au Japon, et les Panda Bonds, émises en Chine », avait déclaré le ministre des Finances dans un entretien accordé à l’Hebdo en novembre.




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