Semaine du 13 au 19 septembre 2017 - Numéro 1191
Présidentielle en Somalie : Espoirs et défis
  Les députés somaliens ont finalement élu un nouveau président. Mohamed Abdullahi Farmajo, qui aura la lourde tâche de diriger un pays ravagé par la corruption, l’insécurité et le chaos.
Présidentielle en Somalie : Espoirs et défis
Malgré la mauvaise situation économique, l'élection du nouveau président a suscité des sentiments d'espoir chez des milliers de Somaliens. (Photo : AP)
Sabah Sabet avec agences15-02-2017

Après avoir été plusieurs fois retardée, l’élection présidentielle s’est finalement tenue cette semaine en Somalie. Lors d’un scrutin à plusieurs tours, qui mar­quera la fin d’un processus entaché de nombreuses accusations de cor­ruption et trucage, 275 députés et 54 sénateurs, nouvellement élus, ont choisi mercredi 8 février, Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo, chef d’Etat parmi 22 can­didats. Il a fallu deux tours aux parlementaires somaliens pour élire l’ancien premier ministre, Farmajo, le candidat du parti Tyo qu’il a lui-même créé en 2012. Le président sortant, Hassan Sheikh Mohamud, issu de l’un des principaux clans du pays, les Hawiye, a reconnu sa défaite au terme du deuxième tour, permettant l’élection sans contesta­tion de M. Mohamed, âgé de 55 ans, Farmajo est issu de l’un des quatre grands clans somaliens, les Darod. Le nouveau président a aussi la nationalité américaine. Il a étudié l’histoire et les sciences poli­tiques à l’Université de Buffalo. Ambassadeur de la Somalie à Washington entre 1985 et 1989, du temps du dictateur Siad Barre, Mohamed Abdullahi Farmajo a occupé pendant 8 mois le poste de premier ministre entre 2010 et 2011, avant d’être évincé du pou­voir. Il semble assez populaire à la différence du président sortant.

L’élection du nouveau président a suscité des sentiments d’espoir et de joie chez des milliers d’habitants de Mogadiscio, qui célébraient jeudi dernier dans l’allégresse cet événement démocratique, le nou­veau président étant perçu par cer­tains comme le seul en mesure de rassembler. Il jouit d’une vraie popularité auprès de nombreux Somaliens, y compris de la diaspo­ra, et son élection par un collège de 329 parlementaires marque une transition pacifique.

Dans son discours de prestation de serment mercredi soir, il a notam­ment promis « un gouvernement pour le peuple » dont l’activité sera « fondée sur les besoins et les aspi­rations de la population », dans un pays où le personnel politique est souvent décrié pour son inefficacité et une corruption galopante.

Problèmes chroniques

Or, les défis qui affrontent le nou­veau président sont nombreux et grandioses, notamment avec un pays dévasté par la corruption, l’insécurité, les divisions et la sécheresse. Pour redresser la Somalie frappée par près de 30 ans de guerre civile, le nouveau président va devoir s’atteler en prio­rité à la lutte contre la corruption et le groupe extrémiste Shebab. « C’est le début de l’unité pour la nation soma­lienne, le début de la lutte contre les Shebab et la corruption », a-t-il d’ailleurs affirmé devant les parle­mentaires, après son élection. Mais la tâche est énorme. La Somalie est en effet le pays le plus corrompu du monde, selon l’ONG Transparency International. Le gouvernement sor­tant est accusé d’avoir détourné à son profit une partie des aides internatio­nales allouées à ce pays. La lutte contre la rébellion des Shebab, qui s’enlise, est la mission la plus diffi­cile malgré l’aide internationale. Après avoir réussi à les chasser de Mogadiscio et des grandes villes du pays, la Force africaine (Amison), qui a même augmenté ses effectifs à 22 000 en 2016, n’arrive pas à écraser la rébellion. Le gouvernement fédé­ral, qui ne contrôle qu’une petite partie de la Somalie, et la division du territoire Somalien entre plusieurs régions sécessionnistes, le Somaliland et le Puntland, rendent l’implantation des Shebab encore très forte, en parti­culier dans les zones rurales et dans le sud du pays. Dans ces régions livrées à elles-mêmes, les Shebab jouissent d’un plus grand crédit que l’Etat défaillant et corrompu. Et comme preuve de leur forte existence, les Shebab ont multiplié ces douze der­niers mois des attentats meurtriers dans la capitale et des attaques coor­données sur des bases de la force africaine. Les troupes de cette der­nière sont de plus en plus cantonnées dans des bases où elles subissent des attaques violentes comme celle du 27 janvier 2017. Vendredi dernier, lors de l’assaut de la base de l’armée kényane de Kolbiyow, les Shebab ont tué plus de 60 soldats. A Mogadiscio même, les attentats n’ont pas cessé comme en témoigne celui du mer­credi 25 janvier, tuant au moins 28 personnes. C’est d’ailleurs en raison de cette insécurité chronique que l’élection présidentielle s’est tenue dans un hangar de l’aéroport de Mogadiscio, le lieu le mieux protégé de la capitale.

De plus, la formation d’un nouveau gouvernement n’est pas une affaire assez facile, le nouveau président sera rapidement confronté à la très diffi­cile réalité de son poste. Le Centre Mogadiscio des études stratégiques et politiques a expliqué dans un rapport cette semaine que la somalie souffre de l’influence et de l’autorité des tri­bus, ces derniers vont exercer des pressions sur le président pour choisir des personnalités des tribus pour le poste du premier ministre ainsi que les ministères les plus forts. Par exemple, les Hawiye, d’où est issu l’ex-président Hassan Sheikh Mohamud, sont dominants à Mogadiscio et peuvent présenter un obstacle s’ils se sentent écarter de la scène. Comme le résume Rashid Abdi, directeur du programme de la Corne de l’Afrique pour l’Internatio­nal Crisis Group, « être populaire c’est une chose, être efficace en est une autre. Il a un énorme potentiel pour réaliser de bonnes choses, mais à présent, il s’agit de transformer ce potentiel en actes ».



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