Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Triangle de Maspero : A la recherche de compromis
  Le gouvernement a relancé son projet de réaménagement du triangle de Maspero. Il propose d'indemniser les habitants ou de les reloger à Al-Asmarat. Mais ces derniers sont réticents.
Triangle de Maspero : A la recherche de compromis
Le meeting de samedi à Wabour Al-Talg. (Photo : Ola Hamdi)
Ola Hamdi15-03-2017

Le gouvernement vient de relancer le projet de réaménagement du triangle de Maspero. Le projet consiste à construire une zone résidentielle, commerciale et hôtelière dans cette zone située sur la Corniche du Nil, derrière le bâtiment de la Radiotélévision. Le gouvernement souhaite à présent évacuer cette zone, mais les habitants sont réticents. Samedi 11 mars, un meeting populaire a réuni à Wabour Al-Talg plusieurs responsables, dont le ministre adjoint du Logement, Ahmad Darwich, et le vice-gouverneur du Caire, le général Mohamad Ayman, et les habitants du quartier. Ces derniers étaient venus en masse sous un dispositif sécuritaire renforcé afin de négocier un compromis.

Lors de la rencontre, le gouvernement a proposé des alternatives aux habitants. Récemment, l’Organisme du métro avait demandé aux habitants d’évacuer le quartier pour construire la troisième ligne du métro, provoquant la colère de ces derniers. Les 4 500 familles habitant ce quartier refusent en effet de quitter leurs domiciles.

La plupart des habitants vivent dans des conditions modestes ne disposant que d’une seule chambre avec salle de bains partagée. Malgré ces conditions de vie, les habitants restent attachés à leur quartier où ils habitent depuis de nombreuses années.

Cinq solutions

Triangle de Maspero : A la recherche de compromis
Les habitants vivent dans des conditions difficiles.

Lors de la conférence populaire, Ahmad Darwich a proposé cinq alternatives aux habitants.

Parmi celles-ci, une indemnisation de 100 000 L.E. aux familles occupant une chambre, 160 000 L.E. à celles qui possèdent deux chambres et 220 000 L.E. aux familles qui en possèdent trois.

De même, le vice-ministre a proposé que les habitants louaient les nouveaux appartements qui seront construits dans le cadre du projet de réaménagement. Il s’agit d’appartements de 60 à 75 m2. Les loyers varieront entre 2 500 LE et 3 125 L.E. par mois. Les logements ne seront cependant pas prêts avant 4 ans.

Enfin, les responsables ont proposé le relogement des habitants dans la ville d’Al-Asmarat, près de Moqattam, moyennant des loyers de 300 L.E. par mois pendant 30 ans avec une augmentation annuelle de 5 %.

Ces solutions ne satisfont pas les habitants. « C’est injuste. Nous sommes pauvres. Comment peut-on payer ces sommes ? », s’écrient certains habitants de Maspero. Hadja Fatma, âgée de 60 ans, lance : « Je suis née dans ce quartier et je ne le quitterai pas jusqu’à ma mort. Quelles solutions nous propose le gouvernement ? J’habite avec ma famille de 7 membres dans un appartement de deux chambres dont le loyer est de 10 L.E. par mois. C’est absurde de nous obliger à payer 300 L.E. par mois pour un appartement similaire à Al-Asmarat. Ma pension de retraite est de 323 L.E. Comment pourrais-je vivre ? », se demande Fatma. Elle accuse le gouvernement de vouloir évacuer le quartier pour vendre les terrains à des investisseurs. « Tout le monde le sait. Des investisseurs arabes veulent acheter les terrains de ce quartier, situé dans une zone très privilégiée. Le prix du m2 est maintenant très élevé. Mais on ne quittera pas notre quartier, nos maisons et notre vie ici », affirme-t-elle. Face au refus des habitants, les responsables ont quitté les lieux sans parvenir à un accord.

Il ne s’agissait pas de la première tentative du gouvernement de régler la situation du triangle de Maspero. Selon Mésbah Hassan, porte-parole des habitants : « Les solutions proposées par le gouvernement ne prennent pas en considération les faibles revenus des habitants. Le gouvernement veut évacuer les habitants coûte que coûte ».

Ibrahim, un jeune habitant du quartier, trouve que le refus des habitants est justifié : « Mon travail se trouve à la place Tahrir, à quelques pas de chez moi. Je n’ai pas besoin de payer pour les moyens de transport, j’y vais à pied. Pour quelle raison l’on me demande d’aller habiter dans une région lointaine où les loyers sont élevés et où je vais devoir payer des frais de déplacement ? ».

L’impasse

D’une superficie de 303 000 m2, le triangle de Maspero est considéré comme un emplacement stratégique. Il est situé au centre-ville, entre la rue Al-Galaa, la rue du 26 Juillet, la Corniche du Nil, la place de Abdel-Moneïn Riyad et Boulaq Aboul-Ela. Depuis les années 1990, les gouvernements successifs ont promis de réaménager cet ancien quartier dont les bâtiments sont en très mauvais état. Des promesses qui n’ont pas encore été tenues. Après la révolution du 25 janvier, un ministère pour le développement des bidonvilles a été créé, mais a été supprimé peu de temps après. Hamdi Arafa, urbaniste, trouve que la crise du triangle de Maspero illustre la négligence dont font l’objet les bidonvilles du Caire. Selon lui, l’Etat et les habitants du quartier partagent la responsabilité de cette crise. « Depuis de longues années, il y a une quasi-absence de contrôle de la part des autorités qui a permis aux habitants de s’emparer des terrains et d’y construire d’une manière anarchique. Aujourd’hui, ils se considèrent comme propriétaires de terrains qui ne leur appartiennent pas. L’Etat a fermé les yeux sur ces bâtiments pendant 30 ans, mais il tente aujourd’hui de récupérer les terrains. La crise du triangle de Maspero est symptomatique de la mauvaise gestion des bidonvilles », affirme-t-il.

Moustapha Mahmoud, un jeune habitant du quartier, s’insurge également : « Ce n’est pas de la faute des habitants si ce quartier est bien placé. Depuis des années, les habitants s’inquiètent en raison de rumeurs sur la volonté de l’Etat de le vendre à des investisseurs. Quelle est la logique de jeter les habitants à la rue pour vendre le terrain à des investisseurs ? ». Oum Chérif, une femme âgée de 70 ans, épuisée par les rumeurs se demande : « Les pauvres n’ont-ils pas le droit d’habiter au centre-ville? ». Affaire à suivre.



Mots clés:

Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire