Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Pressions tous azimuts sur l’Iran
  La dernière phase des sanctions américaines contre l'Iran entrera en vigueur la semaine prochaine. Ciblant deux secteurs-clés, l'énergie et le secteur bancaire iranien, ces sanctions auront sans doute de lourdes conséquences sur la République islamique.
Pressions tous azimuts sur l’Iran
Les sanctions américaines risquent de provoquer une grave grogne sociale. (Photo: AP)
Maha Al-Cherbini avec agences31-10-2018

Le 4 novembre 2018. Une date décisive pour la République islamique car c’est le jour où entrera en vigueur la dernière phase et la plus importante des sanc­tions américaines visant les deux grands piliers de l’économie iranienne : le secteur énergétique et le secteur bancaire. L’objectif de ces sanc­tions, dont la première phase avait été imposée le 6 août dernier, est de ruiner l’économie ira­nienne, et ce, pour forcer l’Iran à reprendre des négociations sur son programme de missiles balistiques et à limiter son influence dans la région.

En un mot, ramener l’Iran à la case départ, celle de l’avant-2015, avant la conclu­sion de l’accord nucléaire entre Téhéran et les Six. « Il s’agit des sanctions les plus dures de la part des Etats-Unis décidés à porter un coup mortel à la République islamique en réduisant à zéro ses exportations pétrolières. Le président américain, Donald Trump, a réussi son pari : il a tué le pacte nucléaire et a isolé l’Iran sur la scène internationale. Il a prouvé que son pays reste la première superpuissance économique de la planète. Dans quelques jours, l’Iran sera confronté à la plus grave crise économique, politique et sociale de son histoire, ce qui met­trait en péril le pouvoir iranien. A partir du 4 novembre, le compte à rebours va commencer pour la chute du régime iranien », analyse Mohammed Mohsen Abo El-Nour, président et fondateur du Forum arabe de l’analyse des poli­tiques iraniennes.

Et les chiffres sont là pour le confirmer : l’éco­nomie iranienne va perdre, à partir du 4 novembre, plus de 330 milliards de dollars chaque année, car les exportations du pétrole constituent 85 % des exportations iraniennes. De plus, Téhéran ne va produire qu’un million de barils de pétrole chaque jour alors qu’il produi­sait 3,2 millions de barils avant le début des sanctions en août dernier. Cette crise écono­mique va s’envenimer après le retrait de 137 sociétés européennes et occidentales du marché iranien depuis août. « Les Européens n’ont réus­si ni à sauver l’Iran et son accord ni à résister aux sanctions américaines. La crise économique iranienne et l’isolement de l’Iran sur la scène internationale vont aggraver la crise sociale et la grogne populaire contre le pouvoir qui dépense des sommes exorbitantes sur ses projets expansionnistes dans la région aux dépens des besoins de son peuple. Déjà, il y a 34 millions d’Iraniens en dessous du seuil de pauvreté, le chômage s’élève à 35 %, l’inflation à 54 % et le dollar a atteint 170 000 rials iraniens. Des chiffres sans précédent qui ne cessent de déchaî­ner des manifestations et des grèves contre la pauvreté, le chômage et la crise sociale », explique M. Abo El-Nour.

Objectif : Mettre l’Iran à genoux

Dans une tentative désespérée de défier les sanctions américaines, Téhéran a adopté une stratégie de contre-offensive ces derniers mois en tentant de se débarrasser de tout son stock de pétrole en en exportant une très grande quantité à la Chine, l’Inde et la Turquie car le régime iranien savait bien qu’il n'allait vendre aucune goutte de pétrole après le 4 novembre. En fait, ces trois pays qui comptent sur le pétrole iranien ont demandé aux Etats-Unis de les retrancher de leurs sanctions. Pourtant, leur demande est res­tée sans lendemain face à l’obstination et l’in­transigeance de Washington, décidé à faire flé­chir le régime iranien et le priver de tous ses alliés. Autre manoeuvre iranienne : l’Iran a tenté de se passer du dollar en vendant son pétrole en échange de l’or. « Une tactique vouée à l’échec car quand l’Iran vend avec de l’or comment va-t-il importer un produit du marché internatio­nal ? Quelle devise va-t-il utiliser ? Il aura sans doute besoin du dollar, ce qui serait impossible car ces nouvelles sanctions visent le secteur bancaire iranien. Ainsi, la Banque Centrale d'Iran sera interdite de commercer avec n’im­porte quelle banque de par le monde car il lui est interdit de commercer avec le dollar. Je pense que ces sanctions vont isoler complète­ment le régime iranien : elles prouvent la déter­mination américaine à étouffer le régime ira­nien », explique le politologue.

Cette détermination américaine s’est bel et bien manifestée dans les propos des dirigeants américains ces derniers jours. « Nous allons exercer le maximum de pression sur l’Iran pour qu’il se soumette aux revendications améri­caines », a défié le conseiller américain de la sécurité nationale, John Bolton, alors que le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a menacé pour sa part : « Nous ne resterons pas les bras croisés face au régime iranien qui déve­loppe son arsenal nucléaire et balistique et soutient les Houthis au Yémen ».

Face à ces pressions américaines, quel avenir attend le régime iranien les jours à venir ? « Il ne réussira ni à contrer les pressions américaines ni à sauver son économie, surtout que ses alliés européens n’ont pas réussi à sauver l’accord et ont commencé à se retirer du marché iranien. L’Iran sera obligé de revenir à la table des négociations pour discuter un accord complé­mentaire qui limiterait son influence dans la région et mettrait fin à son programme de mis­siles balistiques », prévoit le politologue.

Déjà, la première phase des sanctions a remporté ses fruits avec la limitation remarquable de l’in­fluence iranienne dans la région. Parlons en chiffres : Téhéran dépense maintenant 3 mil­liards de dollars chaque année pour soutenir le régime syrien alors qu’il dépensait entre 5 et 7 milliards de dollars, il dépense 700 millions de dollars pour soutenir le Hezbollah alors qu’il dépensait 1 milliard de dollars. « Ces chiffres prouvent que les Etats-Unis ont atteint leur objectif. Après le 4 novembre, ces chiffres seraient de plus en plus réduits, de quoi faire disparaître l’influence de l’Iran de la région », affirme l’expert.




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