Semaine du 10 au 16 octobre 2018 - Numéro 1245
Vers une solution au mal afghan ?
  Lors d'un sommet régional pour la paix en Afghanistan, le président afghan Ashraf Ghani a accepté pour la première fois d'intégrer les Talibans dans le processus politique afin de mettre fin à 17 ans de guerre. Les rebelles, eux, appellent à un dialogue avec Washington.
Vers une solution au mal afghan ?
Malgré les appels au dialogue avec les Talibans, la conférence de Kaboul s'est terminée sans résultat tangible. (Photo:AP)
Maha Al-Cherbini avec agences07-03-2018

L’inextricable conflit afghan connaîtra-t-il enfin un début de solution ? Telle est la question qui se pose suite aux évolutions prometteuses qui ont eu lieu sur le sol afghan. Pour la première fois, une perspective de dégel se profile à l’horizon avec la tenue d’un sommet régional à Kaboul le 28 février. Préparé avec le soutien de l’Otan, ce sommet réunit les représentants de 20 pays de la région dont l’Inde et le Pakistan ainsi que les Etats-Unis et l’Onu, mais pas des représentants des Talibans. Il s’agit de la deuxième édition, la première s’étant tenue en juin dernier sans aboutir à un résultat tangible. L’objectif est de trouver un consensus régional et international visant à mettre fin aux violences talibanes via un dialogue direct avec les rebelles qui contrôlent aujourd’hui plus de 40 % du territoire après 17 ans de guerre.

Dans un geste d’ouverture, le président afghan Ashraf Ghani a présenté « un plan de paix global » lors du deuxième round de la conférence. Pour la première fois, M. Ghani a proposé aux Talibans un cessez-le-feu, la libération des prisonniers et la reconnaissance du mouvement taliban, ainsi que la création d’un parti politique pour eux dans le cadre d’un processus visant à négocier des accords de paix pour mettre fin à la guerre. « Il devrait y avoir un cadre politique à la paix. Un cessez-le-feu devrait être proclamé. Les Talibans devraient être reconnus comme un parti politique », a-til déclaré. Or, en préalable à l’engagement de pourparlers, M. Ghani exige des Talibans qu’ils reconnaissent le gouvernement ainsi que la Constitution, qu’il se dit prêt à « amender » dans le cadre d’un accord avec les rebelles. « Maintenant, la décision est entre vos mains. Acceptez la paix ... et apportons plus de stabilité à ce pays », a-t-il lancé. Selon Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, le président afghan ne pourrait jamais avancer une telle offre aux Talibans sans le consentement des Américains. « Il est évident que les Etats-Unis sont lassés par 17 ans de guerre infructueuse en Afghanistan et ils veulent s’en retirer. Mais ils veulent régler la crise avant de partir pour que ce pays ne se transforme pas en un repaire de terrorisme international, surtout après la migration de Daech vers l’Afghanistan. L’Administration américaine a enfin compris que la solution au mal afghan ne serait jamais militaire », explique le politologue.

Prouvant sa bonne volonté à participer à la solution de la crise afghane, le Pakistan — pointé du doigt par Kaboul comme principal soutien aux Talibans — a soutenu l’offre du dialogue proposée par M. Ghani pour se disculper de cette accusation. « Nos deux pays doivent coopérer pour entamer un dialogue politique avec les Talibans afin de mettre fin aux bains de sang », affirme Nasser Khan, conseiller pakistanais de la sécurité nationale.

Les Talibans pour une autre formule

Malgré cette ouverture affichée par Islamabad et Kaboul à l’égard des Talibans, la conférence de paix s’est terminée « sans résultat tangible » car les rebelles ont ignoré le pouvoir de Kaboul, optant pour « un dialogue direct » entre les Etats- Unis et leurs représentants au Qatar. « Aucune solution militaire ne sera trouvée en Afghanistan », ont écrit les Talibans sur leur site Internet. « Les stratégies militaires n’ont fait qu’intensifier et prolonger la guerre. Nous voulons parler directement avec les Etats-Unis parce qu’eux et nous sommes les vraies parties du conflit », a justifié un commandant taliban, ignorant le gouvernement afghan que les rebelles ont toujours traité de « marionnette ». Il s’agit d’un « revirement spectaculaire » dans la position des Talibans qui ont longtemps refusé de négocier tant que des forces étrangères se trouvent sur le territoire afghan. « Ce revirement est dû aux pressions accrues sur des rebelles lassés par une guerre sans résultat. Après 17 ans, les Talibans n’ont pas réussi leur objectif tropical : reprendre le pouvoir. C’est pourquoi ils ont changé de tactique, car ils ont enfin réalisé que la voie militaire resterait sans lendemain. Ils aspirent à entrer en dialogue direct avec Washington, car ce serait une victoire écrasante pour eux : ce serait une sorte de reconnaissance américaine de leur poids en tant que force politique sur le terrain. En fin de compte, les Talibans aspirent à former un parti politique pour se présenter à la prochaine présidentielle afin de revenir au pouvoir », prévoit Dr Mourad.

Or, Washington n’a pas tardé à torpiller le rêve taliban, balayant l’offre des rebelles et affirmant par contre que la pression sur les rebelles sera maintenue tant qu’ils acceptent l’offre du dialogue faite par Kaboul. « Toute négociation de paix sur l’Afghanistan doit être menée par les Afghans. Si les Talibans veulent s’asseoir à la table des négociations, le gouvernement américain peut certainement jouer un rôle, mais il ne peut s’agir d’un dialogue sans le gouvernement de Kaboul », a insisté la porte-parole du département d’Etat, saluant la « position très courageuse » d’Ashraf Ghani tout en espérant une issue rapide à la crise afghane. Un espoir qui reste teinté de scepticisme car, échaudés par l’échec de plusieurs initiatives de paix officielles ou secrètes depuis 2001, les responsables américains s’attendent toujours à un regain de violences avec la fin de l’hiver et le début de l’offensive de printemps. Ne pouvant même pas attendre l’arrivée du printemps, les Talibans ont endeuillé le pays ces derniers mois avec des attaques plus meurtrières que jamais. La semaine dernière, ils ont commis quatre attentats suicide contre des objectifs gouvernementaux afghans, faisant 25 morts et une vingtaine de blessés parmi les soldats. Selon les experts, le refus américain de négocier avec les rebelles promet au « bourbier afghan » une offensive de printemps sans foi ni loi .




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