Semaine du 6 au 12 décembre 2017 - Numéro 1203
L'ambassadrice Naëla Gabr : Nous voulons montrer qu’il y a des alternatives pour les jeunes en Egypte
  L'ambassadrice Naëla Gabr, présidente du Comité national interministériel de coordination de la lutte contre la migration illégale, revient sur les efforts déployés pour enrayer ce phénomène.
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L'ambassadrice Naëla Gabr
Chaïmaa Abdel-Hamid04-10-2017

Al-Ahram Hebdo : Pouvez-vous nous donner un aperçu sur le Comité national de coordination de la lutte contre la migration illé­gale, dont vous êtes la présidente ?

Naëla Gabr : Il s’agit d’un comité interminis­tériel formé de 25 entités, dont 22 ministères et 3 conseils travaillant sur les droits de l’homme, à savoir le Conseil national des droits de l’homme, le Conseil de la femme et le Conseil de l’enfance et de la maternité. Nous ne sommes pas un organe exécutif, mais un organe de coordination, qui propose des légis­lations et prépare des amendements ainsi que des campagnes médiatiques visant à lutter contre la migration clandestine et à sensibiliser les jeunes aux dangers de ce phénomène. Notre comité travaille en outre à préparer des forma­tions destinées aux entités et organisations travaillant dans ce domaine et à mettre sur pied des plans d’action pour protéger les migrants contre les passeurs.

— Vous venez de lancer une campagne médiatique. Quel est son but ?

— Les médias représentent un élément très important dans notre lutte contre la migration illégale. Nous essayons, à travers eux, de lan­cer différents messages de sensibilisation aux jeunes qui veulent quitter le pays de manière illégale pour les inciter à renoncer à prendre ce risque, qui peut leur coûter la vie. Cela est d’autant plus important que nous voyons de plus en plus de mineurs prendre ce risque. Via une courte vidéo, la campagne s’adresse aux jeunes et à leur famille par l’intermédiaire d’une personnalité qui jouit d’une bonne crédi­bilité et qui est aimée et populaire, afin de les prévenir des dangers liés à la migration clan­destine. Nous avons choisi pour cela le joueur de football Hazem Imam, une personnalité respectée à tous les niveaux. En plus de faire passer le message relatif aux dangers de la migration illégale, nous voulons montrer qu’il y a des alternatives pour les jeunes en Egypte. La campagne visant moins le Grand Caire et les grandes villes que les gouvernorats et les villages, nous avons tenu à envoyer un mes­sage clair, net et direct, qui sera compris par toutes les couches de la société.

— A quel point cette campagne peut-elle être effective et convaincante pour ces jeunes ?

— Outre la vidéo, la campagne comporte plusieurs éléments complémentaires, notam­ment notre page Facebook, un feuilleton qui a été diffusé à la radio, des talk-shows et autres. Mais la campagne ne constitue qu’une partie de notre travail. L’autre partie consiste à pré­senter des alternatives à ces jeunes en leur proposant des opportunités de travail. Notre comité a lancé un appel à tous les organes de l’exécutif et aux différents ministères pour coopérer avec eux et obtenir d’eux des infor­mations relatives aux chances de travail ou de formation et aux projets pouvant être utiles aux jeunes. Il existe, en effet, plein d’opportunités de travail, de crédits ou d’aides offerts pour les aider à lancer leur projet, mais dont les jeunes ne sont malheureusement pas au courant.

— Comment la récente promulgation de la loi sur la migration clandestine a-t-elle servi votre mission ?

— Il s’agit d’un pas très important qui per­met de sanctionner et de poursuivre les pas­seurs et les criminels tout en protégeant les droits des migrants. La loi est venue combler une importante lacune, à savoir l’absence de toute sanction de la migration illégale dans l’ensemble des lois pénales égyptiennes. Dans un pays qui se respecte et qui a une crédibilité comme l’Egypte, nous devons nous appuyer dans notre mission sur le pouvoir législatif, afin d’assurer le rôle, la voix et la respectabi­lité de l’Etat.

— Avez-vous noté une baisse du nombre des migrants après la promulgation de la loi ?

