Semaine du 18 au 24 juillet 2018 - Numéro 1234
La révolution qui a tout changé
  Dans un discours prononcé à l’occasion du 5e anniversaire de la révolution du 30 juin, le président Abdel-Fattah Al-Sissi est longuement revenu sur les acquis de cet événement qui a changé le visage de l’Egypte.
La révolution qui a tout changé
« Les Egyptiens doivent être fiers des réalisations accomplies », a déclaré le président Sissi.
Chaïmaa Abdel-Hamid04-07-2018

A l’occasion du 5e anniversaire de la révolution du 30 juin 2013, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a lancé un discours télévisé à la nation. « Le 30 juin est une date exceptionnelle dans l’histoire de l’Egypte. Les Egyptiens doivent être fiers des réalisations accomplies », a déclaré le président. Le 30 juin 2013, des millions d’Egyptiens, des femmes, des hommes, des vieillards et des jeunes sont descendus dans les rues pour appeler au départ du régime islamiste des Frères musulmans (voir photo légende).

Lors de son discours, le président a déclaré que les réformes engagées après son entrée en fonction en 2014 avaient « placé l’Egypte sur la bonne voie ». « Aujourd’hui, le peuple est fier de ce que l’Egypte a accompli au niveau de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et de l’économie », a déclaré le président.

Abdel-Fattah Al-Sissi a consacré la plus grande partie de son discours à la réforme économique. Il a reconnu que les réformes économiques engagées après la révolution du 30 juin étaient difficiles, mais il a affirmé que celles-ci étaient « impératives et nécessaires » et qu’elles auraient dû être appliquées depuis longtemps. « Le chemin de la vraie réforme est difficile et cause beaucoup de souffrances. Mais il ne fait aucun doute que la souffrance qui résulte de l’absence de réforme est pire », a déclaré le président. Il a souligné que « tous les indices montrent que nous sommes sur la bonne voie : les réserves en devises étrangères sont passées de 15 à 44 milliards de dollars, le plus haut niveau jamais atteint dans l’histoire de l’Egypte ». Et d’ajouter : « Le taux de croissance économique est passé en l’espace de cinq ans de 2 à 5,4 %. Nous tenons à maintenir cette croissance accélérée pour arriver, au cours des quelques prochaines années, à 7 % ou plus ».

Le président est revenu sur les méga-projets lancés ces dernières années, qui ont créé des emplois. « Le programme de réforme économique est susceptible de modifier complètement le niveau de vie en Egypte et de permettre un élan économique rapide qui concrétise les aspirations de notre chère patrie », a-t-il ajouté.

Des mesures économiques courageuses ont été prises afin de redresser l’économie, comme la réduction des subventions, l’imposition de taxes et le flottement de la monnaie nationale. L’Egypte a obtenu du Fonds monétaire international un prêt de 12 milliards de dollars sur trois ans pour soutenir le redressement économique.

Outre l’économie, le président est revenu sur les efforts de l’Egypte dans la lutte antiterroriste. Il a salué les efforts des forces de sécurité pour endiguer le terrorisme qui a explosé depuis la chute de l’ancien président Mohamad Morsi en 2013. En février dernier, l’Egypte a lancé une vaste campagne antiterroriste baptisée Sinaï 2018, principalement dans le Sinaï, mais aussi dans certaines parties du Delta du Nil et dans le Désert occidental.

Le président a déclaré que l’insécurité, l’instabilité politique, le terrorisme et l’effondrement de l’économie résultaient des turbulences que l’Egypte et la région ont connues depuis 2011. « Chaque Egyptien doit être fier de ce que l’Egypte a accompli pour faire face à ces trois défis, et nous avons presque réalisé des miracles », a souligné le président Sissi. « Nous avons réussi à endiguer le terrorisme malgré le soutien extérieur considérable », a-t-il ajouté.

