Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
La « Vague rouge » et l’aménagement de la sécurité régionale
  L’exercice naval arabe « Vague rouge-1 » a pris fin en début de semaine. Six pays y ont participé, dont l’Egypte. Objectif : lutter contre toutes sortes de menaces maritimes.
La « Vague rouge » et l’aménagement de la sécurité régionale
Ahmad Eleiba09-01-2019

Cinq jours durant, six pays du pourtour de la mer Rouge ont participé à la « Vague rouge », un exercice inédit au large de l’Arabie saoudite. Il s’agit de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, de Djibouti, du Soudan et du Yémen. Selon le communiqué de l’armée égyptienne, l’exercice « Vague rouge » était destiné à lutter contre toutes sortes de menaces maritimes. Les unités militaires ont ainsi effec­tué des séances de tir, de contrôle et fouille de navires suspects, de sur­veillance des côtes, d’escorte et de sécurisation des navires, de débar­quement pour l’isolement de l’enne­mi, ainsi que des entraînements visant à repousser les attaques hos­tiles au moyen de la défense aérienne. « Cet exercice constitue la première action maritime conjointe visant à renforcer la sécurité maritime dans la région de la mer Rouge, l’une des plus importantes voies maritimes alimentant la majeure partie de la planète en matière économique », a déclaré le directeur de l’exercice, le général Ali bin Ahmad Al-Ghanmi.

Cet exercice intervient environ trois mois après l’annonce à Riyad de la création de « l’Organisation de la mer Rouge et du golfe d’Aden », lors d’une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de ces six pays et de la Somalie. La création de cette toute nouvelle orga­nisation s’inscrit dans une tendance de militarisation régionale et inter­vient après d’autres tentatives pour la création d’entités similaires qui n’ont pas réussi, comme « la Force arabe unie » dotée d’un projet poli­tique régional, ou « l’Alliance arabe » axée sur la guerre au Yémen, mais qui s’est finalement limitée à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, ou encore « l’Alliance islamique », également centrée sur le Yémen mais qui était plus média­tique que réelle. D’autres projets de groupement ont été proposés par des pays en dehors de la région, notam­ment les Etats-Unis, comme l’Al­liance stratégique pour le Moyen-Orient (Mesa) annoncée à Riyad en mai 2017 lors du Sommet islamo-américain et qui devait se concrétiser en 2018.

La « Vague rouge » et l’aménagement de la sécurité régionale

Au Caire, les sources officielles ont commenté avec réserve cette nouvelle « Organisation de la mer Rouge », tout en prenant soin d’évi­ter tout amalgame avec l’exercice naval qui vient de se terminer et où l’Egypte était représentée par son chef d’état-major et son comman­dant des forces navales. En fait, Le Caire n’a jamais montré d’enthou­siasme pour les projets de coalitions régionales, préférant toujours mettre en avant ses propres considérations sécuritaires. Ainsi, l’Egypte ne s’est pas militairement impliquée au Yémen, bien qu’elle soit membre de la coalition anti-Houthis. De même, en Syrie, le rôle égyptien s’est limité à la création, avec la Russie et les puissances régionales, des quatre « zones de désescalade » pour per­mettre une diminution des violences. Quant à la Libye, l’implication directe de l’armée égyptienne dans ce conflit intervient dans le cadre de l’autodéfense.

Pas de portée politique

Avant cet exercice militaire, le pre­mier auquel participe l’Egypte en 2019, l’Egypte avait accueilli en novembre 2018 des exercices mili­taires conjoints avec plusieurs pays du Golfe et la Jordanie, intitulés « Bouclier des Arabes ». Mais là aussi, les Egyptiens ont évité l’appel­lation aux connotations équivoques de l’« Otan arabe » véhiculée par les médias. Visiblement, l’Egypte n’a pas de problème à accueillir ou à participer à des exercices militaires régionaux, pourvu que ceux-ci n’aient aucune portée politique qui dépasse l’objectif principal, à savoir le maintien de la sécurité régionale, ou qui l’entraîne dans des alliances qui ne correspondent pas à ses inté­rêts. « La nouvelle organisation a pour objectif de protéger le com­merce mondial et la navigation inter­nationale dans le golfe d’Aden, tout en contribuant au renforcement de l’investissement et du développement dans les pays situés autour de la mer Rouge », avait déclaré l'ex-ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Joubeir, à l’annonce de la création de « l’Organisation de la mer Rouge et du golfe d’Aden ». Or, plusieurs rapports émanant du Golfe ont indiqué que le vrai objectif de ladite organisation était de faire face aux tentatives iraniennes d’avoir accès à la mer Rouge à travers les Houthis, qui ont déjà visé deux navires, l’un saoudien et l’autre émi­rati, au large du Yémen.

Le Caire ne voit pas les choses du même oeil. Le danger pour lui c’est plutôt la Turquie qui essaye d’avoir un pied au Soudan après s’être assu­rée une présence en Somalie. Les sources égyptiennes interviewées ont soulevé d’autres préoccupa­tions relatives à cette « organisa­tion », notamment l’éventualité d’y inclure Israël qui, bien qu’il ne dis­pose que de quelques kilomètres de littoraux sur la mer Rouge, est un acteur incontournable en matière de sécurité régionale. Outre les candi­datures potentielles qui peuvent miner cette organisation, les « grands absents » n’en suscitent pas moins d’interrogations. « L’Erythrée ne fait pas partie de cette organisation, elle n’a pas non plus participé à l’exercice militaire, alors que c’est l’un des plus impor­tants pays côtiers de la mer Rouge et alors que l’Arabie saoudite était le principal médiateur ayant permis la fin des hostilités entre ce pays et l’Ethiopie », note une source égyp­tienne. Un autre point d’interroga­tion concerne la position des Etats-Unis par rapport à cette organisa­tion. Celle-ci fait-elle partie des dispositions sécuritaires améri­caines dans cette région où les Etats-Unis disposent de bases mili­taires et d’importants intérêts com­merciaux et pétroliers ?




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