Semaine du 21 au 27 février 2018 - Numéro 1213
Concertations égypto-omanaises
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a effectué cette semaine une visite de trois jours au Sultanat d’Oman, avant de se rendre mardi à Abu-Dhabi. Les négociations égypto-omanaises ont porté sur le renforcement des relations bilatérales et sur des dossiers régionaux.
Concertations égypto-omanaises
Les négociations entre les deux leaders ont évoqué des dossiers régionaux importants d’intérêt commun. (Photo : AFP)
May Al-Maghrabi07-02-2018

C’est en grande pompe que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a été reçu dimanche 4 février en Oman au palais d’Al-Alam par le sultan Qabus bin Saïd. Il s’agit de la première visite d’un président égyptien en Oman depuis 2009. Objectifs déclarés: Promouvoir les relations bilatérales dans les différents domaines et discuter des dossiers régionaux et internationaux d’intérêt commun. « Ce déplacement s’inscrit dans le cadre du souci du président Sissi de renforcer les relations fraternelles et historiques liant les deux peuples égyptien et omanais. Il traduit surtout l’engagement de l’Egypte à oeuvrer en faveur de régler les crises régionales menaçant la sécurité régionale », a indiqué dans un communiqué l’ambassadeur Bassem Radi, porte-parole de la présidence.

C’est donc un accueil chaleureux qu’a reçu le président Sissi, à la hauteur des relations égypto-omanaises historiques, distinguées et fortes. Dans le cadre des cérémonies d’accueil protocolaires, le sultan Qabus et le président Sissi ont fait, dimanche 4 février, le tour du palais en voiture dans un cortège animé par un défilé de chevaux de la garde du Sultanat et la fanfare. Le lendemain, le président Sissi a visité la mosquée et la librairie de Qabus et rencontré un certain nombre d’hommes d’affaires omanais.

C’est au premier jour de la visite que le président Sissi et le sultan Qabus ont tenu un sommet en présence des délégations des deux pays. Selon le porte-parole de la présidence, lors de la rencontre, les deux leaders ont souligné l’importance des relations profondes, historiques et stratégiques liant leurs pays. « Le sultan Qabus a loué le rôle de l’Egypte en tant que pilier de la stabilité des pays du Golfe et de toute la région arabe, affirmant le soutien de son pays à l’Egypte dans sa guerre contre le terrorisme », a rapporté Radi. Ajoutant que le sultan a exprimé sa volonté de « porter la coopération de son pays avec l’Egypte dans tous les domaines à des horizons plus larges ». Pour sa part, le président Sissi a exprimé au sultan Qabus « l’appréciation de son pays et de son peuple des positions estimables d’Oman à l’égard de l’Egypte ». « Le président Sissi lui a aussi affirmé la nécessité de renforcer la coopération bilatérale, notamment en matière d’échange commercial en vue d’être à la hauteur des relations distinguées entre les deux pays », a dit Radi, précisant que les deux parties se sont mises d’accord sur la mise en place des mesures concrètes pour stimuler la coopération économique (voir sous-encadré).

Convergence de vues sur les dossiers régionaux

Sur un autre volet, Radi a fait savoir que les négociations entre les deux leaders ont évoqué des dossiers régionaux importants d’intérêt commun, notamment la crise yéménite, la situation en Syrie, les développements en Libye, ainsi que le dossier iraqien. Selon Radi, les deux leaders ont approuvé une convergence de points de vue vis-à-vis des dossiers négociés. « Tous les deux sont d’accord sur la nécessité de parvenir à des solutions politiques aux régions de tensions », a affirmé Radi. Il a ajouté que les positions des deux leaders portaient notamment sur la nécessité de « conserver les institutions de ces Etats et d’oeuvrer en vue de dépasser les conflits internes ». Ils prônent plutôt des solutions politiques susceptibles de désamorcer les conflits, notamment au Yémen, et ceci, dans le but d’y établir la stabilité et d’alléger la souffrance du peuple yéménite, car les solutions militaires ne peuvent pas mettre un terme aux conflits et aux troubles frappant certains pays arabes.

L’ancien diplomate Mohamad Al-Orabi, président de la commission des affaires étrangères au parlement, indique que la visite du président Sissi au Sultanat d’Oman met l’accent sur les relations fraternelles et équilibrées reliant les deux pays depuis des décennies. A cet égard, il rappelle que le Sultanat d’Oman s’est toujours montré solidaire de l’Egypte, notamment après les Accords de Camp David en 1979, quand il a refusé d’assister au sommet de la Ligue arabe qui avait décidé l’exclusion de l’Egypte, en mars de cette année-là.

Depuis l’accession de l’ancien président Hosni Moubarak au pouvoir, les relations ont toujours été bonnes. Le sultan se rendait fréquemment en Egypte, qui aidait Oman à démanteler des cellules islamistes clandestines y existant depuis 1994. « Aujourd’hui, l’Egypte et le Sultanat d’Oman partagent toujours des enjeux et des positions communs. Les négociations entre le président Sissi et le sultan Qabus ont réaffirmé que les deux pays partagent le même but: réunifier les rangs des pays arabes et éviter de consacrer les conflits et les divisions régionaux. Ils se sont mis d’accord sur le fait que les solutions militaires n’aboutiront pas à une solution cruciale aux crises régionales », indique Al-Orabi, affirmant que cette visite est en faveur de la sécurité régionale comme nationale. Sur un autre volet, l’ancien diplomate salue la décision du président Sissi et du sultan Qabus d’élever le niveau des relations bilatérales à tous les niveaux: « Même si les relations égypto-omanaises sont déjà au beau fixe, elles ne sont pas à la hauteur de l’histoire commune des deux pays ».

