Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Turquie-Russie: La crise s’aggrave
  Les relations entre la Russie et la Turquie se détériorent après l'interdiction d'un vol d'observation russe, du 1er au 5 février, dans l'espace aérien turc proche de la Syrie.
Russie
Maha Al-Cherbini avec agences10-02-2016

La crise syrienne envenime chaque jour un peu plus la crise diplomatique entre Moscou et Ankara. Depuis le 24 novembre dernier, les relations entre ces deux pays sont au plus bas, suite à la destruction d’un avion militaire russe au-dessus de la frontière syrienne par l’armée turque. Et à ce jour, aucun apaisement ne se profile à l’horizon. Au contraire, Ankara a mul­tiplié cette semaine les gestes provocateurs à l’égard de Moscou, surtout après le risque d’effondrement des rebelles syriens suite au suc­cès du régime d’Al-Assad et de son allié russe dans leur offensive vers le bastion d’Alep (nord) qui pourrait marquer un tournant dans cette guerre de cinq ans. Une hypothèse « cauche­mardesque » pour une Turquie soucieuse d’en finir avec le régime d’Al-Assad.

Dans une tentative de discréditer Moscou sur la scène internationale, le ministère turc des Affaires étrangères avait accusé l’armée russe de « nettoyage ethnique » et de « crimes de guerre » en Syrie, se disant inquiet sur le sort des civils près de la frontière syrienne. « La Russie cher­che à maintenir le régime d’Al-Assad plutôt que de combattre le terrorisme de Daech », a condamné le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, ciblant la Russie qui « bombarde les écoles, les hôpitaux et pas les positions de Daech ». Haussant le ton, Ankara a accusé un avion russe d’avoir violé une nouvelle fois son espace aérien, promettant que Moscou « endure­ra les conséquences si elle continue à agir de manière irresponsable », selon les termes du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Refusant toute coopération avec leur rival russe dans la guerre contre le terrorisme, les autorités turques ont interdit pour « raisons de sécurité » un vol d’observation russe— prévu du 1er au 5 février— dans son espace aérien proche de la Syrie, dans le cadre du traité « Ciel ouvert » dont les deux pays sont signataires. Ce traité prévoit des survols pour contrôler les installations militaires et d’armements afin d’entretenir la confiance mutuelle. « Le ministère russe de la Défense voit les actes de la Turquie comme un précédent dangereux et une tentative de dissimuler des activités militaires illégales près de la frontière syrienne », a critiqué le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Konachenkov.

Analysant les motifs de cette escalade turque, Dr Norhane Al-Sayed, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire, affirme que la Turquie commence à perdre son contrôle dans sa guerre froide avec Moscou. « Déjà, les forces russes réalisent de grandes avancées en Syrie et ont réussi à fragiliser Daech, ce qui va permettre au régime d’Al-Assad de survivre au grand dam de la Turquie. N’oublions pas non plus que Moscou a réussi à discréditer Ankara sur la scène internationale, affirmant détenir des preuves de l’implication de la Turquie dans le trafic de pétrole de Daech. De plus, la Turquie a commencé à sentir l’effet des sanctions russes dans le secteur du commerce et du tourisme. En janvier, les volumes des exportations turques ont diminué de 65%. La situation dans le secteur touristique n’est pas meilleure. Au lieu de présenter ses excuses sur le sujet de l’avion russe frappé le 24 novembre, Erdogan ne fait qu’escalader la crise », affirme Dr Norhane Al-Sayed.

Face à ce défi relevé par Ankara, Moscou a rejeté catégoriquement toute violation de l’espace aérien turc, qualifiant ces allégations de « pure propagande turque ». Passant à l’offensive, l’armée russe a affirmé cette semaine avoir « de sérieuses raisons » de croire que la Turquie prépare une « intervention militaire » en Syrie, invoquant l’accumulation d’un nombre croissant de soldats et d’engins militaires à sa frontière avec la Syrie, outre l’interdiction par Ankara du survol de son territoire par un avion de reconnaissance russe. Furieux, le président turc a aussi jugé « risibles » ces accusations russes, dénonçant en retour « l’invasion » conduite par la Russie en Syrie.

A la lumière de cette guerre verbale et de ces accusations mutuelles, il semble que le bras de fer russo-turc se durcira dans les jours à venir. De quoi multiplier les craintes d’escalade militaire entre les deux pays .




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