Semaine du 17 au 23 octobre 2018 - Numéro 1246
Syrie : Idleb se prépare au pire
  Le sommet regroupant Téhéran, Moscou et Ankara et consacré au sort d’Idleb s’est achevé sur un constat d’échec. Un échec qui prélude de l’imminence de l’offensive contre cette province du nord de la Syrie.
Syrie : Idleb se prépare au pire
Des centaines de familles ont déjà commencé à fuir Idleb. (Photo:AFP)
Maha Salem avec agences12-09-2018

Au lendemain de l’échec du sommet tripartite sur le sort d’Idleb, l’aviation russe et les forces loyalistes du régime de Bachar Al-Assad ont entamé le pilonnage de cette province, ultime bastion insurgé dans la Syrie en guerre. Un prélude attendu à une offensive terrestre qui fait craindre une nouvelle catastrophe humanitaire, alors que la région a été frappée ces derniers jours par les raids aériens russes les plus intenses depuis un mois.

Ces bombardements constituent une escalade alors que le régime de Bachar Al-Assad et son allié russe menacent depuis des mois de lancer une opération d’envergure contre cette province du nord-ouest du pays, limitrophe de la Turquie, pays qui soutient les rebelles. Soutenant son allié, la Russie a affirmé avoir des preuves irréfutables que les rebelles préparaient une provocation imminente à Idleb, sans pour autant dire en quoi elle consistait.

La Russie avait déjà accusé, fin août, les rebelles syriens de préparer une attaque chimique dans la province d’Idleb pour pouvoir ensuite en accuser le régime de Damas et donner un prétexte aux Occidentaux pour frapper les positions de l’armée syrienne dans la région. Selon Moscou, des responsables du groupe djihadiste Hayat Tahrir Al-Cham, formé de membres de l’ex-branche syrienne d’Al-Qaëda qui contrôle 60 % d’Idleb, du Parti islamique du Turkestan et des Casques blancs syriens (les secouristes en zone rebelle), se sont réunis le 7 septembre à Idleb pour se mettre d’accord sur le scénario de la mise en scène.

Cette mise en garde a été lancée après l’échec du sommet tripartite entre la Russie, la Turquie et l’Iran sur le sort d’Idleb qui a eu lieu le 7 septembre à Téhéran. Un sommet marqué par une joute verbale entre les présidents turc, Recep Tayyip Erdogan, et russe, Vladimir Poutine, le premier plaidant à cor et à cri pour un accord de cessez-le-feu et mettant en garde contre un massacre en cas d’assaut des troupes loyalistes, soutenues par Téhéran et Moscou. Poutine a rejeté la proposition arguant qu’il n’y avait pas de représentants des groupes armés autour de cette table habilités à négocier un cessez-le-feu.

Positions inflexibles

Globalement, les trois pays ont semblé camper sur leurs positions, Téhéran et Moscou insistant sur la nécessité de combattre le terrorisme, et le droit de Damas de récupérer l’intégralité de son territoire, et la Turquie, qui soutient les rebelles et accueille des réfugiés syriens en masse sur son territoire, mettant en garde contre un massacre à venir. « Combattre le terrorisme à Idleb est une partie inévitable de la mission consistant à ramener la paix et la stabilité en Syrie, mais ce combat ne doit pas faire souffrir les civils ou entraîner une politique de la terre brûlée », a déclaré le président iranien, Hassan Rohani, en accueillant ses hôtes. « Le gouvernement syrien a le droit de prendre sous son contrôle la totalité de son territoire national, et doit le faire », a fait valoir M. Poutine. Faute d’accord, le communiqué final de la rencontre se borne à dire que les trois présidents ont décidé de régler la question d’Idleb dans l’esprit de coopération qui caractérise le processus d’Astana. La Russie et l’Iran, tous deux alliés du régime de Bachar Al-Assad, et la Turquie ont donc échoué à surmonter leurs divergences, en convenant toutefois de continuer à coopérer en vue d’une solution pour éviter les pertes civiles.

C’est justement cette crainte qui domine actuellement. Quelque trois millions de personnes, dont la moitié sont des déplacés, vivent dans la province d’Idleb et les poches insurgées des provinces voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l’Onu. D’où les mises en garde de l’Onu contre une catastrophe humanitaire qu’entraînerait une telle offensive, avec l’éventuel déplacement de 800 000 personnes, qui ne disposeraient plus cette fois d’un territoire où se réfugier.

Déjà, le directeur de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel-Rahmane, a indiqué à l’AFP que les raids du samedi 8 septembre contre des localités du sud et du sud-est étaient « les plus intenses » dans le nord syrien depuis un mois. Et que des centaines de familles ont fui depuis jeudi 6 septembre leurs localités dans le secteur sud d’Idleb.



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