Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
Etats-Unis-Chine : La carte nord-coréenne
  La question du nucléaire nord-coréen est au coeur des tiraille­ments sino-améri­cains. Mais malgré une politique d'apaisement adoptée par Donald Trump envers la Chine, unique alliée de poids de Pyongyang, les relations entre les deux puissances restent délicates
Etats-Unis-Chine : La carte nord-coréenne
Les tirs des missiles nord-coréens ont motivé le rapprochement sino-américain. (Photo:AFP)
Maha Al-Cherbini avec agences15-03-2017

Ambiguës. Tel est l’adjec­tif qualifiant les relations sino-américaines depuis l’accession au pouvoir du président américain, Donald Trump, dont la campagne électorale était marquée par une forte hostilité vis-à-vis de Pékin. Pourtant, depuis son accession au pouvoir le 20 jan­vier, Trump a effectué un certain revirement suite à sa conversation téléphonique avec son homologue chinois, Xi Jinping, où il a exprimé sa volonté d’établir des relations constructives avec Pékin, acceptant de respecter le principe d’« une seule Chine ». Ce principe, que Trump avait menacé de rejeter, interdit à tous les pays d’avoir des relations diplomatiques avec Taïwan considé­rée comme une province chinoise par Pékin. Une volte-face qui n’a qu’un seul motif selon Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire : « Le défi nord-coréen est à l’origine de ce rapprochement sino-américain. N’oublions pas que Pyongyang est soutenu par Pékin, son unique pro­tecteur qui pourrait stopper les pro­vocations nucléaires de son voisin communiste ». Et de poursuivre : « C’est pourquoi Trump était obligé d’apaiser les tensions qu’il avait attisées avec Pékin lors de sa cam­pagne électorale. Par sa politique anti-chinoise, le candidat républi­cain visait à gagner des voix, car la Chine constitue une menace de poids pour les Etats-Unis pour deux motifs. Le premier est la montée en puis­sance de l’économie chinoise qui serait la première économie de la planète vers l’année 2030. Le second motif est plutôt politique et militaire. La Chine a des visées expansion­nistes en mer de Chine, ce qui inquiète Washington. De plus, elle est devenue la deuxième puissance mili­taire après les Etats-Unis, surtout après avoir augmenté son budget militaire de 7 % cette année ».

Désormais, l’Administration Trump est au pied du mur pour définir sa politique face aux provocations de la Corée du Nord. En quittant la Maison Blanche, le président Barack Obama avait prévenu son successeur que le programme nucléaire de la Corée du Nord représente le dossier le plus épineux qu’il aurait à gérer. Prouvant la justesse de cette prévision, le régime stalinien a procédé récemment à quatre tirs de missiles, affirmant qu’il s’agit d’un test visant à frapper les bases américaines au Japon.

Face à cette première crise interna­tionale, le président américain a opté pour la diplomatie, dépêchant son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, du 15 au 19 mars, à Séoul et à Pékin afin d’étudier les moyens de résoudre cette escalade. « Trump n’a pas d’al­ternative : il doit recourir à la diplo­matie avec Pékin surtout que la pos­sibilité d’une guerre nucléaire est en train de se renforcer. Les relations entre les deux Corées n’ont jamais été aussi tendues : la péninsule pour­rait s’embraser à aucun moment. Pyongyang joue avec le feu afin de collecter le maximum de gains éco­nomiques à l’exemple de l’Iran. Pyongyang est un régime qui n’ar­rive pas à nourrir son peuple. Pour lui, le nucléaire n’est qu’une carte de pression pour faire d’une pierre trois coups : faire du chantage écono­mique, casser son isolement sur la scène internationale et se mettre à l’abri de toute agression améri­caine », affirme Dr Hicham Mourad. Autre facteur à compliquer de plus en plus le paysage politique dans la péninsule coréenne : en pleine ten­sion régionale, la présidente sud-coréenne, Park Geun-Hye, a été des­tituée vendredi pour un méga-scan­dale de corruption, entraînant des élections anticipées dans 60 jours.

