Semaine du 19 au 25 avril 2017 - Numéro 1172
Le Caire et Beyrouth sur la même longueur d’onde
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a reçu cette semaine son homologue libanais, Michel Aoun. L'approfondissement des relations bilatérales, le dossier syrien et le conflit israélo-palestinien se sont imposés sur l'agenda de la rencontre.
Le Caire et Beyrouth sur la même longueur d’onde
La visite de Michel Aoun est la première en Egypte depuis son accession à la présidence.
Chaïmaa Abdel-Hamid15-02-2017

Il s’agit de la première visite officielle du président libanais, Michel Aoun, en Egypte depuis son élection en octobre dernier. Cette visite de deux jours est considérée comme importante pour les relations bilatérales entre les deux pays. Durant la visite, Aoun s’est aussi rendu au siège de la Ligue arabe pour une rencontre avec son secrétaire général, Ahmad Aboul-Gheit, dans la perspective du prochain sommet de la Ligue arabe prévu au mois de mars. Ils ont étudié ensemble la demande de Moscou de réintégrer la Syrie au sein de la ligue. Les présidents libanais et égyptien ont de plus évoqué, au cours de leur entretien, la récente rencontre d’Astana sur la Syrie, de même que les pourparlers de paix qui devraient se dérouler à Genève le 20 février. Michel Aoun et Abdel-Fattah Al-Sissi se sont aussi penchés sur la nécessité de l’application d’un projet de soutien croissant à la lutte contre le terrorisme et l’échange d’informations entre les services de renseignements des deux pays, dans le cadre de la lutte contre les terroristes radicalisés.

La situation actuelle en Syrie s’est imposée avec force sur l’agenda de ce sommet. Comme l’expliquent les spécialistes, le Liban, l’un des pays les plus touchés par la crise syrienne et qui accueille sur ses territoires plus d’un million de réfugiés syriens, soit presque 25 % du total de sa population, se cherche dans la région un allié fort qui puisse le soutenir en cas de crise provenant de ce pays voisin en conflit. C’est ce qu’explique le politologue Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, qui souligne « que le rapprochement des idéologies entre Le Caire et Beyrouth, surtout sous son nouveau président, a fait de l’Egypte une alliée idéale pour le Liban dans la région ». Et de préciser : « Sur le plan militaire, le Liban, qui vit depuis trois ans sans président, craint la faiblesse de son armée face à toute possible crise provenant de son voisin en conflit. L’armée égyptienne au contraire, considérée comme l’une des plus fortes de la région, représente un refuge sécurisé pour lui. Sur le plan politique aussi, l’Egypte maintient de fortes relations politiques à l’intérieur de la Syrie avec le régime de Bachar, ainsi qu’avec l’opposition modérée et non radicale. Contrairement à la position actuelle de l’Arabie saoudite, qui, soutenant l’opposition radicale en Syrie et qui vient de geler un accord de financement de l’armée libanaise de trois milliards de dollars, à cause du soutien du régime libanais au Hezbollah, qui se positionne dans le camp de Bachar ».

Effectivement, le président libanais, Michel Aoun, dans une interview sur la chaîne CBC, diffusée quelques jours avant sa visite en Egypte, a de nouveau affirmé son soutien au Hezbollah. Il a estimé que « les armes de la résistance » sont nécessaires « face à l’occupation israélienne (…) et n’affaiblissent pas l’Etat ». Au contraire, il estime qu’elles sont « un pilier essentiel de la stratégie défensive » du Liban. Michel Aoun reprend ici la fameuse « formule de défense » brandie par Hezbollah pour assurer la défense du pays, à savoir « peuple, armée, résistante ». Le chef de l’Etat a clarifié : « Nous avons besoin de la résistance tant que nos terres sont occupées par les Israéliens ».

La paix et l'économie

En plus, le dossier du processus de paix au Proche-Orient a figuré à l’ordre du jour des discussions libano-égyptiennes. Selon les informations disponibles, la position des deux parties est similaire, dans la solution qu’elles prônent pour résoudre ce dossier : le Liban et l’Egypte souhaitent tous les deux l’application des décisions des sommets arabes, et que Jérusalem soit la capitale des deux Etats (palestinien et israélien). Pour Mourad, le conflit israélo-palestinien représente l’un des axes les plus importants de la visite, surtout avec l’élection du nouveau président américain Donald Trump, qui mène des politiques qui n’iront pas dans le sens de l’intérêt des Palestiniens, ainsi que les dernières modifications de la loi du Knesset qui vient de légaliser rétroactivement la construction de 4 000 logements de colons juifs sur des terrains privés appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie occupée.

De même, se sont imposées sur l’agenda de la rencontre les relations bilatérales commerciales culturelles et économiques entre Beyrouth et Le Caire ainsi que les échanges culturels et artistiques, en matière de cinéma et de musique et les échanges touristiques. L’Egypte est le troisième pays arabe où s’est rendu le président libanais en visite officielle depuis le début de son mandat, après l’Arabie saoudite et le Qatar. Aoun s’envolera par la suite directement à Amman pour un sommet avec le roi de Jordanie, Abdallah II.



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