Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
Les terres palestiniennes grignotées au fil du temps
  Depuis 1948, la Nakba est synonyme d’un processus de destruction d’une patrie, d’expulsion d’un peuple, de dépossession de terres. Retour sur les plaies majeures des Palestiniens.
Les terres palestiniennes grignotées au fil du temps
Les colonies poussent comme des champignons sur tout le territoire palestinien. (Photo : AFP)
Racha Darwich09-05-2018

Si le 15 mai 1948 marque la création de l’Etat d’Israël et la Nakba pour les Palestiniens, le complot commençait à se tisser bien avant cette date. Depuis la fin du XIXe siècle, plusieurs vagues de migration de juifs, initiées par le mouvement sioniste, s’étaient dirigées vers la Palestine. En 1917, le secrétaire d’Etat britannique, Arthur Balfour, a promis l’établissement d’un foyer national pour les juifs en Palestine, alors soumise au mandat britannique. Mais c’est ce fatidique 29 novembre 1947 qui marque le début de la dépossession des terres palestiniennes. Ce jour-là, l’Organisation des Nations-Unies (ONU) vote la fameuse résolution 181 qui stipule le partage de la Palestine et l’octroi de 56% de sa superficie au mouvement colonial juif. Douze jours à peine après la promulgation de ce plan, les massacres et les expulsions éclatent en Palestine. Des 1300 villes et villages répartis sur les 27000 m2 de la Palestine historique, les juifs s’emparent de 774 et en anéantissent 531 autres.

Aujourd’hui, Israël occupe 85% des terres de la Palestine historique, alors que les Palestiniens 15% seulement, ce qui signifie qu’un Palestinien dispose de moins d’un cinquième de la superficie dont dispose un Israélien.

L’idée des fondateurs d’Israël n’était pas de se contenter de la superficie accordée par l’Onu, mais de s’emparer de la totalité de la Palestine historique et d’en chasser sa population. En 1967, Israël déclenche une guerre qui lui permet alors d’occuper la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est, les seuls territoires que l’Onu considère comme palestiniens et illégalement occupés. Or, même dans ces territoires, Israël ne reste pas les bras croisés: les colonies y poussent comme des champignons. 131 colonies en Cisjordanie où résident 385900 colons.

Certes, les Nations-Unies et la communauté internationale considèrent comme illégales au regard du droit international toutes les colonies établies au-delà des frontières de 1967. Il n’en demeure pas moins que rien ni personne n’a pu stopper l’extension de ces colonies, qui font de la future Palestine une terre fragmentée, disloquée en peau de léopard.

Jérusalem, une question brûlante

Selon le plan de partage de l’Onu, Jérusalem bénéficie d’un statut spécial. Elle est administrée par la communauté internationale. Mais en 1948, lors de la création de l’Etat hébreu, Israël prend possession de Jérusalem-ouest. Il envahit ensuite Jérusalem-est pendant la guerre de juin 1967 et étend le périmètre de la ville au-delà de la ligne verte en annexant les terres de plusieurs villages palestiniens, afin de créer la municipalité de Jérusalem. Les territoires annexés sont très vite couverts de colonies et judaïsés. En 1980, Israël déclare Jérusalem « capitale éternelle, une et indivisible d’Israël ». Depuis 1967, Israël adopte un éventail de politiques pour chasser les Palestiniens de Jérusalem. Ils sont confrontés à des ordres d’expulsions, à la destruction de leurs maisons et à la dépossession de leurs terres. Leur statut n’est même pas celui de citoyens, ils ne sont que de simples « résidents », statut dont ils peuvent à tout moment se trouver privés.

