Semaine du 17 au 23 avril 2019 - Numéro 1271
Eddy Maloka : Le rapport d’auto-évaluation sert uniquement de document de base
  Eddy Maloka, directeur général du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP), estime que les Etats du continent noir ont tout intérêt à oeuvrer en faveur de la bonne gouvernance.
Eddy Maloka
Samar Al-Gamal10-04-2019

Al-Ahram Hebdo : 16 ans après la création de ce mécanisme d’évaluation de la bonne gouvernance en Afrique, quel bilan faites-vous ?

Eddy Maloka: C’est un bilan mitigé. Mitigé dans le sens où nous sommes parvenus à placer la gouvernance au centre des affaires de nos Etats, pourtant nous n’avons pas réussi dans tous les domaines. Notre but est que tous les Etats membres de l’Union Africaine (UA) deviennent membres de ce mécanisme, mais aussi que ceux qui en sont déjà membres de se soumettre à la revue qu’on mène dans les pays. C’est un bilan mitigé mais encourageant, car lors des trois dernières années il y a une sorte d’élan puisque les pays membres commencent à apercevoir que la bonne gouvernance est de grande importance sur le plan local ainsi que régional en matière de sécurité et de développement. Si nous parvenons à résoudre les problèmes de gouvernance, ces deux précédents sujets seront résolus de facto.

— Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face dans la mise en place de ce mécanisme ?

— Notre travail aurait été plus facile si nous avions été une ONG avec des chercheurs libres de faire des recherches à leur propre gré. Mais ce mécanisme est un « Think Tank » de l’UA, on est donc dans un système multilatéral et nous travaillons avec des Etats souverains, mais surtout selon leur volonté. C’est une contrainte parce que tous les pays ne sont pas prêts à ce genre de travail et ils ne sont pas tous sur le même niveau. Il y a plusieurs parties prenantes qui sont impliquées dans la gouvernance: le gouvernement, le secteur privé, la société civile et d’autres institutions. Si ce mécanisme était chargé de suivre un seul pays, cela aurait été facile. Mais il s’agit de tous les pays africains, il y en a ceux qui avancent rapidement et ceux qui n’ont pas la volonté. Ce qui est encourageant d’ailleurs, c’est que la plupart sont en voie d’adhérer au MAEP et quand ces pays commencent à bouger, on discerne les impacts concrets. Et là, contrairement au travail des ONG, où les rapports peuvent être ignorés sans intéresser quiconque, nos rapports sont pris en charge par les chefs d’Etat eux-mêmes qui les discutent entre eux et les recommandations que nous avançons sont par la suite intégrées dans les plans nationaux.

— Comment ce mécanisme peut-il être efficace s’il est basé sur l’auto-évaluation des gouvernements des Etats membres? Les régimes en place ne vont certainement pas se procéder à un mea culpa ...

— La méthodologie est telle que lorsqu’un Etat adhère au MAEP, il doit désigner une institution indépendante et doit la soutenir au niveau budgétaire. Donc, ce n’est pas l’Etat lui-même qui mène sa propre évaluation mais c’est une tâche qui incombe aux institutions désignées.

— Et cette institution peut-elle être indépendante vu que son chef et ses membres sont nommés par le gouvernement ?

— Pour nous on voit l’affaire autrement. Si par exemple nous arrivons dans un pays et on trouve que cette institution n’a pas assez d’indépendance, nous parlerons au chef de l’Etat en disant que ceci ne figure pas dans les règlements. Et cette institution, en faisant cette auto-évaluation, doit être non seulement indépendante, mais techniquement compétente et adoptant une méthodologie scientifique. Plus tard le MAEP dépêche sur place une mission d’experts africains qui doivent valider ou non ces rapports. Le rapport d’auto-évaluation sert uniquement de document de base et n’est pas en aucune sorte le rapport final; ce dernier est le fruit du travail du panel du MAEP.

— Dans quels pays avez-vous enregistré un progrès significatif ?

— Nous avons l’exemple de la Tanzanie où nous avions constaté l’absence de cadre juridique concernant la gestion des ressources naturelles et c’est à partir de notre travail que Dodoma a mis en place des lois à ce sujet, et au Djibouti c’est aussi sur recommandation du MAEP que le processus de décentralisation a commencé. Aujourd’hui nous travaillons sur le problème de corruption au Kenya.

— Qu’est ce qui manque à ce mécanisme ?

— Nous cherchons à intégrer notre travail et nos recommandations dans le plan national des Etats, et donc ce qui manque des fois c’est la volonté politique et l’enthousiasme des pays, mais surtout la mise en oeuvre des recommandations avancées dans nos rapports.




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