Semaine du 17 au 23 avril 2019 - Numéro 1271
L’Afrique cherche à « bien » gouverner
  A Charm Al-Cheikh, lors de la première rencontre du MAEP, une agence d’évaluation issue de l’Union Africaine (UA), les partenaires africains ont échangé à la fois préoccupations et idées en matière de bonne gouvernance. Une question aujourd’hui inséparable du développement économique.
L’Afrique cherche à « bien » gouverner
Le sommet du MAEP, tenu à Charm Al-Cheikh, est le 3e en en 16 ans. (Photo : Samar Al-Gamal)
Samar Al-Gamal10-04-2019

Charm Al-Cheikh,

De notre envoyée spéciale —

Voilà plus d’une quinzaine d’années que les Africains parlent de bonne gouvernance en tentant de convaincre les Etats du continent noir de joindre une agence panafricaine qui évaluera leur performance en la matière. Un sujet qui, le plus souvent, inquiétait les régimes en place, d’autant plus que le concept de bonne gouvernance est complexe. Fondé en 2003, le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP), cette agence spécialisée, rassemble aujourd’hui 38 sur les 55 membres de l’UA et vient de tenir à Charm Al-Cheikh son 3e sommet en 16 ans. « Les choses ont changé et le blocage au sein du mécanisme lui-même est aujourd’hui déballé ». 150 gouvernementaux, diplomates, experts, universitaires africains rassemblés pendant 3 jours au bord de la mer Rouge ne tempèrent pas leur optimisme. Ce mécanisme est censé être un exercice exhaustif pour aider les Etats membres à procéder à un examen systématique de l’état de la gouvernance. Le processus est simple: soumettre une autoévaluation qui sert plus tard aux experts du panel du MAEP de mener un examen indépendant, puis d'offrir des recommandations pour avancer en matière de démocratie, gestion économique, gouvernance d’entreprise et développement socioéconomique qui doivent être adoptés et intégrés à un plan d’action-nation par les chefs d’Etat après une discussion à huis clos. Pourtant, elles ne sont pas toutes retenues, question de priorité ou de budget.

Le secrétariat basé en Afrique du Sud a apparemment trouvé un élan dans la décision du Sommet de l’UA en 2018 de revitaliser le mécanisme comme « outil d’alerte précoce » pour jouer un rôle de suivi dans l’agenda 2063 de l’UA et celui de 2030 des Nations-Unies, pour le développement durable. Le mécanisme est issu de l’UA, mais se veut pourtant un rassemblement autonome. « Nous ne sommes pas rangés aujourd’hui derrière nos drapeaux réciproques, mais nous cherchons à rassembler les esprits », estime Eddy Maloka, directeur général du MAEP. Et d’ajouter : « Le but est d’encourager les pays à assumer pleinement leur responsabilité et d'effectuer l’examen de manière continue » (lire entretien). Parce qu’alors que son adhésion est laissée à la simple volonté des pays et aucune mesure punitive n’en fait partie, moins de la moitié des membres ont fait l’objet d’évaluation détaillée suivie de recommandations et encore peu ceux qui ont achevé la première étape et mené leur propre auto-évaluation, alors que ce mécanisme est censé les aider à anticiper à la fois les problèmes et leurs solutions.

L’Egypte fait partie de ces pays qui n’ont encore pas achevé leur rapport, selon Achraf Rachid, président de la commission de gouvernance nationale (lire entretien). Le Caire doit pourtant profiter de l’impulsion créée par sa présidence actuelle de l’UA pour servir d’exemple à ses pairs.

Mécanisme d’auto-évalutation

Pendant les travaux du forum, les participants se sont concertés sur les questions liées à la méthodologie et les outils d’évaluation eux-mêmes. Une révision du questionnaire jugé « long et compliqué » ainsi que la qualité et disponibilité des statistiques, problème commun à l’Afrique, ont, en effet, dominé les discussions. C’est un travail subtil, il faut toujours trouver un moyen d’élaborer un rapport « consensuel » qui ne soit pas contesté par l’Etat en question. Ce sont eux qui financent en fin de compte. Ce mécanisme panafricain fonctionne principalement à partir de cotisations annuelles des membres dont certains peinent à verser leur part déjà. Des idées pour mettre en place des chiffres et données crédibles et fiables sur la gouvernance ont été avancées aussi bien pour éviter leur politisation, et timidement pour élargir ce mécanisme à un processus de suivi en l’absence d’incitations ou de sanctions. Cette dernière question est la plus sensible, car le mécanisme veut encourager les autres pays africains à adhérer et craint que si des pressions sont menées, elles ne poussent les membres actuels à l’abdiquer. « Souvent au niveau de l’Afrique, on crée une certaine institution, puis après un certain temps, l’enthousiasme retombe », affirme Khayar Oumar Defallah, ancien ministre de la Culture au Tchad et président du Comité du point focaux du MAEP, dans un entretien avec l’Hebdo.

L’héritage est lourd. Puissances coloniales, puis révolutionnaires, au lendemain de la libération, se mettent en place des régimes basés sur le parti unique, donnant naissance à des dictatures qui s’installent librement et des coups d’Etat qui se multiplient. Multipartisme et valeurs démocratiques font partie du discours, mais sont insuffisamment appliqués. L’absence d’un mécanisme d’évaluation et de contrôle facilite les dérives. Dans son rapport 2019 sur la gouvernance en Afrique, le MAEP note par exemple qu’en matière de droits de l’homme, la plupart des pays n’ont pas présenté leur rapport dans les délais. « Seuls 10 Etats sont en règle » : certains l’ont présenté avec du retard et d’autres ne l’ont jamais fait.

La nécessité d’opter pour la bonne gouvernance n’est plus une demande minoritaire en Afrique. Defallah se félicite que ce rassemblement ait « redynamisé le mécanisme et ait lancé un processus qui permet d’être en alerte de manière permanente en développant désormais une évaluation ciblée, axée sur une thématique particulière ». « Mais nous n’avons plus le temps, tout est urgent en Afrique. Il nous faut apporter des réponses précises ».




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