Semaine du 19 au 25 septembre 2018 - Numéro 1242
Disparition d’un chevalier de la gauche
  Khaled Mohieddine, membre des Officiers libres et fondateur du parti du Rassemblement (gauche) est décédé cette semaine à l’âge de 96 ans. Retour sur le parcours d’un homme qui a longtemps milité pour la paix et la justice sociale.
Disparition d’un chevalier de la gauche
Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a insisté à être présent aux funérailles de Khaled Mohieddine.
May Al-Maghrabi09-05-2018

Il était le dernier toujoursen vie parmi les membres du mouvement des Officiers libres qui a détrôné le roi Farouq en 1952 et a instauré un régime républicain, que l’Egypte n’avait jamais connu avant cette date. Khaled Mohieddine, icône incontournable de la vie politique égyptienne et pôle du mouvement socialiste égyptien, est décédé dimanche 6 mai dans un hôpital militaire du Caire. Le président Sissi a participé en personne, lundi, à des funérailles militaires organisées pour Mohieddine à la mosquée du maréchal Tantawi au Nouveau Caire.

Dans un communiqué, la présidence de la République a déploré sa mort et a présenté ses condoléances à sa famille comme à tous les Egyptiens. « L’Egypte a perdu un symbole de la vie politique », affirme le communiqué. La présidence a souligné les nombreuses contributions de Mohieddine à la vie politique depuis sa participation à la Révolution de 1952, notamment la fondation du parti du Rassemblement progressiste unioniste, en 1976, qui a marqué la vie politique et parlementaire. « L’Egypte restera fidèle et reconnaissante aux contributions patriotiques de Mohieddine, qui seront gravées dans la mémoire de la patrie », lit-on sur le communiqué.

Le militaire devenu politicien

Né en 1922 à Kafr Chokr au gouvernorat de Qalioubiya dans le Delta, Mohieddine est diplômé de la faculté militaire en 1940 et a participé en 1948 à la guerre de Palestine avant de rejoindre le mouvement des Officiers libres. Après le déclenchement de la Révolution de 1952, la chute du roi Farouq et l’instauration d’un régime républicain, il devient membre du Conseil du commandement de la Révolution de 1952. Mais des divergences ne tardent pas à apparaître entre Mohieddine et l’ancien président Gamal Abdel-Nasser. En mars 1954, Mohieddine demande à ses collègues (les Officiers libres) de retourner à leurs casernes et de laisser la vie politique aux civils et aux politiques. Ces propos ont indigné Nasser et la grande majorité du Conseil de commandement de la révolution, à l’exception du président Mohamad Naguib qui partageait la même vision. Mohieddine a dû démissionner du conseil. Il part alors en Suisse. Chroniquant cette période, Mohieddine écrit l’un de ses plus importants livres intitulé « Maintenant je parle ».

A son retour en Egypte en 1956, il se lance dans le travail politique et est élu député en 1957. Il préside le premier comité parlementaire spécial formé au début des années 1960 pour résoudre les problèmes des Nubiens. Mohieddine représente sa conscription de Kafr Chokr au parlement pendant plusieurs sessions successives de 1990 jusqu’en 2005. Leader du mouvement de gauche socialiste, Mohieddine fonde le quotidien de gauche Al-Messae dans les années 1960 pour promouvoir l’idéologie socialiste. D’ailleurs, il est nommé PDG et rédacteur en chef de l’entreprise de presse officielle Akhbar Al-Youm en 1964.

Défenseur de la justice sociale

Disparition d’un chevalier de la gauche

En 1976, Mohieddine fonde le parti du Rassemblement unioniste progressiste (gauche). Ceci, après une longue période loin de la vie politique après la décision prise en mars 1953 par Nasser de dissoudre les partis politiques. Mohieddine était accusé par Nasser d’être fidèle à la monarchie déchue. La fondation de ce parti, comme l’indique l’écrivain nassérien, Abdallah Al-Sennawi, avait pour principal but de contrer la politique de libéralisme économique adoptée, dès 1974, par l’ancien président Anouar Al-Sadate.

« Mohieddine a toujours défendu l’industrie nationale créée par Nasser et il a toujours défendu les acquis de la Révolution de 1952 qui ont profité aux classes défavorisées et moyennes comme les ouvriers et les paysans. C’est pourquoi Mohieddine s’est toujours opposé à la politique de libéralisme économique promue par Sadate qui, selon lui, menaçait ces acquis », explique Al-Sennawi. Ses relations avec le président Sadate n’étaient donc pas au beau fixe. Il a été accusé d’être l’un des instigateurs des émeutes de 1977. Ce qui ne l’a pas empêché de rester fidèle à ses principes politiques. Il conteste farouchement le Traité de paix conclu par Sadate avec Israël en 1979. Mohieddine était convaincu qu’Israël manoeuvre et ne veut pas une paix véritable dans la région. C’est pourquoi il s’est toujours opposé à la normalisation avec Israël qu’il qualifiait d’« entité sioniste ».

Mohieddine a été aussi l’un des fondateurs du Conseil mondial de la paix, créé en 1950. Il a aussi présidé le Comité égyptien de la paix et du désarmement. Des engagements qui lui ont valu l’obtention du prix Lénine pour la paix en 1970. En 2002, à l’âge de 80 ans, Mohieddine décide de renoncer définitivement au travail politique et cède la présidence du parti du Rassemblement, qu’il a occupée depuis les années 1970. Pour Abdallah Al-Sennawi, Mohieddine a laissé un vide qui a affecté tout le courant de gauche qui déplore aujourd’hui sa mort.




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