Préparer le Sommet arabe

Pour sa part, le politologue Tarek Fahmi estime que l’importance de la visite du président Sissi en Oman relève du fait qu’elle intervient à un moment où les tensions dans la région sont à leur comble, notamment au Yémen. Selon lui, le souci de l’Egypte de réunifier les positions arabes sur les dossiers enflammés dans la région relève de sa conscience des dangers pesant sur la région. D’autant plus que le renforcement des relations avec les pays arabes et ceux du Golfe est une priorité de la diplomatie égyptienne. « Il est important de formuler une position unifiée et claire sur la crise qatari comme sur celle yéménite avant la tenue du Sommet arabe à Riyad pour barrer la route à toute polarisation politique des autres parties affichant leurs convoitises dans la région », affirme Fahmi. Il précise que l’Iran, la Turquie et Israël cherchent à tirer profit de cette situation enflammée pour étendre leurs zones d’influence dans la région. Ce qui inquiète certes l’Egypte et les pays du Golfe. « Le timing de cette visite à quelques semaines du Sommet arabe, qui devra se tenir à Riyad au mois de mars prochain, vise donc en premier lieu à coordonner les positions arabes sur les dossiers enflammés de la région avec en tête l’escalade au Yémen, d’autant plus que le Sultanat d’Oman peut jouer le rôle de médiateur », explique Fahmi.

Il ajoute que cette visite traduit aussi l’intérêt qu’accorde l’Egypte aux dossiers régionaux ainsi que l’importance stratégique que représente la stabilité de la région du Golfe pour la sécurité nationale de l’Egypte. « Le contexte arabe actuel très critique ne laisse pas à l’Egypte le luxe d’hésiter à resserrer les rangs des pays arabes dans le but d’éviter la dégénération de la situation aux zones de conflits, surtout au Yémen. La diplomatie égyptienne, très active dans la région, oeuvre en faveur d’une stratégie arabe commune capable de défendre les intérêts nationaux contre les différentes menaces », renchérit Fahmi.

Une diplomatie omanaise équilibrée

La convergence des politiques et des objectifs entre l’Egypte et Oman favorise donc la réussite des enjeux de cette visite. C’est ce qu’estime l’ancien diplomate, Hussein Haridi. Selon lui, pivot régional de poids, l’Egypte trouve en la politique du Sultanat d’Oman, basée sur le maintien des relations équilibrées et non alignées avec toutes les parties, une bonne voie pour le rapprochement des points de vue des pays arabes sur les dossiers régionaux. Il explique les raisons pour lesquelles l’Egypte trouve en le Sultanat d’Oman un acteur diplomatique de premier ordre au coeur du Moyen-Orient. « Oman jouit d’une place importante au Conseil de Coopération du Golfe (CCG), ainsi que d’une position stratégique de vigie du détroit d’Ormuz, passage obligé de tous les tankers de la région. Des facteurs qui s’ajoutent à sa politique extérieure basée sur la non-ingérence et le non-alignement, menée par le sultan Qabus, rendant Oman le plus qualifié à jouer le rôle de médiateur dans la région », explique Haridi. « Je pense que Le Caire voit en cet espace omanais neutre un outil diplomatique, économique et logistique utile à tous ».

Se rendant mardi 6 février à Abu-Dhabi, le président Sissi a aussi discuté avec le prince Mohamad bin Zayed Al Nahyan du contexte régional et des moyens d’affronter les défis à venir. A noter que les Emirats arabes unis sont l’un des pays du Golfe qui ont le plus soutenu l’Egypte tant politiquement qu’économiquement.

Booster la coopération économique

La visite du président Sissi en Oman devra ouvrir de nouveaux horizons de coopération économique entre les deux pays, qui jusque-là étaient en deçà des attentes.C’est ce qu’a avoué, dimanche, Tareq Qabil, ministre du Commerce et de l’Industrie, un des membres de la délégation égyptienne accompagnant le président Sissi dans sa visite dans ce pays. « Les échanges commerciaux entre les deux pays ne reflètent ni les véritables capacités commerciales de l’Egypte et du Sultanat d’Oman ni les domaines de coopération économique », a-t-il indiqué, ajoutant que la coopération économique entre les deux pays se limite aux domaines de l’industrie et des zones industrielles. Selon les chiffres, les échanges commerciaux entre les deux pays étaient de 300 millions de dollars en 2016. Quant aux investissements omanais en Egypte, le ministre précise qu’ils ne dépassent pas les 77 millions de dollars, notamment dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme et des constructions. Et ceci, « alors qu’il existe d’autres importants horizons de coopération entre les deux pays qui n’ont pas été explorés », selon Qabil.

En revanche, les investissements égyptiens dans le Sultanat d’Oman atteignent 300 millions de dollars, poursuit le ministre, indiquant qu’ils concernent les domaines des routes, de l’infrastructure, du drainage des eaux usées, de l’immobilier et du tourisme. C’est pourquoi il a souligné l’importance d’augmenter le volume des échanges commerciaux et les investissements entre les deux pays, jugeant impératif d’activer les accords bilatéraux en vue d’élever le taux de l’échange commercial et de coopération économique entre les deux pays. Pour le faire, les deux pays se sont mis d’accord sur l’examen des moyens d’augmenter leur coopération économique. Et ceci lors de la réunion du comité de coopération économique égypto-omanais qui devra se tenir prochainement à Mascate. « Les négociations avec les responsables omanais ont porté sur la nécessité de renforcer la coopération bilatérale dans les domaines des petites et moyennes entreprises, de la prospection pétrolière, de la pêche, du tourisme, de la fabrication des meubles et des ports », a détaillé Qabil. Il a proposé au Sultanat d’Oman d’investir dans les zones franches en Egypte en établissant des projets égypto-omanais, notamment dans le golfe de Suez et à Port-Saïd.




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