Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Les coptes pris pour cible
  Revendiquée par Daech, l'attaque terroriste contre un bus transportant des fidèles coptes à Minya a fait 7 morts. Le ministère de l'Intérieur a annoncé la liquidation de 19 terroristes impliqués dans l'attaque.
Les coptes pris pour cible
Une foule immense a participé, samedi, aux obèsques des victimes de l'attentat de Minya.
May Al-Maghrabi07-11-2018

Le ministère de l’Intérieur a annoncé dimanche la liquidation de 19 éléments terroristes liés à l’attentat anti-copte qui a fait sept morts vendredi à Minya. « Les investigations ont prouvé que des éléments terroristes se cachaient dans une région désertique au sud de Minya. Les forces de sécurité ont pris d’assaut cette région dimanche. Les terroristes ont commencé par ouvrir le feu sur les forces de sécurité qui ont répliqué, tuant 19 terroristes », a détaillé le communiqué du ministère de l’Intérieur. Il a ajouté que des armes automatiques, des munitions et des documents sur les préparatifs de nouvelles attaques ont été saisis sur les lieux.

Tout avait commencé vendredi près du monastère d’Al-Anba Samuel à Minya, lorsqu’un bus transportant des fidèles coptes est attaqué par des hommes armés. Bilan : 7 morts, dont 6 de la même famille, et 7 blessés. Les fidèles coptes venaient d’effectuer un pèlerinage au monastère d’Al-Anba Samuel, dans la province de Minya, à 200 km au sud du Caire. « Le bus transportant les coptes a été visé par des tirs, alors qu’il revenait du monastère d’Al-Anba Samuel », précise le Parquet général, annonçant l’ouverture d’une enquête et l’envoi d’une équipe sur place. Les ministres de la Santé et de la Solidarité sociale se sont rendus à Minya pour suivre les soins présentés aux blessés et l’aide fournie aux familles des victimes. Samedi, la ministre de la Solidarité sociale a décidé de fournir une indemnisation de 100 000 L.E. à la famille de chaque martyr et une pension mensuelle de 1 500 L.E., alors que l’indemnisation fournie aux blessés est de 50 000 L.E.

L’attentat a été revendiqué par le groupe terroriste Daech. L’attaque a eu lieu quasiment au même endroit et dans les mêmes circonstances que celle qui s’était produite en mai 2017, toujours à Minya, et qui avait fait 28 morts parmi les pèlerins coptes. La branche égyptienne de Daech, qui opère au nord de la péninsule du Sinaï, a pris pour cible à maintes reprises des citoyens coptes au cours des deux dernières années. En décembre 2016, un attentat suicide, revendiqué par Daech, contre une église du Caire, contiguë à la cathédrale Saint-Marc, siège du pape de l’Eglise copte orthodoxe Tawadros II, avait fait 29 morts. En avril 2017, deux autres attentats de Daech, perpétrés par des kamikazes contre deux églises à Tanta et à Alexandrie, avaient fait 45 morts. Sous la menace des extrémistes, des dizaines de familles coptes ont fui en février la région d’Al-Arich au Nord-Sinaï.

La bataille se poursuit

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a condamné l’attentat et réaffirmé sa détermination à combattre le terrorisme. « Avec une profonde tristesse, je présente toutes mes condoléances aux familles des martyrs qui sont tombés aujourd’hui entre les mains des traîtres, a écrit le président Sissi sur son compte Twitter. Je souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Je confirme notre détermination à combattre le terrorisme noir et à pourchasser ses auteurs », a-t-il ajouté. En déplacement à Charm Al-Cheikh, en mer Rouge, où il a participé au Forum mondial de jeunesse, le chef de l’Etat a demandé à l’assistance d’observer une minute de silence en hommage aux victimes. Le pape Tawadros II, patriarche de l’Eglise copte orthodoxe, a pour sa part souligné que les attaques terroristes ne ciblent pas uniquement la communauté copte, mais la société égyptienne dans son ensemble. « Ces événements ne feront que consolider notre unité », a dit le pape Tawadros II, réaffirmant le soutien de l’Eglise aux efforts de lutte antiterroriste.

Le terrorisme acculé

L’attentat survient, alors que l’opération antiterroriste globale Sinaï 2018, lancée en février 2018 par l’armée, se poursuit et réalise de grandes avancées. Selon le dernier bilan de l’armée, publié cette semaine, 450 terroristes ont été tués depuis le début de l’opération et des dizaines de dépôts d’armes ont été détruits. Ce n’est pas par hasard non plus que cette attaque soit survenue au moment où les regards du monde étaient braqués sur la station balnéaire de Charm Al-Cheikh où se tenait le Forum mondial de la jeunesse. C’est ce que constate Ahmed Ban, spécialiste des mouvements islamistes. Selon lui, le timing de l’attentat, à un jour du début du Forum mondial de la jeunesse, vise à embarrasser l’Etat et à discréditer ses efforts dans la lutte antiterroriste. « A chaque fois que l’Egypte franchit un pas sur la voie du développement, les terroristes tentent de saper les acquis réalisés », affirme Ban. Selon lui, via ce récent attentat, les terroristes cherchent à montrer qu’ils existent encore après les coups durs que l’armée leur a infligés au Nord-Sinaï. « Cet attentat est un acte de représailles après la réussite de l’opération militaire Sinaï 2018 qui a considérablement affecté les capacités de Daech en matière d’armement, de financement et de recrutement. Notons que cet attentat limité a été commis dans une zone désertique retirée. Et ce, alors qu’il y a deux ans, le groupe terroriste Daech visait des points stratégiques comme les postes de sécurité dans le Sinaï, les églises au cœur des villes, etc. avec des armes lourdes et des tactiques quasi guerrières », décrypte Ban.

Mais pourquoi les coptes sont-ils récemment devenus une cible privilégiée des terroristes de Daech ? Atef Al-Saadaoui, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique que les minorités ethniques ou religieuses sont toujours des cibles vulnérables pour les groupes terroristes qui cherchent à déstabiliser un pays. « En visant les coptes, les terroristes veulent donner du fil à retordre à l’Etat égyptien qui est en pleine réforme économique et politique. En ciblant les coptes, ils veulent faire passer le message que l’Etat égyptien est impuissant et incapable de protéger les minorités et que la guerre contre le terrorisme n’a pas réussi. Des tentatives désespérées qui se heurtent à la vigilance sécuritaire et à l’unité des Egyptiens », conclut Al-Saadaoui.




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