Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Pommes de terre : Les causes de la flambée des prix
  Le gouvernement a pris des mesures pour contenir la flambée des prix des pommes de terre, considérées comme une denrée stratégique. La crise est due notamment aux pratiques monopolistiques de certains commerçants et à l›augmentation des coûts de production.
	Pommes de terre
May Atta07-11-2018

Pour la première fois, les Egyptiens peinent à faire le plein de pommes de terre, dont le prix est subitement passé de 5 à 15 L.E. le kilo. Or, il s’agit d’une denrée stratégique, qui vient après le blé et le riz, et l’un des légumes les plus consommés d’Egypte, vu son prix abordable. D’où le choc qu’a causé la flambée des prix, surtout pour les classes pauvres et moyennes.

L’Egypte cultive 5 millions de tonnes de pommes de terre par an, dont seulement 4 millions sont consommés, le reste étant exporté. Les paysans les cultivent 2 fois par an. Le gouvernement est dès lors intervenu pour identifier les raisons de cette hausse de prix subite et prendre les mesures nécessaires. Selon les déclarations officielles du ministère de l’Agriculture, les pratiques monopolistiques des commerçants, qui ont stocké des milliers de tonnes de pommes de terre pour créer une pénurie sur le marché et ensuite augmenter les prix, sont la cause de cette flambée des prix. C’est pourquoi l’Organisme de protection de la concurrence, en coopération avec le ministère de l’Intérieur, est intervenu au niveau des dépôts de stockage des pommes de terre : d’énormes quantités ont été saisies. Amir Nabil, directeur de l’organisme de la protection de la concurrence, indique que ces mesures ont été prises dans le cadre des lois sur la lutte contre les monopoles, qui donnent le droit à l’Organisme de mener des inspections au cas où une plainte serait déposée. Elles sont en outre fondées sur la résolution ministérielle 669 de 1991, qui interdit le stockage des pommes de terre.

Pour sa part, le ministre de l’Agriculture, Ezzeddine Abou-Steit, a averti les commerçants qu’ils ont jusqu’au 1er décembre pour mettre leurs stocks de pommes de terre sur le marché. En parallèle à ces mesures, les coopératives vendent les pommes de terre à 9 L.E. le kilo, alors que les points de vente dépendant du ministère de l’Intérieur les vendent à 6 L.E., même s’il faut faire la queue pour faire ses achats.

S’attaquer aux racines du mal

Toutefois, d’aucuns pensent que les pratiques monopolistiques des commerçants ne sont pas la seule raison derrière la hausse importante du prix des pommes de terre. Mohamad Farag, membre de l’Association égyptienne des producteurs de pommes de terre, estime que la flambée de cette année est due à la réduction des superficies prévues pour la culture des pommes de terre. « En décembre 2017, les semences importées étaient très chères, ce qui a entraîné une perte d’environ 50 % des bénéfices des paysans dans la récolte de mai 2018. Les paysans ont dépensé en 2018 environ 20 000 L.E. par culture et par feddan, mais n’ont pu vendre leur récolte qu’à 22 500 L.E. Cette année, le prix de vente de la tonne de pommes de terre, pour les paysans, est de 1 500 L.E. et la production est d’environ 15 tonnes par feddan. Vu cette hausse des coûts, la culture de pommes de terre n’est plus rentable. Cela a fait que de nombreux paysans ont refusé de les cultiver au cours de la deuxième saison, ce qui a entraîné une diminution de la récolte de 40 à 50 % par rapport à l’année dernière », affirme Farag.

Farag reconnaît que les commerçants avaient commencé à accumuler des pommes de terre, afin de décupler leurs bénéfices dans le but de contrebalancer la diminution des quantités cultivées. C’est dans ce contexte qu’il estime que les mesures prises par le gouvernement ont permis de contenir provisoirement la crise, qui ne pourra néanmoins pas être réglée complètement sans s’attaquer à ses véritables causes.

Le fait que le gouvernement s'est retiré de ce marché est un autre facteur qui a favorisé les pratiques monopolistiques de certains commerçants. C’est ce qu’estime Raef Temraz, vice-président de la commission de l’agriculture au parlement. « Les grands commerçants sont derrière cette crise. C’est eux qui vendent les semences aux paysans, achètent la récolte et la distribuent sur le marché ou l’exportent. Et ce, alors que le gouvernement ne joue aucun rôle dans ce processus ; c’était donc normal qu’ils s’emparentdu marché », explique Temraz. Selon lui, le gouvernement doit encourager le rôle des coopératives agricoles comme auparavant et renforcer son contrôle sur les marchés.

Magdi Sobhi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique que la loi actuellesur les coopératives n’aide pas les paysans. « Les coopératives, aujourd’hui, ne peuvent ni importer ou exporter des produits agricoles directement, ni créer des fonds pour financer leurs outils de production. En outre, la plupart des coopératives disposent de structures institutionnelles faibles, parce qu’elles sont mal gérées. Le gouvernement doit encourager les coopératives agricoles et amender la loi pour leur donner la liberté de travailler au lieu de donner la chance aux commerçants de monopoliser le marché », explique-t-il. Et d’ajouter : « Pour s’attaquer aux racines du mal, il faut modifier la loi sur les coopératives, d’autant plus que l’article 37 de la Constitution encourage la formation de coopératives ».




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