Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Syrie : La realpolitik israélienne
  Face à la reconquête du sud par les forces de Damas, Israël réajuste sa position quant au conflit syrien: tout en saluant le retour d’un « pouvoir central » en Syrie, Tel-Aviv reste intransigeant quant à la présence iranienne en Syrie.
Syrie  : La realpolitik israélienne
Israël suit de très près les évolutions militaires du conflit syrien, notamment les avancées du régime. (Photo:Reuters)
Abir Taleb avec agences08-08-2018

Israël a annoncé avoir tué, mercredi 1er août, sept terroristes présumés de Daech dans le plateau occupé du Golan, sans pour autant confirmer leur appartenance au groupe terroriste. Mais même si l’affiliation de ces hommes à Daech n’est pas certaine, pour Israël, ils comptaient s’infiltrer dans ses territoires. Cet incident n’est pas sans signification. Quelles que soient l’origine ou l’appartenance de ces hommes, l’incident prouve avant tout à quel point l’armée israélienne est en état d’alerte sur les régions frontalières. Surtout, il s’inscrit dans la reconquête du sud par Damas: selon les observateurs, Israël suit de très près les évolutions militaires du conflit syrien, notamment les avancées du régime dans les régions proches de la frontière israélienne, et l’armée de l’Etat hébreu reste en état d’alerte.

Sur le terrain, l’armée du régime syrien de Bachar Al-Assad est en train de conclure l’offensive déclenchée le 19 juin dernier pour reprendre le contrôle de la totalité des régions sud de la Syrie. Jeudi 2 août, en effet, l’armée russe, puissante alliée de Damas, annonçait que le régime syrien avait repris le contrôle de trois provinces méridionales (Deraa, Qouneitra et Souweïda), et la zone frontalière avec la Jordanie.

Face à ces nouvelles donnes, Israël réajuste sa position. Résigné au retour de Bachar Al-Assad dans le sud syrien, Tel-Aviv refait ses calculs. Le 2 août, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a d’ailleurs salué le retour d’un « pouvoir central » en Syrie, affirmant que le « front syrien » serait plus calme avec la restauration du pouvoir de l’administration de Bachar Al-Assad. « De notre point de vue, la situation semble revenir à un niveau semblable à celui d’avant la guerre civile, ce qui signifie qu’il y a un véritable interlocuteur, quelqu’un de responsable et un pouvoir central », a-t-il notamment déclaré à la presse. Pourtant, en décembre 2016, lors d’une conférence de juifs originaires de l’ex-URSS à Eilat, ce même Avigdor Lieberman déclarait que Bachar Al-Assad était un « boucher capable de massacres et de meurtres ». « Je crois qu’au bout du compte, il est de notre intérêt que lui et les Iraniens soient chassés de Syrie ».

Pressions sur Moscou

Mais si les Israéliens peuvent se résigner à l’idée du maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad, ce ne sera certainement pas le cas pour ce qui est de la présence iranienne en Syrie. En effet, Avigdor Lieberman a rappelé une fois de plus que le territoire syrien ne doit pas être « utilisé comme avant-poste iranien contre l’Etat d’Israël » et ne doit pas « servir comme lieu de passage pour les armes destinées au Hezbollah au Liban ».

Pourtant, l’émissaire du Kremlin pour la Syrie, Alexandre Lavrentyev, a affirmé, le 1er août, que son pays avait convaincu les forces iraniennes de se tenir éloignées d’au moins 85 kilomètres de la frontière israélienne, malgré la volonté de l’Etat hébreu de bannir Téhéran du pays entier.

En fait, c’est là l’essentiel de toute la question. D’où les pressions qu’exerce actuellement Israël sur la Russie, principale alliée de Damas. Or, l’ambassadeur russe en Israël, Anatoli Viktorov, a déclaré la semaine dernière que les demandes d’Israël de retrait des troupes iraniennes de l’ensemble du territoire syrien sont, à l’heure actuelle, irréalistes. Et, selon l’ambassadeur russe, l’Iran joue un rôle important dans les efforts communs visant à éradiquer le terrorisme en Syrie et ne peut pas se retirer totalement de ce pays. « Nous pouvons parler ouvertement et honnêtement à nos partenaires iraniens en essayant de les convaincre de faire ou de ne pas faire quelque chose », a-t-il indiqué.

Ce n’est pas la première fois que Moscou soit sollicité par Téhéran. Lors de sa rencontre le 23 juillet avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le chef de l’état-major russe, le général Valeri Guerassimov, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, avait déclaré qu’Israël était intéressé par un retrait total des troupes iraniennes de la Syrie. Lors de cette rencontre, les autorités israéliennes ont rejeté une offre de la Russie visant à assurer le retrait des forces iraniennes sur au moins 100 kilomètres depuis les territoires annexés par Israël dans le plateau du Golan.

Car Israël ne veut pas se contenter de ce qu’il considère des « demi-mesures » russes. En fait, le premier ministre israélien n’a cessé d’exiger ces derniers mois que l’Iran se retire de Syrie et ne s’y implante pas militairement. « Un retrait iranien du seul sud syrien ne suffira pas. Les missiles de longue portée que l’Iran emmagasine en Syrie nous menaceront au-delà des quelques kilomètres de portée du sud syrien. L’Iran doit quitter la Syrie », avait martelé Benyamin Netanyahu le 29 mai dernier. Et sur ce point, Israël n’entend pas fléchir. Pour accentuer la pression sur les Russes et les Iraniens, l’armée israélienne n’hésite pas à continuer à faire régulièrement des démonstrations de force en frappant directement des infrastructures militaires iraniennes en Syrie .



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