Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Quelle réforme pour le système éducatif ?
  Le parlement examine un nouveau projet de loi visant à améliorer le système éducatif. Les réactions sont diverses.
Quelle réforme pour le système éducatif ?
Le nouveau projet soulève un vif débat. (Photo : Khaled Mecheal)
Ola Hamdi15-02-2017

La commission de l’éducation et de la recherche scientifique examine cette semaine un nouveau projet de loi proposé par le ministère de l’Education visant à modifier la loi nº139 de l’année 1981. Ce projet composé de 115 articles concerne entre autres les salaires des enseignants et leurs primes, les cours privés, les licences des écoles privées et les frais de scolarité. D’après le ministre de l’Education, Al-Hélali Al-Cherbini, avant son arrivée à la commission parlementaire, ce projet de loi, discuté depuis avril 2016, est passé par l’Union des enseignants, le Conseil suprême des parents et des enseignants, et le Conseil des ministres.

L’article 50 du projet de loi assure que tous les frais engagés par les écoles privées sont à régler en livre égyptienne. L’article 53 stipule que chaque école privée doit renouveler sa licence tous les cinq ans, et que celle-ci doit être validée par l’Organisation nationale pour la qualité de l’enseignement. A noter que les écoles des communautés étrangères (Lycée français, école arménienne, etc.) ne sont pas soumises à cette loi car elles suivent un protocole de coopération culturelle signé entre l’Etat et leurs pays d’origine.

Certains articles de ce nouveau projet de loi ont soulevé la controverse. Parmi eux se trouve l’article 84 qui considère les cours privés comme un crime. D’après cet article, tout enseignant donnant des cours privés se verra priver de ses primes et d’une possible promotion pendant 2 ans. L’article condamne également toute création de centres de cours particuliers. L’article 21, lui, condamne les parents à payer une amende de 500 livres en cas d’absence injustifiée de leurs enfants. Salwa Abdel-Rahmane, mère de trois enfants, a exprimé son indignation : « Avant d’imposer une telle pénalité financière aux parents, est-ce que le ministère de l’Education s’est posé la question des raisons du fort taux d’absentéisme dans nos écoles ? Le niveau des enseignants est extrêmement bas, les programmes scolaires sont stériles et nos enfants n’apprennent rien en cours. C’est pourquoi la plupart des parents ont recours aux leçons privées. Il est incroyable de voir qu’au moment où tout le monde souffre terriblement de la crise économique, le ministère de l’Education cherche à nous imposer de nouvelles amendes ! », lâche Salwa. Et d’ajouter : « Ces mesures et cette mentalité du ministère de l’Education confirment pourquoi l’Egypte fait partie des pays les plus mal classés dans la liste de la qualité de l’éducation au niveau mondial ! Nous voudrions voir une réforme sérieuse du système éducatif, pas un ensemble de sanctions à l’encontre des étudiants et de leurs parents ».

La députée indépendante Magda Nasr, membre de la commission de l’éducation, défend les choix de la commission en affirmant : « L’article 21 concernant l’enseignement primaire empêchera les élèves de déserter les écoles, et obligera les parents à scolariser leurs enfants. L’amende de 500 livres devrait même être supérieure, puisque son objectif est disuasif ». L’Egypte a, en effet, été classée 134e sur 139 pays par le Rapport global sur la compétitivité du Forum économique mondial en ce qui concerne les écoles primaires, et 130e sur 139 en ce qui concerne les matières scientifiques. Le ministère de l’Education a souligné que la loi a pris en compte les personnes ayant des besoins psychomoteurs, afin qu’elles aient elles aussi accès aux études.

Propositions insolites

Durant les séances d’audience de l’Union des enseignants, quelques propositions ont été présentées de la part des députés, comme ça a été le cas du député indépendant, Ibrahim Abdel-Aziz Hégazi, qui a suggéré que « les écoles privées et internationales doivent s’engager à faire un don de 5 % de leurs bénéfices annuels pour soutenir les besoins des écoles gouvernementales de la région ». Hassan Al-Alfi, directeur d’une école privée, ne voit pas les choses du même oeil. « Le ministère de l’Education suit une politique sévère envers les écoles privées. Depuis 2008, nous sommes obligés de payer des taxes foncières de 22,5 %. Cela a multiplié les factures d’électricité et d’eau potable, et nous payons désormais plus d’un million de livres de taxes. Ces frais supplémentaires sont pris en charge par les parents d’élèves, car autrement, nous ne pourrions plus présenter les mêmes services », assure Al-Alfi.

Le membre de la commission, Abdel-Aziz Hégazi, a proposé pour sa part de sanctionner tout enseignant, membre de l’administration ou employé du ministère de l’Education, ayant molesté ou agressé un étudiant, en le virant et en l’empêchant de retravailler pour le ministère de l’Education. « J’ai également demandé à ce qu’un test anti-drogue soit effectué auprès de tous les élèves des écoles préparatoires et secondaires accréditées par le ministère de l’Education, au moins une fois par semestre. Dans le cas où le test serait positif, l’étudiant serait immédiatement renvoyé de l’établissement », ajoute Hégazi.

L’Union des enseignants a présenté des propositions concernant les salaires et le statut des enseignants. « Le syndicat a modifié le statut salarial des enseignants afin qu’il s’aligne sur les salaires de tous les fonctionnaires de l’Etat comme le stipule la loi du service civil nº81 de l’année 2016. Le salaire de l’assistant d’éducation devrait désormais être de 2 000 L.E. au lieu de 1 100 L.E., et celui du professeur de 10 000 L.E. au lieu de 5 000 L.E. », détaille Ibrahim Chahine, porte-parole de l’Union des enseignants. Et d’ajouter : « Nous avons demandé à ce que l’article 89 de la loi 155 concernant le statut d’enseignant soit ajouté au nouveau projet de loi, afin de donner aux enseignants le droit d’obtenir les avantages financiers que perçoit le reste des fonctionnaires de l’Etat ».

Pour l’expert en éducation, Kamal Moghis, ce nouveau projet de loi est très prometteur et comprend de nombreux points positifs. « Le salaire de l’enseignant sera désormais de 2 000 L.E., à quoi il faudra ajouter les primes, qui sont un élément moteur assurant une concurrence positive entre les enseignants. Et l’article incriminant les cours privés pourra certainement permettre de remédier aux problèmes des cours privés et faire que l’attention des élèves et de leurs familles se recentre sur l’école elle-même ».

Pour la députée Magda Nasr, ce projet a besoin de plus de deux mois pour être examiné et discuté. « Ce projet doit être développé et nourri par des amendements justes afin qu’il devienne une réelle réforme du système éducatif », conclut-elle.



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