Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Gouverneurs : Du sang neuf pour reprendre de l’élan
  22 nouveaux gouverneurs, dont pour la première fois une femme copte, viennent d’être nommés dans le cadre d’un des plus grands remaniements qu’a connus l’Egypte. Un changement jugé nécessaire pour remédier aux problèmes accumulés dans les différents gouvernorats.
Gouverneurs : Du sang neuf pour reprendre de l’élan
Le mouvement annoncé est le plus important avec 22 nouveaux gouverneurs sur 27.
May Atta05-09-2018

Les nouveaux gouverneurs et les vice-gouverneurs ont prêté serment jeudi 30 août devant le président de la République. Selon le porteparole présidentiel, Bassam Radi, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a donné ses directives aux gouverneurs de déployer tous leurs efforts pour améliorer le niveau de vie des gens, et surtout attirer des investissements dans leurs gouvernorats, afin de diminuer le taux de chômage.

Le mouvement annoncé est le plus important avec 22 nouveaux gouverneurs sur 27. La nomination de plusieurs femmes, de coptes et de jeunes aux postes de gouverneurs et de vice-gouverneurs a caractérisé ce dernier remaniement. Cinq femmes ont, en effet, été nommées aux postes des vice-gouverneurs. Pour la première fois, une femme copte, Manal Awad Mikhaïl, a été nommée gouverneure, à Damiette (nord).

Elle n’est pas la première femme, mais la première copte à occuper ce poste. Un geste salué par les féministes, les ONG et les forces politiques. 17 généraux parmi les 22 nouveaux gouverneurs sont d’anciens généraux de l’armée et de la police nommés, notamment, dans les provinces-clés du pays, comme le Nord-Sinaï, la Haute-Egypte et les zones frontalières.

Ce vaste remaniement va de pair avec la nécessité d’accélérer le rythme de la réforme, comme l’explique Hassan Salama, professeur à la faculté de sciences politiques et économiques à l’Université du Caire. « En cette période, le pays a besoin de nouvelles figures ayant de nouvelles idées pour réaliser la stratégie du développement durable de l’Egypte, intitulée la vision de l’Egypte 2030 », note Salama.

Quant à la composition, Akram Al-Alfi, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, salue des évolutions positives au niveau des critères du choix des gouverneurs. « La première femme gouverneure de l’histoire de l’Egypte a été nommée en 2017 à la province de Béheira. Aujourd’hui, on a une première femme copte et des jeunes moins de 30 ans vice-gouverneurs », salue Al-Alfi.

Toutefois, selon lui, le remaniement devrait plutôt inclure des civils, économistes, ingénieurs et des experts dans le domaine de la planification et de développement. « Les technocrates sont plus qualifiés pour la mise en place des nouveaux plans de travail aptes à diminuer le taux de pauvreté, le taux de chômage, augmenter les investissements et fournir les services nécessaires », explique l’expert.

Or, pour Ahmad Al-Séguini, chef de la commission des municipalités au parlement, le choix des gouverneurs parmi les rangs des civils ou des militaires dépend de la nature et des besoins de chaque gouvernorat. « Il est logique que dans des gouvernorats sensibles ou stratégiques, où sévit une menace terroriste, le choix soit porté sur des généraux de l’armée ou de la police », trouve Al-Séguini. Il ajoute que le choix d’une majorité des jeunes aux postes des vicegouverneurs en ce remaniement vient équilibrer la composition.

Gouverneurs : Du sang neuf pour reprendre de l’élan
Manal Awad Mikhaïl.

« Cela permet aux jeunes d’acquérir l’expérience nécessaire sans risquer d’attribuer la responsabilité lourde de poste de gouverneur à des jeunes qui n’ont pas encore la compétence nécessaire », souligne Al-Séguini.

Défis de taille

Au-delà de cette question, le véritable problème réside, selon Al-Alfi, au système de gouvernance actuelle basée sur la centralisation. « Le manque de budget, la bureaucratie et la centralisation administrative sont des entraves accablant les gouverneurs à l’exercice de leur rôle.

Le gouverneur doit avoir plus de flexibilité administrative et financière lui permettant de définir les priorités de travail dans son gouvernorat et de répartir le budget sans se référer au ministre de l’Administration locale », estime Al- Alfi. Il indique que l’article 176 de la Constitution de 2014 stipule que l’Etat soutient la décentralisation administrative, financière et économique au cours de 5 ans de l’approbation de la Constitution.

Et ceci par le biais d’une loi définissant des dispositions qui permettent aux unités administratives de se doter d’équipements, de les développer et d’en faire une bonne gestion. Pour le moment, aucune mesure concrète n’a été prise dans ce sens. Dans l’attente de la promulgation de la nouvelle loi sur les municipalités, les nouveaux gouverneurs devront donc gérer comme ils peuvent les multiples difficultés.




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