Plusieurs acquis

Pour les analystes, la révolution du 30 juin et l’intervention de l’armée au côté du peuple révolté ont totalement changé le destin de l’Egypte. C’est ce qu’affirme le politologue Ayman Abdel-Wahab, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, cette révolution populaire a permis de « préserver le caractère civil de l’Etat égyptien ». Il explique que l’Egypte s’est éloignée du spectre de l’Etat théocratique religieux et a conservé le statut qui a toujours été le sien, celui d’un Etat civil basé sur la citoyenneté et l’égalité des droits, loin de tout sectarisme religieux et loin de toute discrimination basée sur le sexe ou la religion. « La révolution du 30 juin a sauvé l’Egypte du fascisme religieux des Frères musulmans. Ces derniers voulaient effacer l’identité de l’Egypte et redessiner la région sur des bases religieuses », précise Abdel-Wahab. Un avis que partage l’expert sécuritaire Khaled Okacha, qui souligne que la révolution du 30 juin a sauvé le pays d’un avenir sombre.

La révolution du 30 juin a aidé l’Etat égyptien à retrouver son identité civile. Elle a permis également à l’Egypte de construire ses institutions. L’Egypte s’est dotée notamment d’une nouvelle Constitution. Adoptée le 15 janvier 2015 suite à un référendum, cette Constitution entérine le principe de la citoyenneté et accorde par ailleurs à la femme des droits bien plus larges que ceux de la précédente Constitution votée sous le régime des Frères, explique Ayman Abdel-Wahab. Pour lui, « la nouvelle Constitution de 2015 a redonné à la femme, aux chrétiens et aux jeunes, leur statut perdu sous le régime des Frères musulmans qui voulait les marginaliser ».

De même, selon le spécialiste, avec la révolution du 30 juin, l’Egypte a réussi à se replacer sur la scène internationale. Les relations internationales de l’Egypte s’étaient détériorées d’une manière remarquable sous le régime des Frères musulmans. « Le chemin est encore long, et les défis sont grands, mais ce qui est sûr c’est que la révolution du 30 juin a réussi à changer le visage de l’Egypte », conclut Abdel-Wahab.

Le 30 juin, une date mémorable

Le 30 juin 2013, des millions d’Egyptiens sont descendus dans les rues pour corriger la trajectoire de la révolution du 25 janvier 2011, et mettre fin au régime des Frères musulmans. A Tahrir, à Ittihadiya et partout ailleurs, quelque 17 millions d’Egyptiens se sont mobilisés ; hommes, femmes, jeunes et enfants, brandissant leurs drapeaux et levant des pancartes appelant au départ de Mohamad Morsi et de son régime qui ont « volé la révolution du 25 janvier ». La confrérie était venue au pouvoir avec un projet politique visant à « frériser » l’Egypte et à la transformer à terme en Etat islamiste et théocratique.

Dès leur arrivée au pouvoir, les Frères ont pris plusieurs décisions qui ont suscité la colère des Egyptiens. La déclaration constitutionnelle du 22 novembre 2012, le décret du 8 décembre sur les pouvoirs présidentiels et le référendum des 15 et 22 décembre, favorable à une Constitution islamiste, alimentent la méfiance de ceux qui s’inquiètent de l’influence grandissante des Frères musulmans. Une situation économique difficile a contribué également à la grogne populaire. Le mouvement populaire Tamarrod (rébellion en arabe) appelle à une pétition sur une élection présidentielle anticipée.

Le 3 juillet, les forces armées annoncent la destitution du président frériste. Adli Mansour, président de la Cour suprême constitutionnelle, assume la présidence par intérim, alors que l’ex-directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamad Al-Baradei, devient vice-président et que l’économiste Hazem Al-Beblawi est nommé premier ministre. Depuis la chute du régime des Frères musulmans, l’Egypte fait face à une vague terroriste sans précédent, notamment dans le Nord-Sinaï où l’armée égyptienne mène une guerre farouche contre ce fléau.




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