Semaine du 22 au 28 mars 2017 - Numéro 1168
Le jeu de maître de Poutine
  Dans un geste hautement réfléchi, le président russe, Vladimir Poutine, n'a pas agi au nom du principe de réciprocité après l'expulsion de diplomates russes par Barack Obama. Une tactique qui ne manque pas d'embarrasser Washington.
Le jeu de maître de Poutine
(Photo: AP)
Abir Taleb04-01-2017

Des paroles aux actes. A quelques jours de la fin de son mandat, l’Administration du président américain sortant, Barack Obama, a haussé le ton envers Moscou, expulsant 35 diplomates russes. Les diplomates russes et leurs familles ont donc quitté dimanche par avion Washington. Un départ spectaculaire qui est la conséquence des mesures et sanctions annoncées jeudi dernier par Barack Obama. En effet, outre ces expulsions de diplomates soupçonnés par Washington d’être des agents du renseignement russe, deux complexes résidentiels russes dans le nord-est des Etats-Unis ont été fermés car considérés comme des bases pour ces espions présumés. Et ce n’est pas tout : le GRU (services secrets de l’armée) et le FSB (service fédéral de sécurité, ex-KGB) font également l’objet de sanctions économiques et juridiques tout comme quatre dirigeants du GRU, dont son chef Igor Korobov.

A l’origine de cet ensemble de représailles, les soupçons américains selon lesquels Moscou aurait orchestré des piratages informatiques pour perturber la présidentielle américaine. L’Administration américaine a clairement accusé la Russie d’avoir orchestré des piratages informatiques qui ont mené au vol et à la publication de milliers d’e-mails de responsables démocrates, brouillant le message de la candidate Hillary Clinton. Barack Obama a ordonné qu’un rapport complet sur les piratages informatiques menés pendant la campagne présidentielle lui soit remis avant son départ de la Maison Blanche. Les autorités américaines prendront d’autres mesures de rétorsion « au moment que nous choisirons », y compris à travers des opérations secrètes dont le public ne sera pas informé, a également prévenu le président sortant.

Débat américano-américain
Des mesures qui ne risquent pourtant pas de voir le jour : sous l’ère Donald Trump, le président élu qui siégera à la Maison Blanche le 20 janvier, les choses vont sans doute changer. En effet, les décisions de Barack Obama ont été ouvertement contestées par Donald Trump. Ce dernier, qui n’a jamais caché son intention de se rapprocher du président russe Vladimir Poutine, a une nouvelle fois exprimé samedi ses doutes concernant cette éventuelle ingérence russe dans l’élection américaine. « Je veux juste qu’ils en soient sûrs, car c’est une accusation plutôt sérieuse, et je veux qu’ils en soient certains », a déclaré Trump, tout en ajoutant qu’il est « injuste » que les Etats-Unis accusent la Russie de piratage s’ils ont un quelconque doute à ce sujet. « Je sais beaucoup de choses concernant le piratage. Et le piratage est une chose très difficile à prouver. Donc, cela pourrait être quelqu’un d’autre. Je sais également des choses que d’autres personnes ne savent pas, et donc, ils ne peuvent pas être sûrs de ce qui se passe », a-t-il dit.

Et ce n’est pas tout. Une proche conseillère du président élu, Kellyanne Conway, a estimé que l’objectif du président sortant était de « coincer » son successeur à la Maison Blanche, et de réduire sa marge de manoeuvre vis-à-vis de la Russie quand il entrera en fonctions le 20 janvier. Toutefois, Mme Conway a refusé de dire si Trump allait lever ces sanctions contre Moscou.

La crise bilatérale russo-américaine a ainsi tourné en débat américano-américain. Et, Moscou en a bien profité. En effet, le président russe, Vladimir Poutine, a créé la surprise vendredi en décidant de « n’expulser personne » en réponse à l’expulsion des diplomates russes. « Nous n’allons pas tomber au niveau d’une diplomatie irresponsable », a souligné M. Poutine dans un communiqué, qualifiant les nouvelles sanctions de Washington de « provocatrices » et visant à « miner davantage les relations russo-américaines ». La Russie se réserve toutefois « le droit de prendre des mesures de rétorsion » et « restaurera les relations russo-américaines au vu de ce que sera la politique du président américain élu Donald Trump », a précisé M. Poutine.

Qui plus est, dans un signe de provocation à Barack Obama, Poutine a adressé un message de fin d’année à son futur homologue, exprimant l’espoir qu’après son investiture, « les deux Etats (...) pourront prendre des mesures réelles visant à rétablir les mécanismes de la coopération bilatérale dans différents domaines ». Et Donald Trump de saluer l’« intelligence » de la réaction de M. Poutine, dans un tweet : « Bien joué le report. J’ai toujours su qu’il était très intelligent ! », a-t-il écrit, en référence à sa décision de ne pas répondre immédiatement aux sanctions américaines.

Cette réaction du président élu a en tout cas suscité l’indignation chez ses opposants démocrates ainsi que parmi les membres de son propre Parti républicain. A l’exemple de celle du Démocrate Adam Schiff, membre de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, qui, reprenant le terme utilisé par M. Trump, a reconnu ironiquement dans un tweet que « Poutine EST intelligent » car il « sait qu’il peut obtenir presque tout ce qu’il veut de Donald Trump en faisant à peine plus que de le flatter. Triste et dangereux » .




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