Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
Les dessous de la crise
  Trois principaux dossiers expliquent la crise entre le Qatar et les quatre pays arabes ayant rompu leurs relations avec l’émirat du Golfe.
Les dessous de la crise
Erdogan avec les ministres de la Défense turc et qatari. (Photo : AFP)
Samar Al-Gamal12-07-2017

L’accusation officielle adressée au Qatar est l’appui aux organisations terroristes. Ainsi, Doha est accusée d’avoir versé une rançon à des groupes chiites pour libérer des membres de sa famille royale détenus en Iraq. Vendredi, les quatre pays en litige avec le Qatar : l’Arabie saoudite, Bahreïn, l’Egypte et les Emirats arabes unis ont publié une liste de personnalités et d’organisations qui seraient liées à des activités « terroristes » soutenues par le Qatar. Les personnes et les organisations figurant sur cette liste « sont liées au Qatar et sont au service d’un programme politique suspect », indique un communiqué commun des quatre alliés. « D’un commun accord, les quatre pays ont répertorié sur cette liste 59 personnalités et 12 entités », précise le communiqué. La liste mêle des opposants bahreïnis et des groupes d’opposition contre Manama, les Frères musulmans, l’Etat Islamique (EI) et Al- Qaëda, mais aussi des associations caritatives qatari.

Les personnalités et les organisations désignées sont d’Egypte, de Bahreïn, d’Arabie saoudite, du Koweït, de Jordanie et de Libye. Il y a aussi des Qatari, des membres de la famille régnante au sein de l’émirat dont un ancien ministre de l’Intérieur. Le nom du prédicateur égyptien installé au Qatar depuis des années, Youssef Al-Qaradawi, fait partie de cette liste. Le Qatar a rejeté ces accusations « infondées ». « Cette liste renferme des noms de personnes qui n’ont aucun lien avec le Qatar, qui n’y vivent pas et qui, peut-être, ne s’y sont jamais rendus », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohamed Bin Abderrahmane Al-Thani. L’Egypte reproche surtout au Qatar d’avoir parrainé les Frères musulmans, chassés du pouvoir en 2013 en accueillant beaucoup de leurs dirigeants sur son territoire. Bahreïn accuse de même le Qatar d’avoir soutenu, avec l’Iran, les mouvements rebelles qui avaient manifesté en 2011, et d’appuyer Al-Wéfaq, le plus large parti chiite du pays. Les quatre pays exigeraient ainsi que le Qatar rompe les liens qu’il entretient, selon eux, avec le Hezbollah libanais et avec les Frères musulmans, et extrade les opposants aux régimes de ces pays. Une chaîne qui dérange Al-Jazeera, la première chaîne arabe d’information en continu, qui a eu un écho important auprès des populations arabes en donnant la parole à des voix arabes de l’opposition depuis sa création en 1996 est le deuxième sujet de discorde. Doha est sommé par ses adversaires de faire taire la chaîne qui sert de tribune pour les attaquer. Cette chaîne de télévision a longtemps été source de conflits entre le Qatar et ses voisins qui l’accusent d’adopter une ligne éditoriale partiale en soutenant notamment les islamistes comme les Frères musulmans et de fomenter les troubles dans leurs pays.

L’alignement de la ligne éditoriale d’Al-Jazeera, en particulier à travers le soutien manifeste apporté aux Frères musulmans arrivés au pouvoir en Egypte, a également souligné le problème de l’indépendance de la chaîne. Des bureaux d’Al-Jazeera ont été fermés dans plusieurs pays arabes. Selon eux, Doha se sert de la chaîne aussi pour accroître son influence. La chaîne dérangeait déjà les Américains en 2011 en diffusant des vidéos de Bin Laden. Ses studios à Bagdad avaient été la proie des missiles de l’armée américaine. Téhéran et Ankara, deux obstacles Les relations entre le Qatar et l’Iran, ennemi absolu de Riyad, sont un autre facteur principal de la crise. L’Arabie saoudite et ses alliés veulent voir Doha prendre ses distances avec Téhéran. Ils accusent le Qatar de soutenir des groupes liés à l’Iran comme le Hezbollah libanais, ce que dément Doha. Mais le Qatar et l’Iran entretiennent des relations depuis plusieurs décennies, ce qui ne plaît pas au Royaume saoudien. Leurs relations remontent à 1971 depuis la création du Qatar. Il faudra attendre les années 1990, à la fin de la deuxième guerre du Golfe, pour que le Qatar se repositionne régionalement et multiplie les relations directes avec les puissances occidentales et commence à créer ses propres réseaux, dont un partenariat très fort avec les Etats-Unis, mais aussi avec l’Iran.

Le Qatar et l’Iran partagent aujourd’hui l’immense champ gazier de South Pars-North Dome dans les eaux du Golfe, dont ils assurent ensemble la direction et la sécurité. Au milieu de cette crise, le président iranien, Hassan Rohani, a apporté son soutien à Doha. Téhéran a encore affirmé sa volonté d’approfondir ses relations avec le Qatar. « La politique de Téhéran est de développer de plus en plus ses relations avec Doha », a déclaré Hassan Rohani, dont le pays a envoyé des tonnes de fruits et de légumes au Qatar depuis la mise au ban de ce pays par ses voisins du Golfe. Mais les pays boycotteurs du Qatar veulent le voir aussi réduire ses relations avec la Turquie, qui héberge aussi des leaders des Frères musulmans, et qui se disputent le leadership de la région avec l’Arabie saoudite. Fin 2014, Ankara et Doha signaient un accord de défense afin d’approfondir leur coopération militaire. Depuis, les deux pays ont multiplié les accords bilatéraux et les positions communes. Les Printemps arabes ont, en effet, encore favorisé ce rapprochement entre les deux pays face aux pays du Golfe. Mais la création de la base militaire permanente turque au Qatar, en décembre 2015, est l’un des points de crispation dans l’actuelle crise. La veille de la crise, des exercices conjoints ont été organisés par Doha et Ankara et le parlement turc a approuvé le déploiement de troupes turques au Qatar, deux jours seulement après le début de la crise.



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