Semaine du 22 au 28 mai 2019 - Numéro 1276
Khaled Okacha : Le développement du Sinaï est un processus complet et intégral
  Le général Khaled Okacha, membre du Conseil national de la lutte antiterroriste et directeur du Centre égyptien des études stratégiques, explique l’importance stratégique des tunnels du Canal du Suez pour la sécurisation de la péninsule. Il estime que le développement durable est un axe fondamental dans la stratégie globale de lutte antiterroriste.
Khaled Okacha
Ola Hamdi08-05-2019

Al-Ahram Hebdo : Du point de vue stratégique, quelle est l’importance des tunnels du Canal de Suez et des autres projets du développement nouvellement inaugurés en Sinaï ?

Khaled Okacha : Le développement du Sinaï se trouve aujourd’hui au centre de la stratégie du développement global lancée il y a cinq ans en Egypte. Négligée dans les plans du développe­ment des gouvernements consécutifs, la pénin­sule a souffert pendant de longues années de manque de services et d’infrastructures ainsi que d’un retard économique par rapport aux autres régions. Cette marginalisation l’a transformée en un terrain fertile à l’implantation de la pensée extrémiste. Aujourd’hui, les projets de dévelop­pement au Sinaï s’inscrivent dans le cadre d’un plan national visant à éradiquer le terrorisme dans cette région.

De point de vue stratégique, les tunnels du Canal du Suez, liant la péninsule du Sinaï au Delta du Nil tout en réduisant le temps de la traversée du canal à 20 minutes seulement contribueront à rompre définitivement l’isole­ment du Sinaï. En matière de sécurité, le flux de circulation dans ces tunnels sera soumis à des normes de surveillance et de contrôle très strictes. Ce qui permettra également de mainte­nir un très haut niveau de sécurité et de vigilance dans la lutte contre le terrorisme. En outre, ces tunnels, qui visent à faciliter la circulation des marchandises, offriront de multiples opportuni­tés économiques et créeront des emplois aux habitants du Sinaï. Bref, le développement est la clé de la lutte antiterroriste.

— Justement, comment concevez-vous ce lien entre le développement et la lutte contre le terrorisme ? Et quel est le bilan aujourd’hui au Sinaï ?

— En fait, de nombreux projets de développe­ment avaient été lancés en parallèle avec la lutte antiterroriste. Certes, on a réalisé d’importants pas pour instaurer un développement durable dans la péninsule, mais, certainement, il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine. L’idée qu’accélérer les roues du développement puisse contribuer à lutter contre le terrorisme est un concept moderne très répandu et qui a fait preuve de réussite dans de nombreux pays. C’est pourquoi l’Etat a consacré 275 milliards de L.E. en faveur du développement de la péninsule et l’a placée en tête des priorités. La nouvelle cité de Bir Al-Abd, cette région où près de 300 per­sonnes avaient été tuées dans une attaque terro­riste contre la mosquée Al-Rawda en novembre 2017, est un autre projet ambitieux qui verra prochainement le jour. La réhabilitation de cette ville transmet de nombreux messages tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

— Et quels sont ces messages ?

— En vertu du plan du développement posé par l’Etat, le projet de la « nouvelle ville de Bir Al-Abd » vise à transformer cette région en un pôle de développement industriel et commercial. La première phase de cette nouvelle ville com­prendra environ 5 000 unités résidentielles, des espaces verts, une école et un hôpital. Le déve­loppement de cette ville, dont le nom restera gravé dans les mémoires des Egyptiens, reflète que le développement du Sinaï est un processus complet et intégré. Elle porte également un mes­sage à l’extérieur, notamment aux pays hostiles, que la guerre antiterroriste progresse au Sinaï, alors qu’en parallèle, les projets de développe­ment pour redonner vie aux villes touchées ne s’arrêtent pas. L’Egypte présente ainsi, à travers sa vision de la lutte contre le terrorisme, dont le développement figure parmi les axes principaux, un modèle à suivre pour tous les pays du monde.

— Quels sont les autres axes de la stratégie égyptienne antiterroriste ?

— Il s’agit d’une stratégie globale qui ne concerne pas seulement le Sinaï, mais s’étend sur tous les axes stratégiques du territoire égyp­tien, dans le Sinaï, dans des régions du Delta du Nil et dans le Désert occidental et frontalier avec la Libye, ainsi que dans les zones montagneuses et les frontières maritimes. Et pour mettre en oeuvre cette stratégie, l’Etat a lancé l’opération militaire globale « Sinaï 2018 », à laquelle l’ar­mée, les services de sécurité et les forces aux frontières, terrestres, aériennes et navales, ont tous coopéré. Les institutions sécuritaires tra­vaillent sur plusieurs axes en parallèle, afin de mettre fin au terrorisme.

— Et quels sont les succès réalisés par l’opération antiterroriste « Sinaï 2018 » jusqu’à présent ?

Le développement du Sinaï est un processus complet et intégral
Les tunnels ont été construits par une main-d'oeuvre à 97 % égyptienne. (Photo : AFP)

— L’opération globale Sinaï 2018 a réussi à détruire les grandes capacités des groupes terro­ristes existantes aussi bien que les tunnels reliant la bande de Gaza au Sinaï utilisés pour le pas­sage des armes et des terroristes. Elle a égale­ment réussi à construire une zone entièrement sécurisée d’environ 1 km, qui va de pair avec la création de la nouvelle ville du Rafah, ainsi de nouveaux quartiers à Al-Arich et à Cheikh Zuwaid, dont les habitants ont été transférés dans des zones sûres et peuplées. En outre, les garde-frontières ont réussi à contrôler toutes les frontières terrestres et maritimes au Sinaï, à l’ouest et au sud du pays. A titre d’exemple, l’Etat a réussi à éliminer un très grand nombre de tentatives d’infiltration par ses frontières occi­dentales, où le président Abdel-Fattah Al-Sissi a parlé de déjouer de plus de 2 000 tentatives d’in­filtration depuis la frontière occidentale. Ce succès s’est traduit par un retour à la normale dans les rues, les marchés, les écoles, et l’Université d’Al-Arich.




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