Semaine du 21 au 27 février 2018 - Numéro 1213
La réconciliation mise à mal
  Signé en octobre 2017, l’accord de réconciliation interpalestinienne peine à se concrétiser. La question du paiement des salaires des fonctionnaires a une fois de plus fait capoter les discussions.
La réconciliation mise à mal
Au cours de la signature de l'accord de réconciliation le 12 octobre, les Palestiniens avaient beaucoup d'espoir. (Photo:AFP)
Maha Salem avec agences07-02-2018

Comme prévu, les groupes rivaux palesti­niens ont manqué une nouvelle échéance de leur réconciliation. Des délégations du Fatah et du Hamas se sont réunies au Caire entre le 1er et le 3 février pour se pencher sur la question épineuse des salaires impayés des fonctionnaires. Mais la réunion s’est achevée sans la moindre avancée.

Signé en octobre 2017 entre les autorités palestiniennes et le mouvement Hamas, l’ac­cord de réconciliation demeure lettre morte, malgré l’importance des enjeux humanitaires et politiques. Selon cet accord, le mouvement Hamas avait accepté d’abandonner les pou­voirs dans la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne. Parmi quelques dates butoir, les frères ennemis s’étaient fixé le début du mois de février comme horizon pour régler l’une des questions les plus épineuses et cru­ciales du processus: le sort de dizaines de milliers de fonctionnaires employés de deux administrations parallèles. A la date prévue, aucun progrès n’a été atteint.

« Il était prévisible que l’application de tous les articles de l’accord de réconciliation serait difficile. Le paiement des fonction­naires est une catastrophe pour les deux camps, tous deux souffrent d’une crise écono­mique aiguë. Le Hamas ne peut pas payer les salaires de ses fonctionnaires et cherche à exploiter leur colère en les mettant face à face avec les nouvelles autorités qui dirigent Gaza actuellement. Quant au Fatah, il ne peut financièrement pas payer les salaires en double », explique le politologue Ahmed Youssef, directeur du Centre des études arabes et africaines au Caire. « Cette crise ne sera réglée que par deux moyens: un, lever le blocus imposé sur Gaza, deux, consacrer une partie des aides internationales au paie­ment des salaires, car sans une solution concrète à cette question, la réconciliation restera lettre morte », explique Ahmed Youssef.

En effet, la question des fonctionnaires est potentiellement explosive. Et il ne s’agit pas que des salaires. Quand elle a été chassée en 2007, l’Autorité a ordonné à des dizaines de milliers de fonctionnaires de rester chez eux, ce qu’ils ont fait depuis, tout en touchant leur salaire. Le Hamas a donc recruté des dizaines de milliers de personnes pour les remplacer. Ces deux corps concurrents de fonctionnaires font vivre un nombre considérable de Gazaouis. Depuis octobre dernier, le Hamas a cessé de payer ses employés, tandis que l’Au­torité a réduit les salaires des siens en 2017. Et en plus, l’Autorité palestinienne a ordonné à des dizaines de ces fonctionnaires inactifs de reprendre leur poste dans des ministères de Gaza. Mais, ils ont été empêchés par le syndicat de la Fonction publique dépendant du Hamas. Le sujet est extrêmement sensible, puisque les fonctionnaires font vivre énormé­ment de monde dans un territoire dont l’éco­nomie est à genoux.

Accusations et contre-accusations
Autre question, les deux camps devaient faire, initialement avant le 1er décembre, une passation de tous les pouvoirs. Ils avaient repoussé la date au 10 décembre. Malgré un transfert significatif d’autorité aux postes-clés, le Hamas conserve fermement les leviers du pouvoir. Les deux camps continuent à se reje­ter la faute. Fayez Abou-Eita, un responsable à Gaza du Fatah, le parti qui domine l’Autorité, a appelé le Hamas à respecter les accords. Défendant son parti, Bassem Naim, un haut responsable du Hamas, a accusé l’Autorité d’avoir pris ses distances avec ces accords, sans raison évidente.

En fait, ce n’est pas la première fois que la réconciliation échoue. En 2014, un accord avait été signé et un gouvernement d’unité constitué, composé de technocrates soutenus par les deux partis. Mais ce gouvernement a été incapable d’exercer son autorité à Gaza. Abbas avait alors accusé le Hamas de maintenir un « gouvernement parallèle » dans l’enclave, et ce cabinet d’union nationale avait échoué quelques mois plus tard.

Fin 2017, le retour annoncé de l’Autorité à Gaza avait fait naître l’espoir très prudent en des jours meilleurs pour la population, éprou­vée par les guerres, la pauvreté et le blocus israélien. Or, l’envoyé spécial de l’Onu au Proche-Orient, Nickolay Mladenov, a prévenu que la bande de Gaza, où vivent deux millions de Palestiniens, était au bord d’un effondre­ment total, et risquait de nouveau d’exploser .



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