Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Gaz : Perspectives encourageantes
  Les nouvelles explorations gazières vont permettre à l'Egypte d'arrêter d'importer du gaz en 2018. Et peut-être même de redevenir un pays exportateur. Explications.
Gaz : Perspectives encourageantes
(Photo:AP)
Marwa Hussein14-06-2017

Grâce aux explorations gazières effectuées depuis 2015, l’Egypte pourrait se passer des importations en gaz naturel en 2019. Déjà, le gouvernement a réduit les quantités de gaz naturels importés et mène actuellement des discussions avec ses fournisseurs de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) pour ajourner les cargaisons qui font l’objet de contrats cette année, ce qui aura pour avantage de réduire ses dépenses en devises étrangères et d’alléger les pressions sur la balance des paiements. Cette année, EGAS (la compagnie holding égyptienne de gaz naturel) a reporté environ 10 cargaisons, ont déclaré des sources commerciales à Reuters. Le gouvernement est également en train de réduire les plans d’achat de GNL pour 2018 de 70 à 30 cargaisons, selon une source égyptienne citée par Reuters.

Si cela a été réalisable, c’est grâce à plusieurs découvertes importantes qui font que l’Egypte est en passe de se transformer d’un pays importateur en un pays exportateur de gaz naturel. En mai, British Petroleum (BP) a commencé la production de gaz des deux champs, Taurus et Libra, du développement du Delta de l’ouest du Nil en Egypte ; le projet a été livré 8 mois avant le calendrier initial. La hausse de la production quotidienne du gisement Noroos, au Delta, d’Eni, de 90 millions à 320 millions de pieds cubes en mai, a élevé les perspec­tives.

Gaz : Perspectives encourageantes

Selon Tareq Al-Molla, ministre égyptien du Pétrole, sur la base de prévisions, la production de Noroos pourrait atteindre 1,2 milliard de pieds cubes/jour avant la fin d’août prochain (environ le quart de la pro­duction locale actuelle), ce qui com­blera en grande partie le fossé entre la production et la consommation. Il s’agit, en fait, du plus grand champ de production du pays depuis sa mise en service fin 2015. La production locale en gaz est actuellement d’environ 4,35 milliards de pieds cubes par jour par rapport à une consommation d’environ 5,2 milliards, selon les sta­tistiques officielles.

Cependant, la première découverte ayant donné un coup de pouce énorme aux prévisions de production gazière de l’Egypte est celle de l’énorme gisement gazier Zohr, découvert par le géant pétrolier italien Eni en août 2015 et qui est jusqu’à présent le plus important jamais découvert en Egypte, voire en Méditerranée, et renfermerait 850 milliards de mètres cubes de gaz (30 trillions de pieds cubes). « L’Egypte atteindrait l’auto­suffisance du gaz naturel d’ici la fin de 2018 », a déclaré en mai le ministre égyptien du Pétrole, Tareq Al-Molla, ajoutant que « la découverte du champ de gaz Zohr en Méditerranée et le début de la production de West Delta au nord d’Alexandrie favori­sent la production égyptienne de gaz naturel et contribuent à répondre à une grande partie des besoins du marché local ». Selon le ministère du Pétrole, l’Egypte a mis en oeuvre 21 projets au cours des 3 dernières années pour faire avancer le domaine du gaz naturel. L’objectif du minis­tère du Pétrole et des Ressources minérales est de faire passer la pro­duction du gaz naturel de 5,5 à 6 milliards de pieds cubes d’ici 2019.

Les possibilités d’exportation
D’exportateur de gaz naturel jusqu’en 2009, l’Egypte est devenue importatrice, suite à une baisse de la production due aux tensions poli­tiques, d’une part, et au retard de paiement des arriérés financiers aux entreprises étrangères d’exploration, d’autre part. Cette baisse de la pro­duction a été également accompagnée d’une hausse de la consommation en énergie. Du coup, l’Egypte a terminé par devenir le 8e importateur mondial de gaz naturel ces deux dernières années, alors qu’elle était parmi les dix premiers exportateurs, avant 2009.

Face à ces évolutions, les marchés internationaux suivent avec vigilance l’expansion de la production gazière de l’Egypte. Déjà, l’ajournement des cargaisons va perturber les commer­çants qui doivent avoir des approba­tions des producteurs avant de dévier les cargaisons vers d’autres marchés. Or, l’effet le plus important de ces découvertes se ferait sentir si le gou­vernement décidait d’exporter du gaz naturel. Plusieurs pays européens se disent déjà prêts à acheter le gaz égyptien. Une étude de la banque BNP Paribas, effectuée en mai der­nier, se penche déjà sur la question de savoir si l’Egypte pourrait redevenir exportatrice de gaz. Selon la banque, avec des réserves totales de 65 trillions de pieds cubes à la fin de 2015, l’Egypte est le 16e plus grand réservoir de gaz à l’échelle mondiale et le deuxième producteur de gaz en Afrique. L’étude note que l’Egypte devrait devenir un exportateur net de gaz d’ici 2019.

Or, selon l’analyse de BNP Paribas, l’Egypte pourrait soutenir un flux d’exportations de gaz naturel après 2022, si plus de découvertes sont réalisées. Par ailleurs, pour pouvoir exporter, le besoin interne doit dimi­nuer, et l’Egypte doit diversifier le mélange énergétique des combus­tibles fossiles. Les hydrocarbures ont représenté plus de 95 % de la consom­mation d’énergie primaire en 2015. « Comme les énergies renouvelables ne représentaient que 0,5 % du mixe de production d’électricité en Egypte, il faudra beaucoup de temps pour que le pays réduise sa dépendance à l’égard du gaz pour la production d’électricité », selon la banque.

Pour sa part, le gouvernement égyptien n’a pas révélé de plan futur. « C’est une décision assez complexe. Pour décider d’exporter ou pas, il faut étudier la croissance de la demande ainsi que celle de la produc­tion. En plus, il faut étudier les alter­natives au gaz naturel et le plan énergétique du gouvernement », explique Mohamad Choeib, ancien président d’EGAS. « La production serait encore inférieure au niveau d’avant 2010. Il est encore tôt de penser aux exportations », explique une autre source sous couvert de l’anonymat. En outre, Tamer Abou-Bakr, président de la Chambre du pétrole et de l’exploitation minière auprès de la Fédération des industries égyptiennes, n’est pas favorable à l’exportation du gaz. « Il faut d’abord répondre aux besoins locaux du sec­teur de l’électricité, de l’industrie et des foyers. Utiliser le gaz égyptien dans l’industrie et viser l’exportation de produits finis est bien plus utile », dit-il, tout en saluant les nouvelles explorations qui rendent ce choix possible .



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