Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Vers une meilleure gestion des déchets solides
  Pour résoudre le problème chronique des ordures, l'Egypte étudie les moyens de profiter de l'expérience allemande dans le domaine de la gestion et du recyclage des déchets solides. Explications.
Vers une meilleure gestion des déchets solides
La délégation égyptienne en visite d'une usine de recyclage en Allemagne.
Nada Al-Hagrassy06-02-2019

Un comité formé des ministres de la Production militaire, du Développement local et de l’Environnement ainsi que du pré­sident de l’Organisation arabe pour l’industrialisation s’est rendu la semaine dernière à Berlin pour s’in­former des dernières technologies uti­lisées dans le domaine de la gestion et du recyclage des déchets solides. Le comité a annoncé qu’un rapport sur les résultats de la visite sera élaboré et présenté au président de la République dans les plus brefs délais en vue de déterminer le plan de coopération avec l’Allemagne. La délégation s’est rendue dans les usines de recyclage des déchets solides. Ceux-ci sont ensuite exploités dans l’industrie, l’agriculture, la production de carbu­rant et la génération d’électricité.

La délégation s’est aussi entretenue avec la ministre allemande de l’Envi­ronnement et de la Protection de la nature, Svenja Schulze, ainsi qu’avec des responsables de la société alle­mande Remonds, plus grande société de recyclage des déchets solides et de production de l’énergie propre. Elle réalise un net profit de quelque 7,3 milliards d’euros par an. Parallèlement, une délégation allemande formée d’experts des trois sociétés de recy­clage des déchets solides en Allemagne a effectué une visite en Egypte pour évaluer le système de recyclage et de collecte des ordures en vigueur en Egypte. « Nous voulons nous doter d’un système efficace et moderne de recyclage des déchets solides », a déclaré le ministre de la Production militaire, le général Mohamad Al-Assar. Il a ajouté que la délégation avait étudié notamment avec le côté allemand la coopération en matière de transfert de technologie en vue d’accroître l’efficacité des usines de recyclage.

Pour sa part, la ministre de l’Envi­ronnement, Yasmine Fouad, a indiqué que cette visite a été une occasion pour réévaluer l’ensemble du système égyptien de gestion des ordures. « En coopération avec le côté allemand, nous envisageons de développer l’en­semble du système de collecte des ordures et de recyclage », a déclaré la ministre. Et d’ajouter que le gouver­nement envisage de mettre en place une stratégie globale de gestion des déchets.

Il s’agit d’accroître l’efficacité des usines de recyclage des déchets dans les différents gouvernorats, de fournir à certaines usines de nouvelles lignes de tri et de valoriser les nouveaux équipements dotés des dernières tech­nologies. D’ailleurs, la délégation égyptienne étudie aussi le modèle allemand de partenariat entre les sec­teurs public et privé dans le domaine de la collecte des ordures.

Diagnostiquer le mal

Le ramassage des ordures coûte à l’Etat annuellement environ 10 mil­liards de L.E., alors que des tonnes de déchets solides ne sont pas exploitées. Dans les années 1990, dans une tenta­tive de remédier à ce problème, le gouvernement a eu recours aux socié­tés de propreté étrangères, mais l’ex­périence a été vouée à l’échec. Ces sociétés ont refusé de collecter les déchets organiques non recyclables et, par conséquent, non profitables pour elles. Mahmoud Attiya, membre de la commission de l’environnement et de l’énergie au parlement, estime que le système égyptien de collecte des ordures est défaillant. « L’absence d’un plan intégral pour la gestion des ordures, la négligence des municipali­tés en proie à la bureaucratie, l’ab­sence de la culture de tri, ainsi que le manque de coopération entre l’Orga­nisme de la propreté, instance offi­cielle chargée de collecte des ordures, et le secteur privé sont autant d’en­traves auxquelles est confronté le sys­tème des ordures », affirme Attiya. Selon lui, importer les technologies modernes est important, mais ne suffit pas à lui seul à remédier à ces défaillances. Appelant à revoir l’en­semble du système, Attiya trouve que les méthodes primitives de tri des déchets et les conflits d’intérêts entre les différents acteurs concernés par la question du recyclage des ordures ont tous contribué à l’échec des initiatives destinées à résoudre le problème. Selon l’Agence centrale pour la mobi­lisation publique et les statistiques (CAPMAS), 55 000 tonnes de déchets solides sont produites chaque jour en Egypte. Or, 44,8 % des ménages jet­tent leurs ordures dans la rue, contre 55,2 % qui sont récupérées par des entreprises privées et des collecteurs publics d’ordures. Des chiffres qui expliquent pourquoi les ordures s’en­tassent dans les rues, alors que les usines de recyclage ne parviennent pas à combler leurs besoins en déchets solides. Le gouvernement s’était engagé à valoriser une bonne partie de ces déchets d’ici 2020. Magdi Allam, expert en environnement, affirme que les déchets solides représentent une véritable richesse non-exploitée. Outre les aspects environnementaux, le recyclage a une grande importance pour le développement d’une écono­mie verte, et a des effets directs sur la croissance économique et la création d’emplois. « Or, les usines de recy­clage travaillent à 30 % de leur capa­cité, faute de déchets solides, ceci alors que la capitale à elle seule pro­duit 80 tonnes de déchets par jour. Mais vu que les éboueurs utilisent des méthodes primitives de tri, la qualité d’une grande partie des déchets solides devient impropre au recy­clage », explique Allam. Chérine Farrag, députée, indique, à titre d’exemple, que l’Egypte utilise plus de 2 millions de tonnes de matières premières dans l’industrie plastique, dont 80 % sont importées. « Les industriels payent donc des sommes colossales pour importer des déchets, alors qu’une meilleure gestion de ce dossier permettrait de profiter des déchets solides locaux », estime la députée. Et d’ajouter que beaucoup de gens ignorent l’importance et la renta­bilité du recyclage. « Pour encoura­ger les gens et les sensibiliser au tri des déchets dans les maisons, il faut généraliser l’expérience expérimen­tale des deux premiers kiosques d’achat des déchets solides au Caire, lancée en 2017. Cela permettra de nettoyer le pays tout en obtenant de grandes quantités de matières recy­clables », pense Farrag.

Relever le défi

Des problèmes que le gouverne­ment a décidé de résoudre avec l’ac­quisition, en mai 2018, d’équipe­ments d’une valeur de 300 millions de livres égyptiennes pour établir un nouveau système de gestion des déchets. D’ailleurs, le ministère de l’Environnement doit organiser des stages de formation destinés aux éboueurs pour leur apprendre le maniement de ces nouveaux équipe­ments. Le but est d’obtenir des déchets propres et adaptés au recy­clage tout en diminuant la perte des matières recyclables. Le gouverneur de Qalioubiya, Alaa Abdel-Halim, a annoncé que son gouvernorat va se doter d’une usine d’incinération des déchets qui devrait permettre d’ab­sorber quotidiennement 40 000 tonnes de déchets.Selon lui, les dis­cussions sont également en cours avec l’entreprise responsable de la mise en place de ce projet pour concevoir un logiciel smartphone qui permettrait une meilleure gestion des déchets dans cette région. Ce logiciel signalera la présence des déchets en ville. Les équipes respon­sables du nettoyage de la ville devront faire le reste. Des efforts qui s’inscrivent dans le cadre d’un plan ambitieux pour résoudre le problème des ordures, donner une impulsion à l’industrie du recyclage qui, au-delà de sa rentabilité économique et envi­ronnementale, a une grande impor­tance pour le développement de l’énergie verte.




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