Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
A l’Onu, l’Iran déchaîne les passions
  Avec de virulents discours de part et d’autre, l’Iran s’est imposé comme l’un des sujets les plus importants à l’Assemblée générale de l’Onu. Beaucoup de bruit pour rien.
A l’Onu, l’Iran déchaîne les passions
Les discours entre les deux présidents étaient particulièrement violents l’un envers l’autre. (Photo : AFP)
Maha Al-Cherbini avec agences03-10-2018

Ouverte sur le constat sombre d’un « monde de plus en plus chaotique », la 73e session de l’Assemblée générale de l’Onu s’est transformée en un champ de bataille entre l’Iran et les Etats-Unis qui en ont saisi l’occasion pour s’échanger une violente guerre verbale devant la communauté internationale.

Le président américain, Donald Trump, a clairement montré sa volonté d’isoler l’Iran, il s’est violemment attaqué à Téhéran lors de ses deux discours, mardi 25 septembre, devant l’Assemblée générale des Nations-Unies et mercredi 26 septembre devant le Conseil de sécurité. « Nous ne pouvons pas permettre au principal soutien du terrorisme dans le monde de posséder les armes les plus dangereuses de la planète ou de menacer l’Amérique ou Israël. Nous demandons à toutes les nations d’isoler la dictature corrompue du régime iranien tant que son agression se poursuit », a lancé le magnat de l’immobilier qui a profité de cette tribune pour accuser l’Iran — mais également la Russie — d’avoir permis une boucherie en Syrie en soutenant le régime de Bachar Al-Assad. Evidemment, Washington a reçu un net soutien de la part d’Israël, dont le premier ministre, Benyamin Netanyahu, a félicité, dans son discours jeudi 27 septembre, le président américain pour son retrait du pacte nucléaire, tout en lançant une offensive virulente contre l’Iran, l’accusant d’abriter un « site de stockage atomique secret » à Téhéran. Une accusation catégoriquement rejetée par le chef de la diplomatie iranienne Javad Zarif : « Comment Israël, le seul détenteur d’armes nucléaires au Moyen-Orient, peut-il accuser sans honte un autre pays dont les programmes ont été jugés pacifiques par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Israël et les Etats-Unis se retrouvent seuls sur la scène internationale à cause de leurs politiques ».

Auparavant, le président iranien, Hassan Rohani, avait lancé une dure contre-offensive à son tour, accusant son homologue américain de chercher à le renverser par le biais des sanctions draconiennes comparées à un acte de « terrorisme économique ». « Les Etats-Unis n’ont pas réussi à isoler l’Iran ; au contraire, ils n’ont fait que s’isoler sur la scène internationale et ils finiraient par revenir tout ou tard dans l’accord nucléaire », a-t-il lancé à la tribune de l’Onu.

C’est dire que la crise entre les deux pays est loin d’être résolue. « Preuve que les deux présidents sont obsédés par la crise qui les oppose : Rohani a consacré 12 minutes de son discours, qui a duré 24 minutes à la tribune de l’Onu, à fustiger l’Administration américaine, alors que Trump a consacré 20 minutes de son discours, qui a duré 35 minutes, à la critique de la politique régionale iranienne et aux missiles balistiques iraniens. Un duel qui n’a fait que compliquer la crise entre les deux pays et prouver la profondeur de leurs différends », explique Mohammed Mohsen Abo El-Nour, président et fondateur du Forum de l’analyse des politiques iraniennes.

L’Europe, la Russie et la Chine font front uni

En effet, rien ne prédit un dégel de cette crise. L’avenir de l’accord sur le nucléaire est toujours en suspens, et en même temps, la manoeuvre du numéro un américain n’a pas remporté ses fruits. Au contraire, elle a produit un effet inverse : au lieu d’isoler Téhéran, Donald Trump n’a fait que s’isoler sur la scène internationale. Face à lui, les Européens, la Russie et la Chine ont fait bloc au Conseil de sécurité pour défendre l’accord iranien, surtout que la République islamique continue à le respecter selon les rapports de l’AIEA. « Le fait que les Etats-Unis se soient retirés de l’accord constitue une menace pour le Traité de nonprolifération », a averti le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Même critique lancée par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi : « L’accord avec l’Iran contribue à la paix et à la stabilité au Moyen-Orient ».

Même les alliés de Washington, les Européens, ont abondé dans le même sens. « L’accord demeure le meilleur moyen d’empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire », a souligné la première ministre britannique, Theresa May. Quant au président français, Emmanuel Macron, il a montré son net désaccord avec Donald Trump, estimant que la crise iranienne ne pouvait jamais se réduire à une « politique de sanctions ».

« Qu’est-ce qui permettra de régler véritablement la crise avec l’Iran ? La loi du plus fort ? La pression d’un seul ? Non. Il faut permettre à l’Iran de poursuivre ses exportations de pétrole si on veut encourager une baisse des cours de brut », a affirmé Macron.

Décidés à faire front uni contre les sanctions américaines, les signataires du pacte nucléaire ont aussi annoncé la création d’un « mécanisme complexe » visant à préserver les nombreuses entreprises étrangères sommées de quitter l’Iran sous peine de mesures punitives américaines. Une initiative qui a été dénoncée par l’Administration américaine, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo exprimant sa « profonde déception ». Mais selon M. Abo El-Nour, il serait difficile que les ces pays soutiennent l’Iran économiquement sur le long terme. « Beaucoup d’entreprises ont déjà commencé à se retirer. Les signataires du pacte finiraient par délaisser l’Iran car ils ne peuvent pas prendre le risque de subir des sanctions américaines. On risque donc de se retrouver à la case départ pour l’Iran, celle de l’avant 2015 », conclut l’expert.




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