Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Autour de Sissi, une coalition se met en place
  Tandis que le président élu se préparait à son investiture officielle, ses partisans cherchaient à former une coalition pour le soutenir au Parlement.
Parlement
(Photo : Reuters)
Samar Al-Gamal11-06-2014

Amr moussa, candidat malheureux à la présidentielle de 2012 qui a fait campagne pour Abdel-Fattah Al-Sissi, cherche à former une coalition réunissant les différents partis, pour « soutenir le président (...) et assurer une bonne gestion de l’Etat », dit-il dans un communiqué publié lundi. Le texte se veut une sorte d’« entente » à laquelle il invite les différentes forces politiques et personnalités de poids. Il y a quelques jours, et alors que la loi sur les élections législatives était encore en phase de projet, Moussa tenait avec l’ex-chef des renseignements et successeur de Omar Soliman, Mourad Mouafi, des réunions avec différents partis, d’idéologies différentes, mais qui avaient surtout soutenu Sissi pour la magistrature suprême. Moussa joue le rôle de l’ancien secrétaire général du parti de Moubarak, Safouat Al-Chérif, qui était chargé de négocier avec les partis, mais de façon plus subtile et plus classe, tandis que Mouafi mène une mission semblable à celle de son prédécesseur aux services des renseignements, qui entretenait des contacts de nature sécuritaire, notamment avec les Frères.

Ainsi ils essayent de rassembler les partis d’Al-Masriyine Al-Ahrar (les Egyptiens libres), Al-Moatamar (la conférence), le Rassemblement, le néo-Wafd, et même le Parti social démocrate, qui était resté officiellement neutre, dans une seule alliance électorale qui formerait plus tard la majorité au Parlement.

Al-Haraka Al-Wataniya (le mouvement nationaliste), le parti d’Ahmad Chafiq, qui avait échoué en 2012 face à Mohamad Morsi, est, lui, exclu de ces réunions. « Nous n’avons pas été invités aux réunions, alors que nous avions été les premiers à lancer cette idée de coalition », dit Yéhia Qadri, vice-président du parti. Il fait référence aussi à une coordination qui avait commencé avec Al-Masriyine Al-Ahrar et la Conférence depuis le référendum sur la Constitution, et puis pour la mobilisation des électeurs pour le scrutin présidentiel. Mais Moussa et Mouafi ont ainsi, selon lui, saboté cette potentielle alliance en invitant leurs alliés. Ahmad Kamel, porte-parole de Moussa, affirme que « tout le monde est le bienvenu, et le cercle s’élargit. L’idée est de rassembler les forces pour créer quelque chose de bien organisé ».

L’idée a été lancée en premier par l’écrivain et partisan de Sissi, Hassanein Heykal. Dans un entretien à la télévision, il avait estimé que le président « dispose d’un appui populaire, mais non politique ». Et pour gouverner, il a besoin de ce dernier. Ainsi il avait proposé que Sissi compte sur Amr Moussa pour un début de soutien. « Il a besoin de gens sages pour l’encourager, mais aussi pour le corriger s’il dévie du chemin », pense Mohamad Aboul-Ghar, président du Parti social démocrate, qui avait décidé auparavant de se rallier, pour le scrutin présidentiel, au Rassemblement et à Al-Masriyine Al-Ahrar, comme lors des législatives de 2012. Dimanche, le parti s’est de nouveau réuni et a décidé de former un comité pour négocier ses alliances probables pour le scrutin, dont la date n’a pas encore été fixée.

« Moubarak et ses prédécesseurs avaient leurs propres partis ou formations politiques qui appuyaient leurs politiques et leur alignement. Sissi, de même, a besoin d’une force politique alignée de façon directe ou indirecte », explique Ossama Al-Ghazali Harb, président du conseil d’administration d’Al-Masriyine Al-Ahrar. Sinon, comment pourrait-il avoir une majorité parlementaire sans parti ? Le partage des pouvoirs entre le Parlement et le président, tel que défini par la nouvelle Constitution, ne l’arrange pas en l’absence d’un bloc parlementaire partisan.

Il n’est pas étonnant de voir Amr Moussa jouer un tel rôle, notamment depuis qu’il avait présidé le comité des cinquante qui a rédigé la Constitution de 2014. Depuis, il n’était pas loin du président élu, Sissi. Mourad Mouafi, qui a été limogé des services de renseignements sous Morsi, cherche, depuis, un rôle politique. Il avait même annoncé son intention de briguer le poste de chef de l’Etat et a dû se retirer devant Sissi. « Il s’est mis à l’ombre depuis, mais ce qui est sûr, c’est qu’il cherche à jouer un rôle. C’était un haut cadre de l’Etat », dit Harb. Selon certains, Moussa aurait les yeux braqués sur la présidence du Parlement, non pas en se présentant aux élections, mais en comptant sur les 30 sièges que nommera le président. Et Mouafi? « Il n’a encore rien dit », révèle Aboul-Ghar. Mais ce général à la retraite s’est vite précipité de nier qu’il ciblait le poste de premier ministre sous le régime de Sissi.

Un cadre du parti du Wafd, qui a choisi pour le moment de rester loin de cette alliance, prévoit l’écroulement d’une telle coalition. « Se rallier derrière Sissi est une chose et mener des élections législatives en est une autre. Ce sont totalement deux tactiques différentes », dit-il, préférant garder l’anonymat. Il refuse aussi de confirmer ou non si son parti, le plus ancien parti libéral, allait se rallier aux salafistes d'Al-Nour. « On pourra faire cavalier seul, pourquoi pas ? », indique-t-il. C’est ce que dévoile aussi le parti de Chafiq. « Nous préparons nos listes électorales, et l’idée de coalition n’était que passagère. Nous allons présenter des candidats pour l’ensemble des sièges. Notre parti dispose de la popularité nécessaire », pense Hicham Harm, cadre du parti qui dénombre les sièges du parti dans les différents gouvernorats. Son parti, qui regroupe d’anciennes figures du PND (parti de Moubarak dissous après le 25 janvier), tout comme la Conférence, estime d’ailleurs que le fait de réunir tous les partis dans une seule coalition ressemble au retour du PND. « Un seul bloc d’une seule voix n’est bénéfique ni pour la démocratie, ni pour le président, même si les partis sont de la même tendance », explique Yéhia Qadri. Et d’ajouter: « Ils se trompent s’ils croient qu’une telle coalition éliminera l’islam politique ».




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