Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
Santé : Le secteur privé appelé à la rescousse
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi recommande d'associer le secteur privé à la gestion des centres médicaux publics. Une proposition encore à l’étude.
Santé : Le secteur privé appelé à la rescousse
Les plus démunis sont les principaux patients qui fréquentent les centres médicaux publics. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
May Atta04-01-2017

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a réclamé au gouvernement d’étudier l’option d’associer le secteur privé au processus du développement des dispensaires publics. Objectif : améliorer le niveau des services sanitaires gratuits présentés par ces centres. Une recommandation actuellement en étude. Le ministre de la Santé, Ahmad Emadeddine Radi, s’est réuni cette semaine avec des responsables du ministère pour étudier les moyens d’exploiter les quelque 544 dispensaires, alors que 377 d’entre eux sont actuellement fermés en raison du manque d’équipements et de personnel. Selon les déclarations du ministre de la Santé, ces centres ont besoin d’un budget de 30 millions de livres pour qu’on les remette en service. Sayed Al-Chahed, adjoint du ministre de la Santé, indique que, dans une première phase, 75 centres médicaux seront proposés aux investisseurs. Cependant, la formule qui sera suivie est toujours à l’étude. « Il ne s’agit pas de vendre ces centres médicaux, mais de profiter des investissements de certains hommes d’affaires pour les moderniser, et ensuite leur confier la gestion de ces établissements en vertu d’un accord avec le ministère de la Santé », ajoute-t-il. Selon lui, l’idée de base est de mettre ces dispensaires à la disposition du secteur privé qui se chargera de leur modernisation, leur fonctionnement et leur gestion. « Le gouvernement va négocier avec les investisseurs le mécanisme de partenariat que ce soit par BOT (Built, Operate, Transfer), ou autres », a-t-il précisé.

En fait, ces centres médicaux publics sont des dispensaires ou de petits hôpitaux publics dont les travaux n’ont pas été achevés ou qui ne fonctionnent pas à pleine capacité, que ce soit par manque de financement, d’équipements ou à cause de la mauvaise gestion. L’idée de leur création remonte aux années 1990, l’objectif était alors d’alléger la pression sur les grands hôpitaux publics, surchargés. C’est l’ancien ministre de la Santé, Ismaïl Sallam, qui a pris l’initiative, en 1997, de construire une série de centres médicaux annexés aux hôpitaux publics, surtout dans les villages et les régions éloignées. Grâce à un don japonais, l’Etat avait pu édifier 544 dispensaires dans 17 gouvernorats dans le Delta et en Haute-Egypte, censés présenter un service sanitaire de qualité aux provinciaux. Mais en raison de la mauvaise gestion, comme l’avoue Sallam, l’initiative a été vouée à l’échec.

A l’encontre des estimations et des études de faisabilité, les frais de fonctionnement de ces centres ont été très élevés. Cela s’est donc transformé en un fardeau que le budget consacré au secteur de la santé n’a pas pu assumer. C’est pourquoi en 2005, l’ancien ministre de la Santé, Hatem Al-Guébali, a décidé de les transformer en centres de planning familial. Mais même cette décision est restée lettre morte, et la plupart d’entre eux ont été simplement abandonnés.

Un pas vers la privatisation ?

Aujourd’hui, le pays, étant sous le joug d’une crise financière aiguë, le recours au secteur privé pour redonner vie à ces dispensaires semble être, pour certains, une initiative positive. En revanche, certains redoutent qu’il ne s’agisse d’un pas vers la privatisation des services sanitaires, ce qui ne manquera pas d’affecter les classes les plus démunies, principaux patients à fréquenter ces dispensaires. Ismaïl Sallam, pour qui le recours au secteur privé n’est pas la solution, estime que « quelle que soit la formule à laquelle on parviendra, ce ne sera qu’une sorte de privatisation et ce sera le simple citoyen qui payera la facture ». Sallam redoute même qu’il ne s’agisse d’un prélude pour une privatisation plus générale des hôpitaux publics. Selon lui, rien ne justifie une telle mesure, surtout que l’échec de l’expérience des dispensaires est dû plus à la mauvaise gestion qu’au manque de financement.

Une vision partagée par l’ordre des Médecins qui a envoyé, cette semaine, une lettre au président Sissi, soulignant son refus d’une probable privatisation des services médicaux et formulant ses propres propositions sur leur réforme. « Ces dispensaires ont été créés pour servir les villages pauvres et dépourvus de services. La participation du secteur privé à leur gestion ou leur financement entraînera sans doute une grande hausse des prix des services présentés », lit-on sur la lettre. L’ordre des Médecins propose de les transformer, plutôt, en centres de recherches pour la prévention des maladies répandues dans ces régions ou de les transformer en centres d’entraînement des médecins et des infirmiers.

De même, l’ordre des Médecins juge inconstitutionnelle l’association des investisseurs aux services sanitaires publics. Il s’appuie sur la Constitution de 2014, en vertu de laquelle l’Etat s’engage à mettre en place un système complet de protection de la santé pour tous les Egyptiens, couvrant toutes les maladies. La contribution des citoyens à celle-ci ou leur exemption est basée sur leur niveau de revenus. C’est dans ce contexte qu’Ihab Taher, secrétaire général de l’ordre des Médecins, estime que le gouvernement doit plutôt opter pour l’augmentation du budget de la santé. « Cela donne l’impression que le ministère de la Santé veut se débarrasser des dépenses de la santé publique », insiste Taher. Il rappelle que la Constitution oblige le gouvernement, à partir de l’exercice 2016-2017, d’attribuer 3 % du PIB au secteur de la santé.

Mais le gouvernement semble avoir du mal à respecter cette clause vu la crise économique que traverse le pays. Ce qui fait de la contribution du secteur privé et de la société civile une nécessité pour Khaled Mégahed, responsable auprès du ministère de la Santé, qui défend le projet. « Dans tous les pays du monde, le secteur privé est présent dans le secteur de la santé. La société civile, surtout les hommes d’affaires, doit aider le gouvernement dans les domaines de la santé et de l’éducation », affirme-t-il. En ce qui concerne les prix des soins, il trouve que le ministère de la Santé pourra les déterminer en vertu d’un accord préalable avec les investisseurs.

« Au-delà du débat sur l’impact de la contribution des hommes d’affaires, une réalité s’impose, c’est que déjà ce secteur se révèle incapable de rendre un service sanitaire de qualité. Un dossier qui nécessite des études globales et approfondies entre le gouvernement, l’ordre des Médecins et la société civile pour trouver des remèdes aux failles chroniques dont souffre ce secteur en Egypte », conclut Khaled Samir, membre du conseil de l’ordre des Médecins.




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