Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Turbulences dans le dossier nord-coréen
  Alors qu’un troisième sommet doit se tenir ce mois-ci à Pyongyang entre les deux Corées, aucune avancée sur la dénucléarisation du Nord ne se profile. Donald Trump pointe du doigt la Chine.
Pyongyang
Photo: AFP
Maha AI-Cherbini avec agences05-09-2018

Poursuivant la voie de la détente entamée depuis le début de l’année, un troisième sommet entre les deux présidents coréens— après ceux du 27 avril et du 26 mai— est prévu ce mois-ci afin de renforcer le processus de paix en cours. Si la date de la rencontre n’est pas fixée, son lieu, Pyongyang, prouve la volonté des deux leaders à maintenir leur feuille de route vers la pacification de la péninsule rédigée le 27 avril dernier.

« Pour préluder à ce nouveau sommet, nous allons envoyer un émissaire spécial à Pyongyang le mercredi 5 septembre pour débattre de la date et du menu de la rencontre », a affirmé le président sud-coréen Moon Jae-in. Parmi les sujets à débattre lors du prochain sommet figurent la dénucléarisation de la péninsule et la signature d’un accord de paix.

Preuve de la bonne volonté des deux pays à réaliser des avancées sur la voie de la paix : une rencontre entre des délégations des deux Corées a eu lieu le 13 août dans la partie nord du village frontalier de Panmunjom.

« Il est important que les deux pays maintiennent cet état d’esprit. Beaucoup de sujets ont été évoqués lors de cette réunion et tous les problèmes pourraient être réglés », s’est enthousiasmé le ministre de l’Unification à la tête de la délégation du Sud. Cette réunion a réalisé une avancée importante sur le volet humanitaire, permettant une première réunion, le 20 août, en trois ans entre les familles séparées depuis la guerre de Corée.

En dépit de cette avancée sur le volet humanitaire, peu de progrès ont été observés sur la principale pierre d’achoppement: la dénucléarisation du Nord. Lors de son meeting historique avec son homologue américain Donald Trump le 12 juin à Singapour, le leader nord-coréen a promis de dénucléariser son pays, une formule vague sujette à des interprétations diverses. Jusqu’à présent, Kim n’a pas présenté un calendrier précis pour le démantèlement de son arsenal nucléaire, de quoi inquiéter la communauté internationale.

Trump ouvre le feu sur la Chine

Alimentant l’inquiétude internationale, un récent rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) publié la semaine dernière a affirmé que la Corée du Nord poursuit ses activités nucléaires. Frustré, Donald Trump a annulé la visite de son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, prévue la semaine dernière à Pyongyang en raison du « manque de progrès sur la dénucléarisation ».

C’est la première fois depuis le 12 juin que le locataire de la Maison Blanche annonce publiquement sa frustration sur ce dossier, car il rêvait en faire son principal succès diplomatique.

Pour se disculper, Trump a imputé la responsabilité de ce manque de progrès à Pékin, principal allié de son voisin communiste, l’accusant d’être responsable de la paralysie des négociations entre son pays et la Corée. « Si les discussions n’avancent pas, c’est la faute de la Chine, car elle complique grandement les choses sur les relations avec Pyongyang », a-t-il affirmé, rajoutant avoir une « relation fantastique et chaleureuse » avec Kim Jong-Un.

Selon Trump, la Chine met des bâtons dans les roues et entrave le processus diplomatique en cours en raison des différends commerciaux entre Washington et Pékin. Analysant la position américaine, Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, explique : « Il y a une violente guerre commerciale entre Washington et Pékin. Depuis deux mois, Trump a imposé des tarifs douaniers qui atteignent les 36 milliards de dollars aux produits chinois. Et la Chine a répondu pareillement.

Dans ce contexte de tensions, ces récentes accusations américaines concernant le dossier nord-coréen ne sont qu’un moyen d’accentuer la pression sur Pékin. Et puis, les accusations de Trump ont leur part de crédibilité, car la Chine tient toutes les ficelles du jeu nord-coréen et elle pourrait bien résoudre la crise si elle le veut. Mais pour le côté chinois, il n’y a aucun motif qui le pousse à aider son rival américain à résoudre le dilemme nord-coréen ».

Loin de ce jeu d’intérêts entre les superpuissances, la question la plus importante est de savoir si Kim Jong-Un compte vraiment dénucléariser son pays ou s’il s’agit-il d’une manoeuvre pour s’attirer des gains économiques et politiques? Seuls les jours à venir répondraient à cette question.



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