Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
Un parti bicéphale
  Deux présidents sont élus à la tête du parti des Egyptiens libres, scindé en deux fronts rivaux. Une situation qui remet le sort du parti en question.
Un parti bicéphale
Essam Khalil.
May Atta17-05-2017

Qui est le président du parti des Egyptiens libres, fondé en 2011 par le célèbre homme d’affaires, Naguib Sawirès ? Difficile de trancher pour le moment, à la lumière du chaos que connaît le parti depuis quelques mois. Cette semaine, Mahmoud Al-Alaïli vient d’être élu président du parti. Il a remporté les élections organisées par le front Sawirès pour élire un nouveau président du parti, un secrétaire général et un conseil d’administration. Le 24 mars dernier, le front rival, celui de Essam Khalil, avait aussi organisé des élections et a réélu Khalil à la tête du parti. Les deux fronts avaient notifié la commission des affaires des partis de la date de leurs élections, comme l’exige la loi sur les partis. Or, en l’absence d’une réponse de la part de la commission, chacun des deux fronts défend sa légitimité.

« Mon élection à la tête du parti est un premier pas pour le remettre sur les rails. Les crises qui ont frappé le parti l’ont fait dévier de sa ligne politique en tant que parti libéral qui défend les principes de la démocratie et des libertés auxquels ne croit pas le front Khalil qui ne cherche qu’à courtiser le pouvoir. Notre conflit avec eux n’est pas d’ordre personnel, mais plutôt politique et idéologique. Désormais, nous allons travailler à la reconstruction du parti », a promis Al-Alaïli suite à son élection. Pour sa part, le fondateur du parti, Naguib Sawirès, s’est dit déterminé à mener coûte que coûte le combat politique et judiciaire pour la récupération du parti. « A ceux qui cherchent à détruire le parti, à ceux qui ne supportent pas la démocratie, je dis que je ne baisserai pas les bras. Vive les Egyptiens libres et vive les libertés », a réagi Sawirès à la réussite d’Al-Alaïli. « Les élections tenues par le front de Sawirès sont nulles. Je les contesterai devant la justice en vertu des articles 21 et 22 de la loi sur les partis qui prévoient des peines de prison contre ceux qui tiennent des réunions ou des assemblées générales parallèles à celles du parti. Sawirès et ses partisans ne sont plus membres du parti pour le représenter », menace Khalil.

Imbroglio juridique

Un parti bicéphale
Mahmoud Al-Alaïli.

Le 31 décembre 2016, Sawirès s’est trouvé lui-même exclu de son parti. Son rival, Essam Khalil, avait appelé à une assemblée générale qui a décidé de modifier le règlement interne du parti et de destituer son conseil d’administration, dont Sawirès était membre. Jugeant ces décisions nulles, Sawirès a intenté un procès contestant la légitimité de toutes les mesures prises lors de cette assemblée générale. Depuis, les deux fronts divergent quant à l’interprétation de l’article 59 du règlement interne du parti. Cet article en question exige l’accord du conseil d’administration sur tout amendement du règlement interne du parti. Une exigence non contraignante pour Nasr Al-Qaffas, du front Khalil, qui trouve que la participation de 95 % des membres du parti à l’assemblée générale de décembre suffit pour revêtir ces décisions de légitimité. « L’article 59 n’a pas de valeur face à la volonté de la majorité écrasante un parti qui a décidé de destituer le conseil d’administration », pense-t-il.

Une logique contestée par le président de la commission des affaires des partis, le magistrat Adel Al-Chorbagui, qui se réfère au règlement interne du parti approuvé par la commission en 2015. Il en est de même pour l’avocat Hafez Abou-Seada, qui estime que le règlement de 2015 régissant les affaires du parti devrait rester en vigueur. « Le front de Essam Khalil avait modifié le règlement interne du parti sans se référer à la commission des partis. Ce qui rend caducs le nouveau règlement et les décisions qui l'ont suivi », estime Abou-Seada.

Sawirès a déjà intenté quatre procès pour contester la destitution du conseil du parti alors que Khalil est aussi déterminé à poursuivre Sawirès en justice. L’avocat Mamdouh Ramzi indique que la commission des affaires des partis pourrait trancher ce litige, ou alors elle peut geler les activités du parti en attendant la décision de la justice. « Ce genre de litiges peut traîner pendant des années devant la commission des partis comme ce fut le cas pour d’autres partis dans le passé. En 2005, le parti Al-Ghad est passé par ce même problème concernant sa présidence, mais le conflit n’a été tranché qu’en 2011 », rappelle Ramzi.

Echange d’accusations

Comme beaucoup de jeunes partis, le parti des Egyptiens libres est né dans la foulée de la révolution du 25 janvier 2011. En 2015, il a remporté 65 des 596 sièges aux élections législatives, pour devenir le premier parti politique représenté au parlement. C’est notamment à l’issue de ces législatives que les divisions ont commencé à s’amplifier au sein du parti. Certains de ses membres ont été suspendus pour s’être ralliés à la coalition Fi Daem Misr, une plateforme pro-régime de 400 députés. D’autres membres ont démissionné comme l’ancien secrétaire du bureau politique du parti, Oussama Al-Ghazali Harb. Au centre de ce conflit intestin, un échange d’accusations entre le fondateur du parti, Naguib Sawirès, et son président, Essam Khalil. Ce dernier accuse Sawirès d’imposer sa tutelle sur le parti et de l’instrumentaliser au service de ses intérêts personnels. « Pour lui, le parti n’est qu’un moyen de se disposer d’une majorité au parlement lui permettant de créer une sorte de lobby à la défense de ses intérêts et de son business », accuse Nasr Al-Qaffas du front de Khalil. Des prétentions infondées selon Al-Alaïli. « En se rapprochant du régime, le front de Khalil a fait dévier le parti de ses principes fondamentaux. A titre d’exemple, c’était lamentable d’accepter dans les rangs du parti un grand nombre des anciens du Parti national démocrate de Moubarak, alors que les Egyptiens libres est né à l’issue de la révolution de 2011 qui a fait chuter son régime », réplique-t-il. Au-delà d’un conflit juridique, c’est la crédibilité d’un parti qui est à l’épreuve.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire