Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Yémen : L’ultime forcing
  Les combats ont repris de plus belle à Hodeida ces derniers jours, en même temps que s’intensifient les pressions de la communauté internationale pour un cessez-le-feu au Yémen et une reprise des négociations.
Yémen : L’ultime forcing
L'Arabie saoudite a envoyé des renforts pour soutenir les forces yéménites. (Photo : AFP)
Abir Taleb avec agences07-11-2018

Des combats meurtriers ont fait rage tout au long de cette semaine à Hodeida, sur la côte ouest du Yémen, entre les rebelles houthis et les forces progouverne­mentales qui ont mené des dizaines de frappes aériennes sur cette ville portuaire. Selon des sources médi­cales citées par l’AFP, 53 combat­tants houthis ont été tués et des dizaines d’autres blessés depuis samedi 3 novembre. Les forces loyalistes ont, elles, perdu 13 hommes. Les combats entre les forces progouvernementales et les rebelles font rage, depuis jeudi 1er novembre dans les environs de l’Université de Hodeida, et se sont intensifiés les jours suivants, selon une source au sein des forces pro­gouvernementales.

Quelques jours auparavant, des responsables militaires yéménites avaient annoncé que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yémé­nite, avait envoyé des renforts vers la côte ouest en vue d’un nouvel assaut contre la ville portuaire de Hodeida, point d’entrée de trois quarts des importations au Yémen. Les Houthis avaient de leur côté positionné, selon une source mili­taire, des combattants sur les toits de plusieurs bâtiments de la ville. Dans le même temps, la coalition a annoncé avoir lancé, vendredi 2 novembre, des raids aériens sur une base aérienne proche de l’aéroport international de Sanaa. Une opéra­tion qui « a visé des lanceurs de missiles balistiques, des dépôts de stockage de bombes et d’autres ateliers d’assemblage dans la base de Doulaïmi à Sanaa », a déclaré le porte-parole de la coalition, Turki Al-Maliki, dans un communiqué.

Ces développements sur le terrain interviennent alors que, sur le plan politique, les choses ont quelque peu changé au cours des derniers jours. Parallèlement à l’intensification des combats, la coalition a déclaré sou­tenir les efforts de l’Onu pour relan­cer le processus de paix et ne pas chercher l’escalade malgré les opé­rations en cours dans la région de Hodeida. Il ne s’agit pas « d’opéra­tions offensives », mais de déploie­ments pour « protéger nos troupes et élargir les périmètres de sécurité dans certaines zones », a déclaré à l’AFP une source de la coalition qui a requis l’anonymat. De plus, le gouvernement yéménite, basé dans la grande ville du sud d'Aden, s’est dit prêt, jeudi 1er novembre, à reprendre les négociations de paix avec les rebelles qui tiennent la capi­tale Sanaa et d’autres villes comme Hodeida. Et ce, alors que les pres­sions de la communauté internatio­nale se font de plus en plus pres­santes. « La violence doit d’abord prendre fin partout, et ce, de manière immédiate autour des infrastruc­tures essentielles et des zones à forte population civile », a déclaré, ven­dredi 2 novembre, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres.

Des négociations sous « 30 jours »

Surtout, ce sont les Etats-Unis qui ont ha ussé le ton, faisant un revirement significatif. La semaine dernière, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a appe­lé à la fin des hostilités au Yémen, demandant de cesser les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite ainsi que les tirs des rebelles houthis. Le même jour, son homologue de la Défense, Jim Mattis, a appelé à l’ouverture de négociations de paix sous 30 jours. « Je pense que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont prêts », a ajouté le chef du Pentagone qui avait auparavant rencontré plusieurs dirigeants arabes en marge du « Dialogue de Manama », une conférence sur la sécurité qui se tient tous les ans à Bahreïn. Le cessez-le-feu doit être basé sur un retrait des rebelles houthis de la frontière avec l’Ara­bie saoudite, « puis un arrêt des bombardements ». L’arrêt des hos­tilités permettra à l’émissaire de l’Onu pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, de « réunir » les différentes parties « en Suède », a poursuivi M. Mattis, sans préciser ni le lieu où se tiendrait exactement cette réu­nion ni qui l’organiserait. Paris et Londres ont soutenu les efforts américains.

Quelles chances ?

Mais ces pressions sont-elles suf­fisantes pour mettre fin à la guerre ? Pas si sûr. M. Griffiths avait tenté en septembre dernier d’organiser des pourparlers de paix à Genève, mais ils se sont soldés par un échec cui­sant : les Houthis avaient tout sim­plement refusé de se rendre à Genève, accusant notamment l’Onu de ne pas leur garantir de pouvoir ensuite retourner à Sanaa, la capitale qu’ils contrôlent. D’autres pourpar­lers avaient déjà échoué en 2016, après 108 jours de négociations au Koweït.

Face à ce passé lourd de débâcles, les experts n’entrevoient toutefois pas de terme proche au conflit qui, selon l’Onu, a fait quelque 10 000 morts et a plongé le Yémen dans la pire catastrophe humanitaire. Cité par l’AFP, Walid Al-Hariri, du Sanaa Center for Strategic Studies, explique : « La nouvelle position américaine est peut-être une indica­tion de la frustration du gouverne­ment américain quant au dérapage de la situation. Ou bien c’est une façon de dire qu’ils tentent de faire quelque chose mais sont impuis­sants, et alors ils reprochent aux parties combattantes d’échouer à résoudre le conflit. C’est une bonne déclaration diplomatique, mais elle n’a pas été appuyée par une action véritable et concrète ou un effort à grande échelle pour résoudre le conflit ».




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