Depuis 1967, près de 70000 Palestiniens ont été déplacés hors de la ville de Jérusalem. Cependant, le rythme des transformations physiques et démographiques de la ville s’est considérablement accéléré depuis qu’Israël a commencé, en 2002, la construction d’un mur de séparation qui était censé suivre le tracé de la Ligne verte, laquelle sépare Jérusalem-ouest de Jérusalem-est selon les termes de l’armistice de 1949. Pourtant, sur les 168 km déjà bâtis (le mur devra atteindre 181 km), 3% seulement suivent cette délimitation. Par ce mur, Israël dispose des dernières pièces d’un Grand Jérusalem juif. En effet, il a permis d’englober les colonies israéliennes périphériques, d’encercler les parties arabes et de diviser les localités palestiniennes. C’est ainsi que 80000 Palestiniens de Jérusalem-est se sont trouvés coupés de la ville dont l’accès se fait seulement par 4 points de passage israéliens.

Pour parvenir à ses fins, Israël a récemment inventé une nouvelle astuce pour justifier la démolition des maisons au sein de Jérusalem et renforcer la judaïsation de la ville. Il s’agit d’octroyer à des quartiers palestiniens le statut de « parcs nationaux » pour rendre illégales les maisons qui s’y trouvent. Jérusalem n’est plus cette vieille ville de 7 km2, mais elle est devenue une métropole s’étendant sur plus de 200 km2.

Un droit de retour sans retour

Un droit de retour sans retour
(Photo : AFP)

De novembre 1947 à mai 1948, plus de 800000 Palestiniens (sur 1,4 million) sont expulsés de leurs terres par les forces armées juives. Ils sont déplacés vers la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Liban, la Jordanie, la Syrie et vers d’autres pays du monde, devenant des réfugiés. Suite à cette expulsion, l’Assemblée générale des Nations-Unies adopta la résolution 194 en décembre 1948, qui consacre juridiquement le droit au retour, droit qu’elle déclarera « inaliénable » en 1974. L’UNRWA (l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) est alors créée en 1949 pour porter assistance aux réfugiés. Elle se contente cependant d’assurer l’aide alimentaire, la scolarisation et l’encadrement médical. Ce sont seulement ces 800000 qui sont enregistrés auprès de cette agence. Aujourd’hui, 70 ans après la Nakba, leur nombre a atteint quelque 5,34 millions de réfugiés. Mais il existe aussi 1,05 million de réfugiés de 1948 qui n’ont jamais été enregistrés par l’UNRWA, ainsi que les réfugiés résultant de la vague d’expulsion de la guerre de 1967 et dont le nombre a atteint 1,1 million. Sans oublier les centaines de milliers de réfugiés qui ont subi des déplacements forcés après 1967.

La majorité des réfugiés vivent en Cisjordanie et à Gaza dans des conditions lamentables (surpeuplement, manque d’infrastructures, pauvreté, chômage, etc.). Si les réfugiés palestiniens, déplacés vers la Jordanie, ont acquis la nationalité jordanienne et disposent des mêmes droits que les Jordaniens à l’exception des quelque 100000 réfugiés venus de Gaza en 1967, ce n’en est pas le cas pour les réfugiés palestiniens au Liban. Ils sont considérés comme des étrangers, des résidents temporaires. Ils vivent dans des camps fermés et étroitement surveillés par l’armée libanaise. Nombreux sont ceux qui ont alors quitté le Liban. Sur les 463664 réfugiés enregistrés au Liban par l’UNRWA, le Bureau central des statistiques palestinien n’en dénombre plus que 174442 en 2017.

Les réfugiés palestiniens en Syrie ont plus de droits qu’au Liban, mais ils vivent de nouveau la migration forcée à cause du conflit syrien. En 2018, il ne reste plus que 438000 réfugiés palestiniens en Syrie alors que 400000 ont été déplacés.

Si l’Onu a confirmé le droit de retour plus de 110 fois depuis 1948, ce retour n’a jamais vu le jour. Dans tous les accords de paix signés, jamais la question du retour n’a été intégrée dans un plan de règlement. Elle est toujours différée à des négociations finales, c’est-à-dire à des négociations hypothétiques qui n’auront jamais lieu.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire