Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
Relever le défi de la biodiversité
  La 14e réunion de la Convention sur la diversité biologique (COP 14) se tient à Charm Al-Cheikh, du 13 au 29 novembre, avec la participation de 196 pays. L’Egypte est le premier pays d’Afrique à l’accueillir depuis 2000. Compte rendu.
Relever le défi de la biodiversité
May Al-Maghrabi21-11-2018

Samedi 17 novembre, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a inauguré la 14e Conférence des Parties à la Convention des Nations-Unies sur la diversité biologique (COP 14), dont les travaux ont démarré le 13 novembre à Charm Al- Cheikh, avec la participation de plusieurs ministres, responsables gouvernementaux, experts environnementaux et représentants de la société civile, venus de 196 pays.

L’Egypte est le premier pays d’Afrique, depuis 2000, à accueillir cette conférence internationale dont elle assume la présidence jusqu’en 2020. Dans son allocution, le président Sissi a indiqué que la conférence est « une opportunité pour renforcer la coopération entre les peuples du monde et les sensibiliser à l’importance de protéger la biodiversité et les ressources naturelles qui affrontent des défis majeurs ». « L’Egypte accorde un grand intérêt à cette cause et sa Constitution garantit la préservation de la biodiversité », a déclaré le chef de l’Etat. Et d’ajouter : « Cette conférence reflète la vision collective des pays du monde sur la nécessité d’intégrer la diversité biologique dans les activités humaines de façon à conserver les ressources naturelles et réaliser le développement durable ».

La COP 14 se tient cette année sous le thème : « Investir dans la biodiversité pour la santé et le bien-être de l’homme et pour la protection de la planète ». Alors que les rapports alarmants sur l’état de la biodiversité dans le monde se multiplient, la conférence vise à accélérer les efforts pour protéger les écosystèmes dans le monde.

Pour rappel, la Convention des Nations-Unies sur la diversité biologique (CDB) est un traité multilatéral réunissant 196 pays à travers le monde. Elle a été ouverte à la signature lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, le 5 juin 1992, et est entrée en vigueur le 29 décembre 1993. La CDB a trois principaux objectifs : la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable de la diversité biologique et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques.

Un agenda chargé

Cette année, la COP 14 se penche sur les problèmes ayant trait à la préservation de la biodiversité et la protection des ressources naturelles. Plusieurs axes sont à l’ordre du jour de la conférence, notamment les règles requises pour la protection de la biodiversité, les critères mondiaux en matière d’extraction minière et pétrolière souterraine et maritime, la surexploitation des ressources naturelles et l’utilisation des plantes médicinales. La biodiversité et les changements climatiques, la biologie synthétique, les espèces exotiques envahissantes et les zones protégées sont d’autres thèmes abordés par la conférence.

Ainsi, pour atteindre les objectifs de l’accord sur la biodiversité, dont les coûts sont exorbitants, la conférence étudie la possibilité de créer des partenariats public-privé avec la société civile et les centres de recherche, afin de préserver les ressources naturelles de la planète.

En marge de la conférence, l’Egypte a présidé un sommet ministériel africain sur les défis de la biodiversité en Afrique. Les participants ont convenu que les défis énergétiques, actuels et futurs, des pays africains ne peuvent être relevés que dans un cadre de coopération élargie et mutuellement bénéfique. Les travaux du sommet se sont soldés par l’adoption d’une déclaration ministérielle sur la biodiversité et d’un plan d’action continental déterminant les priorités de la biodiversité en Afrique.

Protéger la nature

Des Séminaires ministériels de haut niveau (HLS) se sont tenus, les 14 et 15 novembre, sur les mécanismes d’intégration de la biodiversité aux secteurs de l’énergie et l’exploitation minière, de l’infrastructure et de l’industrie manufacturière. Le premier ministre, Moustapha Madbouli, la ministre de la Santé et celle de la Planification y ont pris part. Lors de son discours, mercredi, le premier ministre a affirmé que l’organisation par l’Egypte de cet événement reflète son engagement en faveur de l’accord sur la biodiversité qu’elle a signé en 1992. Il a passé en revue les efforts de l’Egypte en matière de conservation de la diversité biologique et de développement durable. « Plusieurs législations ont été promulguées pour la protection de la biodiversité et des ressources naturelles », a indiqué Madbouli, notant qu’aujourd’hui, l’Egypte compte plus de 30 réserves naturelles, ce qui représente 15 % de la superficie du pays. Le premier ministre a souligné l’importance d’intégrer la biodiversité à maints secteurs, dont l’énergie, l’industrie et la santé en vue d’offrir une meilleure qualité de vie aux populations et leur garantir la sécurité alimentaire et environnementale. Tarek El- Molla, ministre du Pétrole et de la Richesse minière, a participé, jeudi, au séminaire sur l’intégration de la diversité biologique dans le secteur de l’énergie et de la métallurgie.

« Seul le respect des critères internationaux sur la diversité biologique garantit la préservation de l’écosystème mondial. Une responsabilité qui incombe à tous les pays du monde, sans exception », a estimé El-Molla. Dans le domaine de la Santé, Hala Zayed, ministre de la Santé, a mis en garde contre les déséquilibres dans les écosystèmes qui peuvent influencer directement et indirectement la santé. Zayed s’est référée à un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), faisant état de la propagation de maladies dans un nombre de pays, directement ou indirectement liées à la biodiversité et résultant de la gestion maladroite de l’environnement.

Selon l’expert environnemental Magdi Allam, l’organisation par l’Egypte de cet événement montre son poids au niveau régional, africain et international. Elle lui permet d’avoir un plus grand impact sur les décisions du COP 14 en les rendant plus compatibles avec ses intérêts et ses orientations.

« Avec sa situation géographique unique à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie, l’Egypte offre une grande variété d’écosystèmes terrestres et aquatiques. Cette biodiversité est placée au service de l’économie, d’où l’intérêt accordé par l’Egypte à cette question déterminante pour le sort de la planète, mais aussi pour la sécurité hydraulique et alimentaire », affirme Allam. Des objectifs nécessitant, selon lui, une coopération internationale et un plan d’urgence pour relever le défi de la biodiversité. Il ajoute que selon une récente étude, il reste seulement 13 % des eaux de la planète qui sont libres d’activités humaines majeures, sans pêche, ni activités industrielles, ni pollution, ni transport maritime.

« Une situation alarmante et l’Egypte est consciente de ses répercussions », note-t-il. L’Egypte prépare une stratégie nationale pour la conservation de la diversité biologique. Au cours des prochains jours, les Parties à la Convention, réunies à Charm Al-Cheikh, devront examiner l’élaboration du prochain Plan stratégique mondial pour la biodiversité qui sera lancé en 2020 à Pékin. Ce sommet sera l’équivalent pour la biodiversité de la Conférence des Parties sur le climat à Paris en 2015.

Il devrait déboucher sur un accord mondial pour la protection de la nature. La 3e réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que réunion des Parties au Protocole de Nagoya sur l’accès et le partage des avantages (COPMOP3) se tiendra également la semaine prochaine. Une initiative pour la fusion des trois conventions internationales relatives à l’environnement sera lancée à cette occasion, en l’occurrence, celles sur la biodiversité, les changements climatiques et la désertification. A suivre.




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