— Dernièrement, il y a eu une baisse remar­quable du nombre de migrants ayant quitté l’Egypte illégalement. On ne peut pas dire que celle-ci est directement liée à la promulgation de la loi, mais c’est l’un des facteurs. Nous travaillons sur différents axes en parallèle qui forment la base de notre travail, à savoir la législation, les médias et le développement. Au fur et à mesure, avec le développement économique et le retour des investissements, il y aura plus de chances de travail. Les jeunes n’auront donc pas besoin de tenter la traversée de la Méditerranée dans l’espoir de trouver du travail. Mais le problème reste qu’ils sont très pressés. Notre objectif pour les deux pro­chaines années est de faire baisser le plus possible le nombre de décès dans la Méditerranée.

— Quels sont, plus concrètement, les efforts qui ont été déployés par l’Egypte à cet égard ?

— Sur le plan institutionnel, c’est d’avoir ce comité interministériel, afin d’assurer la coor­dination des efforts déployés par les minis­tères et les institutions qui oeuvrent dans le dossier de la migration illégale, ainsi qu’avec les organisations et les pays étrangers. La France vient d’ailleurs de nous informer, par l’intermédiaire de son ambassadeur qui nous a rendu visite au comité, qu’elle avait elle aussi créé un comité à l’exemple de celui de l’Egypte. Sur le plan législatif, nous avons la promulgation de la loi 82 de 2016 relative à la pénalisation de la migration clandestine. Enfin, sur le plan opérationnel, j’aimerais citer l’élaboration, toujours à travers le comi­té, d’une stratégie et d’un plan d’action capables de protéger les migrants clandestins et de prévenir et combattre au plus vite ce phénomène, qui coûte la vie à des centaines de personnes.

— A quel niveau se situe votre coopéra­tion sur le plan international ?

— Cela se passe très bien avec les minis­tères d’autres pays et les organisations inter­nationales, qui reconnaissent l’importance de notre travail et de nos efforts. Des représen­tants de ces entités sont d’ailleurs toujours présents à nos côtés durant les projets, notam­ment des représentants des ministères des Affaires étrangères américain, italien, français et suisse, et des membres de l’USAID, de l’Unicef, de l’Union européenne et de l’OIM. Ces organes financent les entraînements que nous fournissons au personnel des ONG et des médias ainsi que les stages de Capacity buil­ding pour le personnel du comité lui-même, afin que celui-ci soit capable de rédiger et de préparer des rapports, des projets et des stra­tégies de travail. Ces organes financent aussi l’élaboration de la campagne médiatique que nous avons lancée. Nous coopérons en outre avec les pays étrangers sur le plan sécuritaire, notamment en ce qui concerne l’échange d’in­formations, et préparons aussi des projets de coopération au développement dans certains gouvernorats.

— Quels sont les opportunités que vous présentez à ces jeunes dans les gouverno­rats ?

— Nous travaillons actuellement à entraîner les jeunes à certains métiers qui peuvent leur donner une bonne expérience et améliorer leur chance d’obtenir un travail ici en Egypte, ou même à l’étranger, qui a besoin d’une main-d’oeuvre entraînée. Toutefois, ceux qui partent doivent le faire de manière légale. Nous ten­tons donc de coopérer avec des pays européens pour qu’ils nous informent notamment des opportunités de travail chez eux.

— Mais pensez-vous que les pays euro­péens, qui souffrent actuellement du grand nombre de migrants, veuillent coopérer ?

— Sûrement, car ceux-ci ont besoin d’une main-d’oeuvre qualifiée. Ils sont convaincus par notre point de vue et préfèrent sûrement recevoir sur leur territoire ces jeunes de manière légale plutôt qu’illégale.

Pour être franche, à un moment donné, cer­tains pays européens profitaient de ces migrants illégaux qui travaillaient au noir et qui coû­taient donc moins, mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Pour la plupart de ces pays, l’immi­gration clandestine est liée d’une manière ou d’une autre aux crimes organisés, et pire encore, au terrorisme, car sans aucun doute, parmi ces migrants s’infiltrent aussi des terro­ristes.

— Pensez-vous que le comité a commencé à atteindre son but ?

— Je ne peux pas dire que nous avons atteint notre but dans l’un ou l’autre des gouvernorats, mais nous essayons à tout prix d’empêcher les jeunes de partir de manière illégale. On ne pourra toutefois jamais complètement mettre fin à ce phénomène, car certains jeunes cher­cheront toujours à imiter leurs voisins ou proches qui ont réussi à partir, à travailler et à gagner de l’argent ailleurs. Il s’agit de convaincre ces jeunes qu’il y a des opportuni­tés en Egypte.




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