Semaine du 12 au 18 septembre 2018 - Numéro 1241
Suakin inquiète l’Egypte
  L’accord sur l’île de Suakin entre la Turquie et le Soudan préoccupe l'Egypte, qui y voit une menace à sa sécurité et à ses intérêts stratégiques en mer Rouge.
Suakin inquiète l’Egypte
L'île de Suakin est située à 350 km à l'est du triangle égyptien de Halayeb.
Chaïmaa Abdel-Hamid10-01-2018

Le Soudan a signé un accord avec la Turquie plaçant l’île soudanaise de Suakin sur la mer Rouge sous la tutelle turque pour une période déterminée « afin de la reconstruire ». Un accord que l’Egypte perçoit comme une menace à sa sécurité.

Cet accord a été signé le 25 décembre par le président soudanais, Omar Al-Bachir, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, lors de sa visite à Khartoum. Selon des médias turcs, conformément à cet accord, le Soudan a concédé l’île à la Turquie pour une durée de 99 ans. Situé à 350km à l’est du triangle de Halayeb, l’île possède un port utilisé pour le transport des marchandises et des pas­sagers vers l’Arabie saoudite de l’autre côté de la mer Rouge.

Le Caire s’interroge sur les raisons de ce rapprochement soudano-turc dans la région de la mer Rouge. Les mauvaises relations entre Le Caire et Ankara, accusé de soutenir le terro­risme dans la région, et le caractère stratégique de l’île de Suakin sont autant de raisons qui justifient la méfiance du Caire. Les relations entre Le Caire et Ankara se sont détériorées après la révolution de 2013 et la chute du régime des Frères musulmans. L’Egypte accuse la Turquie de soutenir le terrorisme et les Frères musulmans.

Menaces palpables

Amani Al-Tawil, spécialiste des affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, affirme que les craintes de l’Egypte sont justifiées, surtout au vu de l’éventualité pour la Turquie d’installer une base militaire à Suakin. Le chef de la diplomatie turque, Mevlud Cavusoglu, a annoncé lors d’une conférence de presse tenue avec son homologue soudanais, Ibrahim Ghandour, la conclusion de plusieurs accords liés à la sécurité de la mer Rouge et à une probable coopé­ration militaire entre les deux pays. « Nous sommes prêts à une coopéra­tion avec la Turquie », a déclaré Al-Ghandour.

L’accord de Suakin va donc au-delà d’un simple projet de développement. D’où les réserves de l’Egypte. « Cet accord soulève les préoccupations de l’Egypte. La mer Rouge est devenue une zone de conflits régionaux et inter­nationaux, d’où la nécessité d’une vigilance accrue », affirme Al-Tawil. Selon elle, la présence de groupes extrémistes armés au Soudan est aussi une menace que le récent accord risque d’aggraver. « Cette île de la Corne de l’Afrique qui a une position straté­gique à l’entrée sud de la mer Rouge pourrait devenir un point de départ pour les organisations terroristes et permettrait leur infiltration au sud de l’Egypte », explique Al-Tawil. Elle ajoute que cet accord menace aussi les intérêts de l’Egypte en mer Rouge. Celle-là cherche à encourager les sociétés pétrolières et gazières interna­tionales à explorer la région, surtout après la démarcation de la frontière maritime avec l’Arabie saoudite.

Cette vision est partagée par Ayman Chabana, vice-directeur de l’Institut de recherches africaines à l’Université du Caire. Selon lui, la présence mili­taire turque en mer Rouge rime avec sa stratégie consistant à renforcer sa présence et son influence en Afrique. « La Turquie rêve de ressusciter l’Em­pire ottoman en étendant sa souverai­neté sur le continent africain, seul continent au monde encore riche en ressources naturelles. Tous les objec­tifs annoncés dans le cadre de cet accord, y compris les projets de déve­loppement, aident la Turquie à prendre pied au sud de l’Egypte », évalue Chabana. Il ajoute que la Turquie adopte cette nouvelle stratégie après son échec de rejoindre l’Union euro­péenne. Il conclut que cet accord est une tentative turque d’exercer une pression sur l’Egypte qui contrecarre les ambitions turques dans le monde arabe.




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