La proposition chinoise rejetée
Côté chinois, pour faire preuve de volonté, Pékin a proposé cette semaine un compromis basé sur le fait que la Corée du Nord suspende son programme nucléaire en échange de l’arrêt des manoeuvres militaires lancées la semaine dernière par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Cette proposition vise à ramener toutes les parties à la table des négociations, selon le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, en allusion aux pourparlers à Six (Corées, Japon, Russie, Chine et Etats-Unis) inter­rompus depuis une dizaine d’années. « L’alternative serait l’escalade, de quoi déclencher un conflit de plus grande échelle », a mis en garde l’ambassadeur de Chine à l’Onu, Liu Jieyi.

Mais le compromis a été rejeté par Washington qui a exprimé son scep­ticisme à propos d’éventuelles dis­cussions avec Pyongyang. « Le diri­geant nord-coréen, Kim Jong-un, a un comportement irrationnel peu compatible avec la diplomatie. Et puis, ce ne serait pas un échange équitable de suspendre nos manoeuvres totalement justifiées face à la menace de la Corée du Nord », a déclaré l’ambassadrice américaine à l’Onu, Nikki Haley, suite à une réu­nion du Conseil de sécurité qui a condamné la salve de tirs de missiles nord-coréens. La semaine dernière, les Etats-Unis ont soumis un texte au Conseil de sécurité condamnant les tirs, une manière pour Washington de tester la réaction de Pékin. Le texte a été finalement adopté à l’unanimité des quinze pays du conseil. Cette condamnation a été « catégorique­ment rejetée » par le régime nord-coréen qui a accusé les manoeuvres américano-sud-coréennes de l’avoir poussé à prendre « les mesures les plus dures ». Le Conseil de sécurité a déjà imposé six séries de sanctions au régime communiste, qui a néan­moins procédé à deux essais nucléaires en 2016 et plusieurs tirs de missiles balistiques. Dans le cadre de ces sanctions, la Chine a annoncé qu’elle cessait complètement ses importations de charbon nord-coréen, privant le régime communiste d’une manne financière cruciale. Selon Dr Mourad, « Pékin veut garder la Corée du Nord comme une carte de pression. L’Administration améri­caine réalise bien ce jeu chinois, c’est pourquoi elle ne veut faire aucune concession face à Pékin ou à Pyongyang ».

Soufflant le chaud et le froid avec Pékin, l’Administration Trump a commencé cette semaine à déployer son bouclier antimissile THAAD en Corée du Sud, un système vu d’un très mauvais oeil par Pékin qui le considère comme une menace pour sa sécurité. Le système THAAD tire des missiles conçus pour intercepter et détruire des missiles balistiques alors qu’ils seraient encore à l’exté­rieur de l’atmosphère ou qu’ils vien­draient d’y entrer. « Le déploiement de ce bouclier est une carte de pres­sion sur Pékin pour qu’elle oblige Pyongyang à stopper ses défis nucléaires. La Chine ne peut jamais admettre de voir des missiles améri­cains à ses frontières. Elle va tout faire pour que Trump arrête le déploiement de ce bouclier. En effet, la Chine est dans une situation embarrassante. Toutes les options lui semblent affreuses. Il est vrai que Pékin ne veut pas d’une Corée du Nord frontalière qui possède l’arme nucléaire, mais aussi un effondre­ment du régime de Pyongyang et une éventuelle réunification de la pénin­sule coréenne, soutenue par Washington à sa frontière, représen­tent un vrai cauchemar », explique Dr Hicham Mourad, affirmant qu’il est temps de réanimer les discussions à Six. Il s’agirait d’obtenir un gel du programme nucléaire nord-coréen en échange d’une levée graduelle des sanctions internationales, à l’instar du compromis conclu avec le régime iranien en juillet 2015 .




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