Semaine du 12 au 18 septembre 2018 - Numéro 1241
Un secteur vital en manque de régulation
  Dans un récent rapport, l'Autorité de Développement du Commerce Intérieur (ADCI) souligne la nécessité de réguler le commerce intérieur. Etat des lieux d'un secteur en grande partie informel.
Un secteur vital en manque de régulation
Le commerce intérieur représente en Egypte 17% du PIB. (Photo : Mohamad Abdou)
Amani Gamal El Din10-01-2018

L’Autorité de Développement du Commerce Intérieur (ADCI), organisme fondé en vertu du décret gouvernemental no 354 de 2008, et relevant du minis­tère de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, a récemment publié le premier rapport du genre sur le commerce intérieur, qui ren­ferme aussi un plan de réforme ambi­tieux pour ce secteur. « Le commerce intérieur représente 17% du PIB. Dans 5 ans, il est prévu que ce chiffre atteigne 21 % », indique le rapport.

Le commerce intérieur est repré­senté par l’ensemble des échanges de biens ou de services dans un pays ou une région particulière. Ce secteur, qui représente 14% de la totalité de la main-d’oeuvre, et qui fournit 4 mil­lions d’emplois, inclut la vente en gros et au détail, les transports et les entrepôts de marchandises. « Ces chiffres sont satisfaisants, notamment si nous comparons l’Egypte à un vaste pays comme l’Inde où le com­merce intérieur atteint environ 13 % et où la vente au détail emploie envi­ron 21 millions de personnes », explique Ayman Hadhoud, écono­miste et expert en programmes de développement, dans son commen­taire sur le rapport de l’ADCI.

Pour restructurer le commerce inté­rieur, le rapport de l’ADCI dresse un plan de réforme ambitieux. Cette réforme passe par la formalisation du secteur. Dans une déclaration accor­dée au quotidien Al-Masry Al-Youm, le président de l’ADCI, Ibrahim Al-Achmawi, met l’accent sur la prio­rité de rendre le marché local « plus efficace » en intégrant le secteur for­mel. Il pourrait alors attirer les 15 milliards de dollars d’investissements prévus dans le plan quinquennal 2017-2022. Mais d’aucuns sont pru­dents concernant ces prédictions. « Je ne vois pas comment on pourrait atteindre ce chiffre, le problème étant que la loi sur l’investissement s’adresse prioritairement aux Investissements Etrangers Directs (IED) et porte moins d’intérêt à l’in­vestissement local. Mais c’est vrai que nous avons un large potentiel d’investissements de la part des Egyptiens de l’étranger, estimé à 180 milliards de dollars, qui peuvent être orientés dans cette direction », déclare un expert ayant requis l’ano­nymat.

Pour réguler ce secteur, le plan pré­voit l’élaboration d’une base de don­nées des commerces en coordination avec des agences d’enregistrement, qui sont au nombre de 89 réparties sur 27 gouvernorats. L’objectif est de supprimer les entraves bureaucra­tiques qui freinent les investisseurs. « La base de données comprend le nombre de commerces en fonctionne­ment, les actifs non exploités et desti­nés à des fins d’investissement et à l’usage commercial ainsi que les ter­rains occupés illégalement », note le rapport. Surmonter le problème de l’informalité et de l’enregistrement des commerces est devenu crucial. Selon l’analyste financière, Iman Negm, de Prime Securities, réguler le commerce domestique permettra de réguler le marché, qui souffre d’un manque de supervision de la part de l’Etat et d’une tarification chaotique.

Multiplication des points de vente

Le plan de réforme de l’ADCI est en accord avec les politiques actuelles de l’Etat égyptien, basées sur l’éco­nomie de marché libre.

Il mise sur l’expansion des marchés formels de vente en gros et au détail. Par exemple, en Chine, 20% de la vente au détail sont déclarés, alors qu’en Thaïlande, ce chiffre est de 40%, et aux Etats-Unis, 80%. Le plan prévoit ainsi d'accroître le nombre de pôles logistiques pour couvrir 50% des gouvernorats, d’ins­taller des marchés et des centres com­merciaux dans chaque gouvernorat et de multiplier les chaînes de supermar­chés et d’hypermarchés dans le but d’atteindre 10 000 points de vente d’une superficie comprise entre 1000 et 10000 m2 sur toute l’étendue du territoire. Par ailleurs, il prévoit de créer de nouveaux points de vente de taille moyenne, soit entre 300 et 500 m2, et d’élargir les petites épiceries d’une superficie de 30 à 70 m2, à 200 ou 300 m2. Il est question également d’accroître la superficie des terrains destinés à l’usage commercial. « La force d’un vendeur de détail est sa capacité à s’approvisionner directe­ment à la source, c’est-à-dire auprès des fabricants. Il est alors facile d’obtenir des réductions importantes sur les grandes quantités. Si le pro­cessus est régulé loin de la corrup­tion, les prix à l’attention des consommateurs pourront être rai­sonnables », affirme Mahmoud Gamal El Din, investisseur.

