Semaine du 11 au 17 juillet 2018 - Numéro 1233
Un conseil pour contrer l’extrémisme
  Un Conseil suprême de lutte contre le terrorisme sera prochainement créé. Il aura pour mission d’élaborer une stratégie visant à faire face à ce fléau.
Un conseil pour contrer l’extrémisme
Le parlement a unanimement approuvé la création du conseil suprême de lutte contre le terrorisme.
Nada Al-Hagrassi09-05-2018

Les mesures sont en cours pour former le Conseil suprême de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, et ce, en vertu d’une nouvelle loi récemment approuvée par le parlement et ratifiée par le chef de l’Etat. En vertu de la loi en question, le nouveau conseil aura pour mission d’élaborer et de mettre en place une stratégie globale pour la lutte contre le terrorisme, et cela en coordination avec toutes les instances concernées. « L’objectif est de juguler le terrorisme et de traiter ses conséquences aux niveaux sécuritaire, idéologique, politique et social », indique la nouvelle loi.

Le conseil regroupera des représentants de plusieurs ministères, instances sécuritaires, religieuses et éducatives ainsi que des personnalités publiques. Il devra se réunir tous les deux mois et sera dirigé par le président de la République en personne, et c’est le président du parlement qui le remplacera en son absence. Le conseil sera financièrement et administrativement indépendant. Il rédigera un rapport trimestriel au président de la République. Il sera composé du premier ministre, du président du parlement, des ministres de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, de l’Education et de l’Enseignement supérieur, des Waqfs, de la Solidarité sociale, des Télécommunications et de la Jeunesse. Il regroupe de même le chef des services de renseignements, le président de l’Organisme de contrôle administratif, le grand imam d’Al-Azhar, le pape de l’Eglise orthodoxe ainsi qu’un certain nombre de personnalités publiques et des experts en matière de sécurité.

Khaled Okacha, directeur du Centre national des études sécuritaires, affirme que cette composition très « variée » servira le but de la création du conseil, à savoir élaborer une stratégie globale antiterroriste. « La présence de ces instances sécuritaires, politiques, religieuses, culturelles en une seule entité appuie le rôle du conseil. Il permettra d’effectuer des études approfondies sur les raisons de la prolifération du terrorisme et les moyens d’y faire face. C’est ainsi que le mal pourra être traité à la racine », affirme Okacha. Il ajoute que cela permettra une meilleure coordination et un échange d’informations et de points de vue permettant de trouver une stratégie globale basée sur des informations exactes et des recherches approfondies. Il souligne en outre que les décisions de ce conseil seront contraignantes pour toutes les parties.

Couper la tête de la vipère

Comment fonctionnera le nouveau conseil? Des comités spécialisés seront formés au sein du conseil. Un comité judiciaire sera chargé d’élaborer les législations antiterroristes et d’amender le code de procédures pénales. Objectif: durcir les peines et accélérer les procédures pénales dans les procès ayant trait au terrorisme. Un comité religieux sera chargé de mettre en place une stratégie pour renouveler le discours religieux et combattre le fanatisme. Un troisième comité regroupera des experts sécuritaires et se chargera d’élaborer les stratégies de lutte antiterroriste et de coordonner entre les différentes instances sécuritaires, surtout en matière de collecte d’informations sur les groupes terroristes.

Le conseil aura pour prérogative de conclure des protocoles de coopération en matière de lutte contre le terrorisme avec des instances politiques et sécuritaires internationales. Au niveau social, le conseil suggérera des plans de développement des zones rurales ou éloignées, qui constituent un terrain fertile pour l’épanouissement des idées extrémistes. Au niveau idéologique, des campagnes de sensibilisation, adressées essentiellement aux jeunes, sur les dangers de l’idéologie intégriste et les actes terroristes seront lancées dans les médias. Le conseil élaborera aussi des stratégies médiatiques visant à lutter contre le radicalisme. Il parrainera, en coordination avec les institutions religieuses comme Al-Azhar et l’Eglise, des colloques culturels pour sensibiliser les jeunes et les mettre en garde contre les idées extrémistes.

Un programme prometteur, selon le spécialiste des mouvements islamistes, Sameh Eid. Pour lui, le volet idéologique est un axe primordial pour s’attaquer à long terme à la pensée terroriste. Il trouve évident que la stratégie antiterroriste soit basée sur des plans sécuritaires destinés à contrer les menaces terroristes immédiates et des plans à long terme permettant de saper les fondations de l’extrémisme. « La solution sécuritaire ne peut pas à elle seule éradiquer le terrorisme. Il faut donc s’attaquer idéologiquement aux fausses convictions dont se nourrit le terrorisme pour se dilater. En même temps, il est important de combattre au niveau sécuritaire ceux qui portent les armes face à l’Etat », souligne Eid. Une mission ardue mais nécessaire pour s’attaquer aux racines du mal.



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