Semaine du 5 au 11 décembre 2018 - Numéro 1253
L’Egypte, porte-parole du Sud
  Depuis le 1er janvier, l’Egypte préside le G77+Chine. Un statut qui lui permettra de renforcer son influence tant parmi les pays du Sud qu’avec l’Occident.
L’Egypte, porte-parole du Sud
L'Egypte tentera d'unifier la voix des pays en développement
Nada Al-Hagrassy10-01-2018

L’Egypte a entamé, au 1er janvier, son mandat de président du G77+Chine. Elle avait été élue en septembre 2017, lors de la 41e réunion ministérielle annuelle du G77 et la Chine, tenue en marge des travaux de la 72e Assemblée générale des Nations-Unies à New York. Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a affirmé que l’Egypte se focalisera pendant sa présidence du G77 sur le développement et le travail humanitaire en tant que moyens pour contrecarrer les guerres et le terrorisme. Il a aussi indiqué que l’Egypte déploiera tous les efforts possibles en vue de modifier le système de vote de l’Onu. Et ceci, dans le but de donner plus de poids aux pays du Sud. « L’ordre économique mondial nécessite une réforme globale pour remédier aux inégalités dans la distribution des richesses et des revenus entre les pays du Nord et ceux du Sud. Un obstacle qui entrave le développement des pays du Sud », a estimé Choukri. Sur l’agenda de l’Egypte figure aussi la recherche d’une formule plus équilibrée sur le transfert de la technologie aux pays en voie de développement, tout en respectant les codes de propriété intellectuelle dans les pays exportateurs de la technologie.

L’Egypte a déjà présidé le G77+Chine de 1972 à 1973, et de 1984 à 1985, où elle était la voix des pays en voie de développement. Créé en 1964, le G77+Chine regroupe aujourd’hui 134 pays en voie de développement, ce qui représente les deux tiers des pays membres de l’Onu. C’est le plus grand regroupement de pays en développement à l’Onu. Le noyau du groupe était à l’origine composé de 77 membres fondateurs. Il s’est ensuite étendu pour inclure la Chine qui a soutenu le groupe dès sa fondation. Pékin a assisté comme invité d’honneur au sommet du groupe tenu en 1996. D’où l’appellation G77+Chine.

Un rôle actif

Le politologue Tareq Fahmi s’attend à ce que l’Egypte ait un rôle diplomatique actif et important pendant sa présidence du G77. « L’élection de l’Egypte à la tête du G77 est une victoire diplomatique. Le Caire cherche non seulement à s’ouvrir sur l’Occident, mais surtout à être influent et entendu. Une orientation qui implique une représentation de plus en plus importante au sein des organisations internationales. Ainsi, la tâche la plus ardue pour l’Egypte sera d’unifier les positions des membres du groupe sur les questions d’intérêt commun, comme la lutte contre la pauvreté, le renforcement de la coopération économique et politique entre les pays Sud et le réchauffement climatique », estime Fahmi. Il indique que la modification du système de vote à l’Onu est un autre dossier que l’Egypte entend aborder au cours de sa présidence du G77. « La diplomatie égyptienne est plus que jamais convaincue qu’il est temps de réformer le système de vote de l’Onu, dans le but de réparer les injustices et les inégalités qui sévissent au sein de l’ordre mondial », explique Fahmi.

Des ambitions qui risquent de se heurter à la réalité d’un système politique et une organisation dominée par les grandes puissances mondiales. C’est ce qu’estime Nourhane Al-Cheikh, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Elle trouve que la proposition de l’Egypte de modifier le système de vote à l’Onu est un message envoyé à la communauté internationale plutôt qu’une véritable mesure qu’elle cherche à faire adopter. « L’Egypte sait bien qu’une telle modification nécessite la modification de la charte de l’Onu. Donc, via cette proposition, l’Egypte veut critiquer l’injustice que représente le droit de veto », explique Al-Cheikh. Sur un autre volet, elle explique qu’à travers sa représentation au sein des organisations internationales, l’Egypte tente de se faire mieux entendre dans les sphères internationales. « C’est une percée diplomatique importante pour l’Egypte qui lui permettra de promouvoir son agenda politique. Les groupements comme le G77 ou le BRICCS représentent aujourd’hui un poids à ne pas négliger et jouent un rôle politique et économique plus influent sur la scène internationale », estime Al-Cheikh. Et de conclure : « Le G77 est un instrument qui donne une voix et confère un poids plus important aux pays en voie de développement, plus ou moins écartés de la scène internationale. Faire prévaloir l’action collective et renforcer la coopération Sud-Sud sont des objectifs que l’Egypte cherchera à concrétiser lors de sa présidence du G77 ».


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