Un rapport récemment publié par le journal Al-Boursa affirme, en se fondant sur des sources du Secrétariat d’Etat américain à l’agri­culture, que les ventes des chaînes de supermarchés et d’hypermarchés ne dépassent pas les 23% du marché du détail. Le rapport précise néan­moins que le marché égyptien de vente au détail jouit d’un large potentiel et constitue une attraction pour les marques étrangères dési­reuses d’y investir. Le plan de l’AD­CI s’est fixé des objectifs à court et à moyen terme et a commencé à exécuter certains projets sur le ter­rain. Comme l’a déclaré Achmawi à la revue spécialisée Al-Mal, 84 fed­dans de terrain seront attribués aux investisseurs arabes et étrangers sur le marché du détail dans les divers gouvernorats et un délai de trois ans a été fixé pour leur aménagement. Le rapport de l’ADCI mentionne aussi ces terrains, notamment les 26 feddans qui sont prévus pour créer des centres logistiques et commer­ciaux à Louqsor et les 30 feddans à Suez. Sur le plan logistique, l’ADCI est donc sur la bonne voie, mais d’autres mesures devront être prises, notamment dans le domaine de la protection du consommateur, de la lutte anti-corruption et, surtout, la corruption administrative en réhabi­litant les fonctionnaires publics.

Un secteur en difficulté

Bien que les statistiques témoignent de la bonne per­formance du commerce intérieur, il n’en demeure pas moins que ce secteur souffre de maux chroniques qui freinent son envolée et sapent son potentiel de croissance. Parmi ces maux, une informalité extrême ainsi qu’une désorganisation et une fragmentation importantes. Sans oublier le fait que les bonnes performances se concentrent davantage dans les grandes villes comme Le Caire et Alexandrie aux dépens des autres. Dans une déclaration faite au quotidien Al-Masry Al-Youm, Ibrahim Al-Achmawi, président de l’Autorité de Développement du Commerce Intérieur (ADCI), indique que le com­merce intérieur est un secteur à 90% informel.

Selon le rapport de l’ADCI récemment publié, le com­merce de détail, qui constitue l’un des piliers du com­merce domestique, compte 400000 points de vente répartis dans tout le pays, dont 10% seulement sont des canaux organisés, tandis que 90% constituent de petits points de vente installés sur 20 m2. « L'Egypte est un cas spécifique. Par exemple, lors de crises économiques et de turbulences comme au moment de la révolution de 2011, c’est le secteur informel qui compense le manque de produits et réajuste l’offre et la demande », explique un expert au sein du ministère de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur ayant requis l’anonymat.

De nombreuses entraves

Du côté des commerçants, les problèmes sont de nature différente: coûts exorbitants des licences et de la location, pots-de-vin à verser au cours des procédures, lenteur des démarches administratives, impôts élevés ainsi que hausse des coûts des biens suite aux réformes économiques de novembre 2016, au flottement de la livre égyptienne et à la levée des subventions sur le carburant. Ali Mahmoud, épicier entretenant un célèbre point de vente à la rue Qasr Al-Aïni, déclare que les habitudes de consommation des Egyptiens ont changé après la hausse des prix. Mais il est certainement plus chanceux que d’autres vendeurs de détail, puisqu’il n’est pas le propriétaire de l’épicerie qui opère depuis 50 ans et n’a donc pas dû passer par les tumultes des procédures administratives. « L’épicerie est une ancienne location. Je la gère avec mon partenaire et les revenus sont répartis entre nous et les locataires ». Un autre épicier, locataire d’un petit point de vente dans la même rue, Sayed Abdallah, reconnaît que les recettes sont actuellement très maigres et que de nombreux points de vente ont dû arrêter leur activité un ou deux ans après leur enregistrement. Les clients demandent à payer à crédit et les rendements sont donc fragmentés.

Abdallah explique cependant que certaines activités au centre-ville, et plus précisément à la rue Qasr Al-Aïni, prospèrent, notamment la vente d’équipements médicaux. « Dans ce cas, il y a un avantage compétitif, car ces commerces s’adressent à une clientèle spéci­fique, et donc les rendements élevés compensent la hausse de la facture du business », conclut-il.


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire